Le 29-12-2005
Sablier du J-4
Je ne serai pas là cette semaine, je dois assister à un séminaire de recherche clinique sur les mutations et les remplacements synaptiques chez les intellectuels.
Pour la première fois au monde, nous allons pouvoir examiner en temps réel les modifications neurobiologiques induites dans l'hémisphère gauche chez un philosophe par l'écoute d'un album de Lorie.
J'avoue qu'au début, cette notification automatique d'absence que m'avait renvoyé la boîte E-mail de mon pote d'alors, JP, m'avait fait hurler de rire. Il était du genre loufoque malgré les multiples diplômes dont il était bardé - Avez-vous remarqué que les diplômes, on en est toujours bardé, conservant ainsi dans notre obsolète vocabulaire un terme qui ne sert par ailleurs qu'à rajouter du gras autour de la viande ?
L'idée même de dire par d'une façon aussi saugrenue qu'il faisait le pont pour ce long Week-end, comme le chantait si bien l'égérie musicale écervelée du moment, avait même, je dois bien l'avouer, provoqué quelque larmes d'hilarité et un brin de jalousie en moi, déçu que j'étais de n'avoir pas trouvé ce prétexte le plus à la con du monde pour laisser s'entasser un courrier en retard que j'accumulais sous Outlook, comme jadis le garçon de bureau Gaston Lagaffe empilait les sacs de courrier en souffrance.
Sauf que, quand il est revenu, j'ai appris que c'était vrai et que les conclusions étaient terribles : Ecouter Lorie rendait con, et c'était scientifiquement prouvé...
Les penseurs germanopratins et poseurs en sortaient traumatisés intellectuellement : à peine rentrés du séminaire, ils rédigeaient un manifeste politique à destination du Ministre de la Culture pour qu'il y ait au moins deux baby foots et un flipper Aux Deux Magots.
Les "vrais" philosophes, amis de la sagesse, n'avaient trouvé d'issu que dans le geste ultime de leur père fondateur en avalant la ciguë, conscients que de l'abaissement terrifiant de leur limite intellectuelle.
L'État s'est vu, devant l'hécatombe, obligé de réagir et a commandé dans l'urgence d'autres études.
JP a du décommander tous ses rendez-vous, surbooké qu'il était à trouver enfin un chanteur qui améliorerait le niveau de notre nation et, par manque de temps, a cessé de me voir.
Sa carrière, je l'ai suivie, de loin en loin, au fil de ses conclusions expérimentales et scientifiquement incontestables. Les décrets de loi qui instauraient la voie de la science comme parole divine les reprenaient d'ailleurs de façon très explicite. Seul Alain Souchon rend intelligent qu'il disait JP et, vu le péril de l'abêtissement du pays des droits de l'homme, on a du interdire tous les autres chanteurs. Au début, ça a été dur, mais au bout de 30 ans, tout le monde s'était habitué.
A l'école, on passait J'ai 10 ans. Dans les manifs, les gens chantaient Carrément méchant, jamais content. Dans les hopitaux ? Allo Maman Bobo. Dans les morgues ? Ultra Moderne Solitude. Pour un mariage ? Foule sentimentale. Pour la nuit de noces ? J'veux du cuir. L'hymne national ? Le Bagad de Lanbioué. Et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. La musique, c'était Alain Souchon ou rien, sauf les avertisseurs sonore des pompiers qui avaient gardé le droit de faire Pin-Pon, en hommage au rôle du chanteur sauveur de l'intelligence dans l'Eté Meurtrier.
JP avait ensuite travaillé sur les aliments. Ses conclusions avaient été terribles pour l'agriculture du pays, d'ailleurs ... Mais bon, tout le monde a fait un effort et très vite notre plat national est devenu le chamallow. Ça rendait gentil, enfin, ça favorisait les relations sociales selon ses conclusions...
Et puis JP s'était attaqué au cinéma : Seule la tétralogie des Bronzés rendait beau, surtout le cinquième et dernier, les Bronzés à l'hospice. Alors le reste, on l'a interdit.
Côté sport, JP a travaillé sur celui qui rendait les gens les plus fair-plays, pour éviter la violence dans les stades et dans les rues, et c'est tombé sur le polo, alors on a supprimé le reste. C'était pas pratique d'avoir un cheval à la maison, mais bon, les gens n'ont pas dit grand-chose, ils avaient la bouche pleine de chamallows. Ils ont articulé pour les uns "c'est comme vous voulez, où vous irez j'irais" et pour les plus rebelles "On avance, on avance, on a pas essence, pour faire la route dans l'autre sens".
Et c'est ainsi que la France est devenu le pays le plus intelligent du monde, avec les gens les plus beaux, les plus gentils et les moins violents de l'univers.
Enfin, presque, pas moi. Je suis un délinquant, j'ai conservé quelques disques d'avant et je suis devenu une sorte de dealers de sons. Je traîne dans les rues sombres la nuit pour fourguer ma came à des téméraires en quête d'aventures abrutissantes.
"Tu veux du Patrick Bruel ? du Cloclo ? Fais gaffe, Magnolia For Ever, c'est du lourd, abuse pas. J'en ai vu qui s'en remettaient jamais vraiment tout à fait ...".
Je gagne pas mal ma vie, même si c'est super risqué. J'ai déjà fait cinq ans de taule, obligé d'écouter Je suis bidon à longueur de journée, l'enfer que c'était ...
Et puis bon, dès que je suis sorti, j'ai replongé, j'ai repris le business. Fallait bien que je me paye mon camembert de contrebande.
Pour la première fois au monde, nous allons pouvoir examiner en temps réel les modifications neurobiologiques induites dans l'hémisphère gauche chez un philosophe par l'écoute d'un album de Lorie.
