Le 20-04-2005
Archive du 20 Avril 2005
Aujourd'hui, j'ai compris un truc. Un truc con, que je ne conseille à personne de comprendre. Le sevrage aux antidépresseurs est pire que tout.
J'ai passé la journée entière à avoir l'impression d'un régiment de cavalerie qui squatterait l'intérieur de mon crâne. A chaque pas que j'ai fait dehors, dès que mon talon a touché le sol une étrange onde me remontait jusqu'au cerveau, faisant bourdonner mes oreilles et mon cerveau comme si je perdais l'équilibre. Ca doit s'appeler le manque.
Ca m'a permis de mieux comprendre toute une partie de la culture que je connaissais ou croyais connaitre mais que je n'avais jamais vécu : la culture de la drogue, la vraie, la drogue dure (celle que je prends d'ailleurs avec ordonnance.).
Avant la lecture de la séquence de tête à tête avec un seau du Trainspotting d'Irvine Welsh, n'était qu'une fiction littéraire (au passage pas très bien adaptée au cinéma par Danny Boyle). Avant la séquence où Maggie Cheung cherchait de la méthadone en volant les ordonnances d'un cadavre dans Clean d'Assayas (qui est un putain de bon cinéaste qui sait filmer le rock au passage) ne parlait pas plus que ça.
Maintenant, je touche du doigt le coeur du problème : 4 jours que j'ai la nausée, une gueule de bois même pas alcoolisée, que je ne fais rien, ne suis capable de rien. Ca calme, si, vraiment. Et encore moi, je m'en fiche car demain, je vais à la pharmacie, sors mon ordonnance et prends mes nouveaux médocs sans risque excessif, mon organisme étant en théorie suffisamment purifié pour me le permettre. Et si ça va pas mieux, si ça calme rien, je prends mon téléphone, appelle mon médecin et j'ai la certitude qu'on pourra corriger le tir très vite.
Alors, par pitié, ne mélangez pas tout, ne croyez pas que l'addiction, c'est l'envie d'un joint d'herbe récréatif de temps en temps ou une bière avec des potes en fin de semaine. C'est un truc plus fort que ça, que je vis et encore, moi j'ai la sécurité thérapeuthique avec moi. Et la vraie dope dure, c'est bien pire, j'imagine.
Je ne peux que mépriser ceux que j'ai pu fréquenter avant et qui se shootaient à la coke et aux amphets pour gagner quelques kilo € de plus par mois et amasser ainsi assez pour s'acheter la voiture de leur rêve.
Les Gars, prévoyez quand même dans votre coupé sport de rêve un système pour conduire de votre petite chaise. Votre corps bouffi que vous niez et dopez, va vous avertir avant que vous n'y pensiez, prévoyez l'infarctus, la paraplégie, les assurances-vie et tout le toutim. Ca arrive vite. Et c'est clair que si vous avez la chance de survivre à ça, cette vie de connard en cravate dont on vous fait rêver, cette existence que vous vous représentez comme la marche supérieure de l'organigramme de la société pour laquelle vous travaillez et dont vous avez l'illusion que c'est l'exact reflet de la société. Et bien cette marche, vous l'atteindrez, en serez fier et viserait aussitôt la suivante. Surtout, ne regardez pas en bas, vers cette plèble laborieuse dont vous vous êtes extraits, vous risqueriez de les voir plus heureux. Surtout, ne regardez aucun miroir, vous n'y verriez pas le refllet faustien de votre ame déjà damnée mais plus propablement l'image des derniers signes de rébellion d'un corps usé comme celui d'un cycliste hors de force mais dopé par la piqure magique de son directeur sportif en cours de route. Tentez juste d'allez plus haut, encore, de remettre la tête dans le guidon, avec un poignard sous l'épaule pour le planter dans le dos du mec qui est devant vous, il n'y survivrera peut-être pas. Mais vous, malins, savez protéger vos arrières et vous ne serez la victime de personne, personne d'autre que vous-même, de vos excès et des sacrifices que vous avez infligés à votre corps. Lui seul, lassé de cohabiter avec un esprit pourri jusqu'à la moëlle et une âme sombre comme l'enfer, dira non. Et du haut des dix ou quinze ans de votre tenue impeccable de plan de carrière, vous deviendrez légumes, branches mortes à couper et retomberez finir la putréfaction que vous avez déjà vous même commencé au pied de l'arbre dans la boue de mépris que vous vous êtes appliqués à étaler.
La drogue fut toujours initialement considérée comme une pharmacopée curative, puis récréative. Si vous en touchez pour vos fins personnelles, pas pour vous soigner (avec un mèdecin), ni pour vous amuser (mais cela ne soigne-t-il pas l'esprit ? ), vous aurez lu le mode d'emploi à l'envers pour batir l'édifice de votre vie et TOUT s'effondrera.
Musique imparable, incontestable que je commence à comprendre mieux encore, vu que depuis deux jours, j'ai l'impression que Maureen Tucker tambourine dans ma tête .
























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