Le 26-01-2007
Repas hivernal et italien
Moi, c'était les artichauts qui me travaillaient, depuis qu'un joli fagot de minuscules spécimens m'avait fait de l'oeil sur un étal du marché. Ils étaient sublimes ceux-là, petits, rangés en fagots, si menus qu'avec ma botte de cinq à la main, j'avais l'impression d'avoir un bouquet de tulipe à offrir à une amoureuse que je n'ai pas. Des légumes comme ça, qui ressemblent autant à des fleurs, faut les chérir. Pas question de les livrer tels quels à dépecer dans l'assiette. Hors de propos de faire la dissection d'aussi jolis choses lors du repas. Oublier le banal artichaut vinaigrette et penser poivrade. C'est du légume superstar, genre vedette internationale, qui n'entre sur scène qu'une fois maquillée et parée de ses plus beaux atours dans les coulisses de la cuisine.
Donc, les artichauts dans mon panier, va falloir les soigner au préalable. Qu'ils arrivent dans l'assiette sans qu'on leur voie les poils, juste le coeur. En terme technique culinaire, on dit dans une délicieuse métonymie qu'on les tourne. Et, comme ces bijoux sont fragiles, ne pas oublier d'acheter du citron pour les y tremper, sinon ils s'oxydent et perdent leur teint de porcelaine à peine coupés.
Une fois leurs petits coeurs mis à nu, j'en fais quoi ? J'ai bien envie de les emmener en voyage vers l'Italie car c'est le pays dont la cuisine sait peut-être le mieux mettre en valeur les bons produits. La France est avant tout un pays de recettes tandis que la gastronomie de la botte a plus la vocation de mettre en valeur des produits exceptionnels. Je vais donc essayer de les intégrer à un risotto où ils pourront s'ébattre à coeur joie avec d'autres légumes de bonne compagnie.
Pour le risotto, c'est assez facile à faire, il n'y a que deux approches. La première, que je trouve assez pénible, consiste à penser en chimiste : parler de la quantité d'amidon qui va permettre à chaque grain de coller à son voisin comme dans un slow langoureux. Manque de pot, j'ai jamais aimé les histoires d'amour qui se réduisent à des dosages de phéromones. Je vais donc m'en occuper comme un alchimiste. Pour réussir un risotto, c'est facile, il faut un bon riz, un bon bouillon et du temps. Pour le riz, le top c'est l'arborio, bien rond, qui sue un jus blanchâtre à mesure qu'il cuit. Pour le bouillon, avec un tiers de vin blanc, c'est meilleur ... Le seul secret est dans la patience. Question de timing. L'arborio, faut juste le mouiller : jamais le noyer, ni le laisser s'assécher. Tu le laisses cuire tranquille, à feu moyen, dans sa poële et tu gardes une oreille dessus, tu lui donnes à boire dès qu'il glougloute de soif mais pas trop, juste ce qu'il faut et tu peux pas le rater ...
Comme compagnons de jeux pour mes divins artichauts, j'ai choisi un casting assez ordinaire : des petits oignons frais et une demie échalote pour ajouter un goût pas trop prononcé, un poivron autant pour la touche de couleur verte que pour le goût, une courgette, plus pour sa texture qui absorbera bien les arômes environnants que pour sa saveur propre et, miracle, une grosse poignée de fèves que j'ai eu le plaisir de trouver au détour d'un autre étal du marché Mon risotto ne sera qu'une symphonie bichrone en vert et blanc..
Un risotto, c'est sympa, mais ça n'est qu'un accompagnement et il faudrait donc réussir à lui trouver des compagnons d'assiette sur le thème italien. Un truc pas trop lourd, bien sûr, mais un petit quelque-chose quand même, histoire que le repas ne se résume pas à une platrée de riz. Ca ferait vulgaire, aussi bon soit-il. C'est à ce moment que j'ai pensé à une focaccia, version bottée de la fougasse franchouillarde que je pourrais fourrer de quelques petits ingrédients savoureux.
Sauf que ma focaccia, par flemme et par commodité, vu l'exercice de la lunchbox, je vais l'adapter à ma manière. Une fougasse, c'est de la pâte à pain. Comme je suis un peu fainéant, je me contenterais d'un rouleau de pâte à pizza toute faite, elle sera bâtarde sans être du pain pour autant. Et pour la réchauffer plus facilement, je vais pas en faire une grosse mais plusieurs petites et bien remplies, un peu comme un bun américain. Ce sera plus facile à réchauffer d'une part et chacun pourra avoir le plaisir de l'ouvrir dans son assiette et de se prendre un jet de vapeur savoureuse en coupant sa croûte avec la pointe du couteau. Je vais la garnir de choses plutôt légères, en contrepoint d'un risotto plutôt consistant : du chèvre frais allongé d'un trait d'huile d'olive dans lequel j'aurais incorporé des morceaux d'échalote, d'oignon, un peu de roquette poivrée, une touche de pesto, des pignons de pin.
Et dans l'assiette, j'aurais donc le petit pain tout rond, tout chaud, à base de chèvre et de pesto qui tiendra compagnie à mon risotto sur un joli lit de roquette que j'assaisonnerais d'une vinaigrette maison à base d'huile d'olive avec une touche de basilic pour renforcer la couleur locale.
La liste de course :
4 artichauts, un citron, du riz arborio, deux bottes d'oignons jeunes, un poivron vert, deux carottes, une courgette, une échalote, des fèves, de la roquette poivrée, du chèvre, des pignons de pin,
Sans blabla :
Le risotto
Tourner les artichauts et conserver les coeurs dans de l'eau citronnée.
Couper en brunoise (en dès, donc) les carottes, les oignons, les échalotes, le poivron et la courgette.
Réserver un peu de la brunoise d'oignon et d'échalotte pour la préparation au chèvre.
Ecosser les fèves et les faire blanchir une petite dizaine de minute avec les carottes dans un bouillon de légumes.
Réaliser un risotto de manière classique dans lequel vous incorporez les légumes et le bouillon associé.
La foccacia
Préparer une pâte à base de chèvre frais dans laquelle vous incorporerez :Servez-le tout sur le reste de roquette assaisonné avec une touche de pesto.- un filet d'huile d'oliveRéaliser 8 cercles de pate à pizza de taille identique
- la roquette et les pignons de pin grossièrement hachés
- la brunoise d'oignon et d'échalote préalablement réservée
- une gousse d'ail hachée
Tartiner la pâte à base de chèvre sur 4 des cercles et une touche de pesto sur les autres
Former quatres petits pains ronds en joignant les 8 cercles deux par deux.
Enfournez dans un four préchauffé à 180° pendant 30 minutes.






