J'avoue qu'au début, cette notification automatique d'absence que m'avait renvoyé la boîte E-mail de mon pote d'alors, JP, m'avait fait hurler de rire. Il était du genre loufoque malgré les multiples diplômes dont il était bardé - Avez-vous remarqué que les diplômes, on en est toujours bardé, conservant ainsi dans notre obsolète vocabulaire un terme qui ne sert par ailleurs qu'à rajouter du gras autour de la viande ?
L'idée même de dire par d'une façon aussi saugrenue qu'il faisait le pont pour ce long Week-end, comme le chantait si bien l'égérie musicale écervelée du moment, avait même, je dois bien l'avouer, provoqué quelque larmes d'hilarité et un brin de jalousie en moi, déçu que j'étais de n'avoir pas trouvé ce prétexte le plus à la con du monde pour laisser s'entasser un courrier en retard que j'accumulais sous Outlook, comme jadis le garçon de bureau Gaston Lagaffe empilait les sacs de courrier en souffrance.
Sauf que, quand il est revenu, j'ai appris que c'était vrai et que les conclusions étaient terribles : Ecouter Lorie rendait con, et c'était scientifiquement prouvé...
Les penseurs germanopratins et poseurs en sortaient traumatisés intellectuellement : à peine rentrés du séminaire, ils rédigeaient un manifeste politique à destination du Ministre de la Culture pour qu'il y ait au moins deux baby foots et un flipper Aux Deux Magots.
Les "vrais" philosophes, amis de la sagesse, n'avaient trouvé d'issu que dans le geste ultime de leur père fondateur en avalant la ciguë, conscients que de l'abaissement terrifiant de leur limite intellectuelle.
L'État s'est vu, devant l'hécatombe, obligé de réagir et a commandé dans l'urgence d'autres études.
JP a du décommander tous ses rendez-vous, surbooké qu'il était à trouver enfin un chanteur qui améliorerait le niveau de notre nation et, par manque de temps, a cessé de me voir.
Sa carrière, je l'ai suivie, de loin en loin, au fil de ses conclusions expérimentales et scientifiquement incontestables. Les décrets de loi qui instauraient la voie de la science comme parole divine les reprenaient d'ailleurs de façon très explicite. Seul Alain Souchon rend intelligent qu'il disait JP et, vu le péril de l'abêtissement du pays des droits de l'homme, on a du interdire tous les autres chanteurs. Au début, ça a été dur, mais au bout de 30 ans, tout le monde s'était habitué.
A l'école, on passait J'ai 10 ans. Dans les manifs, les gens chantaient Carrément méchant, jamais content. Dans les hopitaux ? Allo Maman Bobo. Dans les morgues ? Ultra Moderne Solitude. Pour un mariage ? Foule sentimentale. Pour la nuit de noces ? J'veux du cuir. L'hymne national ? Le Bagad de Lanbioué. Et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. La musique, c'était Alain Souchon ou rien, sauf les avertisseurs sonore des pompiers qui avaient gardé le droit de faire Pin-Pon, en hommage au rôle du chanteur sauveur de l'intelligence dans l'Eté Meurtrier.
JP avait ensuite travaillé sur les aliments. Ses conclusions avaient été terribles pour l'agriculture du pays, d'ailleurs ... Mais bon, tout le monde a fait un effort et très vite notre plat national est devenu le chamallow. Ça rendait gentil, enfin, ça favorisait les relations sociales selon ses conclusions...
Et puis JP s'était attaqué au cinéma : Seule la tétralogie des Bronzés rendait beau, surtout le cinquième et dernier, les Bronzés à l'hospice. Alors le reste, on l'a interdit.
Côté sport, JP a travaillé sur celui qui rendait les gens les plus fair-plays, pour éviter la violence dans les stades et dans les rues, et c'est tombé sur le polo, alors on a supprimé le reste. C'était pas pratique d'avoir un cheval à la maison, mais bon, les gens n'ont pas dit grand-chose, ils avaient la bouche pleine de chamallows. Ils ont articulé pour les uns "c'est comme vous voulez, où vous irez j'irais" et pour les plus rebelles "On avance, on avance, on a pas essence, pour faire la route dans l'autre sens".
Et c'est ainsi que la France est devenu le pays le plus intelligent du monde, avec les gens les plus beaux, les plus gentils et les moins violents de l'univers.
Enfin, presque, pas moi. Je suis un délinquant, j'ai conservé quelques disques d'avant et je suis devenu une sorte de dealers de sons. Je traîne dans les rues sombres la nuit pour fourguer ma came à des téméraires en quête d'aventures abrutissantes.
"Tu veux du Patrick Bruel ? du Cloclo ? Fais gaffe, Magnolia For Ever, c'est du lourd, abuse pas. J'en ai vu qui s'en remettaient jamais vraiment tout à fait ...".
Je gagne pas mal ma vie, même si c'est super risqué. J'ai déjà fait cinq ans de taule, obligé d'écouter Je suis bidon à longueur de journée, l'enfer que c'était ...
Et puis bon, dès que je suis sorti, j'ai replongé, j'ai repris le business. Fallait bien que je me paye mon camembert de contrebande.























Commentaires
J'ai des larmes au coin des yeux de rire (heureusement que je suis seule au boulot). Tu es le seul à ne pas être tombé dans la brèche Lorie. Je t'imagine très bien en delaer de disques. Ce job est fait pour toi.
Vroumette - 29.12.05 à 09:37 - # -
← Re:
Ah oui, moi aussi, morte de rire :-)
akynou/racontars - 30.12.05 à 01:21 - # -