Le 29-12-2005
Initialement paru le 15 décembre 2005

ubert-Félix
Thiéfaine était jusqu’à présent le secret le mieux gardé de la chanson
française. Depuis vingt-sept ans qu’il a débuté, il a accumulé vingt
albums dont six lives. Il a surtout la caractéristique hors du commun
Mais l’écoute de Scandale Mélancolique justifie-t-elle une telle surexposition de celui qui n’en a finalement jamais eu besoin pour remplir des salles ?
Libido Moriendi, le morceau d’ouverture, fait de bien belles promesses. Cette nostalgique et sombre balade sur le thème de la séparation permet au verbe de Thiéfaine de s’épanouir à loisir. On y retrouve la patte du grand parolier qu’il est au travers de métaphores dont lui seul à le secret : « chiens vitreux de la peur » ou « ultime prédatrice dans sa robe de vamp araignée. » La magnifique musique qu’Elista a composé à la manière de Noir Désir pour Télégramme 2003, donne l’occasion d’une missive émouvante de Thiéfaine à Bertrand Cantat, le rockeur français écorché si vif qu’il en a cassé tous ses jouets. Confessions d’un Never-Been s’impose dès la première écoute comme le chef-d’œuvre de l’album. La musique y est discrète, alternant piano mélancolique et guitares aux sons rock ou acoustiques, ajoutant quelques trouvailles ici ou là : une légère explosion électronique vers la fin et surtout une respiration en guise de break rythmique. Le texte est lui aussi très inspiré : autoportrait verbal de celui qui y avoue avoir volé son âme à un clown. Cette énième variation sur le thème du malaise de l’artiste après sa sortie de scène laisse très loin derrière tous les autres coups de blues déjà chantés : du Chanteur abandonné de Johnny Hallyday au Mal aimé de Claude François.
Gynécées, le duo avec Cali, est ce qu’il convient d’appeler une collaboration réussie mais n’en demeure pas moins hélas un morceau raté. Le télescopage de ces deux univers ne prend pas : Cali, qui trouve ses marques dans l’énergie de la mélodie, n’apporte aucun relief au très joli texte d’un Thiéfaine qui lui peine visiblement à placer ses mots sur une musique qui ne lui convient que peu. Le jeu de la Folie, Loin des temples en marbre de lune, When Maurice meets Alice et même Scandale mélancolique, chacun à leurs manières, sont un peu dans la même veine. Des chœurs omniprésents et superflus gâchent un texte qui aurait sans doute gagné à être mieux mis en valeur par d’autres orchestrations, voire même d’autres mélodies.
Une grande chanson n’est peut-être simplement que la rencontre d’un interprète, d’un texte et d’une musique. Thiéfaine est assurément un grand chanteur mais l’alchimie a du mal à prendre sur un album qui est réellement inégal, bien que sa voix soit irréprochable et ses textes impeccables. La simple écoute de That angry man on the pier que Bergman a écrit pour lui montre à quel point seuls ses mots et, peut-être aussi ceux de Léo Ferré qu’il adore, sont adaptés à son chant. Mais, trop souvent, ni la musique, ni les orchestrations que d’autres ont imposés ne lui permettent de donner toute la mesure de son talent. Comme un peintre se pliant à l’exercice difficile du tableau de commande, Hubert Félix Thiéfaine fait le grand écart entre des mélodies parfois résolument prêt-à-porter et des paroles sur mesure qu’il est à la fois le seul à pouvoir écrire et chanter.
Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.

























Commentaires
linotte - 18.01.06 à 19:30 - # -
← Re:
J'ai la CHANCE d'écouter HFT depuis l'âge de 15, c'est à dire il y a 25 ans et j'aime toujours autant celui qui est à mes yeux le plus grand poète français de tous les temps, avec ce dernier album, la poésie se veut conscience éclatée et jubilatoire de la condition humaine ... Thiéfaine aime les jeux d'ombres et lumières et son duo avec Cali (comme celui avec Aldebert en live à Besançon) sont des clins d'oeil kaléidoscopiques fluorescents ..... et je n'aime pas beaucoup Cali ni Aldebert ....
Anonyme - 25.01.06 à 13:11 - # -
HFT - SM
Oui, j'ai pensé un peu la même chose (et je l'ai moins bien pensé) de ce Scandale mélancolique, mais pas tout à fait quand même :
http://zicdelanmil.over-blog.com/article-1139819.html
Fab de l An MIl - 28.03.06 à 13:50 - # -
réponse
Tu poses un belle effet de style dans ta rétorique, au point de vue intéressant.
Mais Jean Ferrat ne disait-il pas que le poète a toujours raison ? Effectivement, le poète qu'est HFT ne laisse pas de demie mesure quand à son talent, qui est profondément inscrit dans ce nouvel album. Et je pense simplement que la nouveauté dont sait faire preuve cet artiste peut certains, et à cette occasion sortir des chemins tortueux qu'il s'était pourtant tracé.
Tu l'auras compris, j'aime l'album avec tous les grains de folies qu'il expose.
Philzor - 30.05.07 à 00:39 - # -
33 fois le mot coupable
Coupable ,d'avoir un jour pris l'ascenseur de 22h.... pour apprendre, la provenance de la Cancoillotte,aux travers des textes de HFT, Coupable d'avoir revendiqué mon non appartenance a la communauté des nons fumeurs de joints malgrés ma facination pour Hubert Felix Thiefaine , Coupable d'avoir chanté Lorelei dans un bled non loin de Dusseldorf, coupable d'avoir soutenu lors d'une discution autour d'un lirac avec une robe indescriptible que 33 fois le mot coupable avait une etrange inspiration du chien de L Ferré . Coupable d'avoir pris mon passeport pour brosseliande et d'avoir justifier que defloration 13 contenait quelque pépite made in Thiefaine, Coupable d'etre present un soir de novembre lors d'un concert a Nancy ou la majorité des spectateurs devaient venir du bresil et n'avaient pas digeré la double defaite de 1998 et 2006 pour donner si peu d'ambiance. Coupable d'avoir vu Thiefaine au bataclan un soir de mars , soir d'enregistrement de l'album, tres diminué et pourtant faire rever une salle de "parisien" .Coupable de pouvoir situer sur une carte de france la ville de Dole...... Coupable d'avoir lu le bateau ivre de Sir Rimbaud, mais le jeu de la folie est un sport de l'extreme qui se pratique souvent au bord des précipices.....Alors je suis navré pour les nostaligique du groupe machin mais je ne me sens pas coupable d'avoir suivi HFT dans son évolution et je ne me sens pas coupable de ne pas reclamer Maison borniol a chaque concert De Thiefaine, Pour finir je ne peux pas laisser dire que Scandale Mélancolique n'est pas abouti sous pretexte que l'album a été médiatisé...... Quel manque de dicernement et peut etre d'écoute . Vous aurez noté que je n'ai pas réussi l'exercice de style consistant a dire 33 fois le mot coupable. Je rend donc a Thiefaine ce qui appartient a Thiefaine
mec titi - 30.12.07 à 00:17 - # -
← Re: 33 fois le mot coupable
Le propos de mon article est que Scandale mélancolique est un album de HFT très moyen et mineur dans sa discographie. Pourquoi ? Parce qu'il souffre d'une incohérence rare chez Thiéfaine entre paroles et musique : "Hubert Félix Thiéfaine fait le grand écart entre des mélodies parfois résolument prêt-à-porter et des paroles sur mesure qu’il est à la fois le seul à pouvoir écrire et chanter." et cette incohérence tient au fait que HFT n'est jamais aussi bien servi que par lui-même et parmi tous les invités du disque, seuls quelques-uns ont su adapter leur univers au sien. Ceux là ont fait des morceaux réussis, les trop nombreux autres ont fait les morceaux médiocres.
C'est le trop souvent le propre des albums "à invités" qui permettent de donner du boulot aux attachés de presse des maisons de disques mais qui oublient souvent de faire travailler un directeur artistique sur l'album, un gars qui soit capable de rejeter une musique signée M ou Cali parce qu'elle ne convient pas sans se soucier du fait que cela risque d'entacher le plan media prévu pour la sortie de l'album.
labosonic - 30.12.07 à 02:30 - # -