Le 14-04-2006
Initalement paru le 30 mars 2006
Que l’on apprécie ou que l’on déteste Prince, il est indispensable de se plonger dans sa discographie pour comprendre à quel point son talent a pu influencer la production musicale de ces vingt-cinq dernières années. Un tel palmarès phonographique, tant de tubes mémorables et de petits bijoux souvent moins connus, ne peuvent que plaider en sa faveur. La simple écoute du triple CD Live One Night Alone permettra même aux plus retors de pardonner au génie de Paisley Park ses plus grands égarements. Pour écouter objectivement 3121, son nouvel album, il faut donc oublier le meilleur de sa discographie et le pire : la vocation de chanteuse (sic) qu’il a fait naître chez Ophélie Winter, ainsi que la période où il s’évertuait à rater ses albums et à changer de nom tous les six mois pour énerver sa maison de disques avec qui il était en conflit ouvert.
La première bonne nouvelle qui ravira les amateurs de la majesté pourpre est que l’album entier semble consacré au travail du son. De la première seconde de 3121 à la dernière note de Get on the boat, on reconnaît le style de Prince dans les mélodies biscornues de synthétiseurs qui jalonnent chaque morceau. Cela peut paraître banal mais constitue déjà en soi un exploit tant le magicien de Paisley Park a en effet inspiré d’artistes : toute une génération de producteurs de House Music avoue adorer les sons de synthétiseur et les rythmiques de Controversy, Moodymann a réalisé deux albums marqués par la bande originale du premier Batman, la crème du R’n'B et du hip-hop revendique ouvertement son influence… Le maître demeure inégalable à défaut d’être inimitable et ce disque semble vouloir en faire la démonstration.
C’est, hélas, aussi le principal défaut de ce disque que de vouloir à tout prix être démonstratif, il oublie l’essentiel, à savoir la cohérence d’un réel projet artistique. Prince semble y faire un simple étalage de virtuosité sur le maximum de styles possibles. L’incongru Te Amo Corazon, variation sur le thème des rythmes latins, en est la pire illustration possible. Même bien réalisé et regorgeant de tout ce qui fait les qualités de son interprète, des envolées vocales aux mélodies virtuoses, il apparaît fade et sans relief.
L’intégralité de 3121 est identique à Te Amo Corazon : surprenant, partant dans de multiples directions, bien ficelé mais sans réelle magie. A l’image de Tintin qui voyageait jadis, sans transition aucune, du Congo au Tibet, Prince passe du hip-hop au R’n'B via le funk sans jamais prendre le temps de nous faire entrer dans sa démarche musicale. Si Fury, 3121 et Get on the boat sont trois titres si réussis qu’ils se suffisent à eux-mêmes, on ne peut que regretter l’aspect de patchwork fait à la va-vite que donnent à l’album les autres morceaux.
A force de vouloir se prouver et prouver au monde entier qu’il tient encore le haut du pavé, Prince est tombé dans le piège de l’excès inverse. Certes, il démontre qu’il est capable de faire mieux qu’il y a vingt ans (les similitudes entre le Crystal Ball de 1986 et le 3121 de 2006 sont frappantes) et du R’n'B mieux que Pharrel Williams. Mais il ne réussit pas à donner à cet album un autre aspect que celui d’une simple accumulation de titres plus ou moins réussis.
La première bonne nouvelle qui ravira les amateurs de la majesté pourpre est que l’album entier semble consacré au travail du son. De la première seconde de 3121 à la dernière note de Get on the boat, on reconnaît le style de Prince dans les mélodies biscornues de synthétiseurs qui jalonnent chaque morceau. Cela peut paraître banal mais constitue déjà en soi un exploit tant le magicien de Paisley Park a en effet inspiré d’artistes : toute une génération de producteurs de House Music avoue adorer les sons de synthétiseur et les rythmiques de Controversy, Moodymann a réalisé deux albums marqués par la bande originale du premier Batman, la crème du R’n'B et du hip-hop revendique ouvertement son influence… Le maître demeure inégalable à défaut d’être inimitable et ce disque semble vouloir en faire la démonstration.
C’est, hélas, aussi le principal défaut de ce disque que de vouloir à tout prix être démonstratif, il oublie l’essentiel, à savoir la cohérence d’un réel projet artistique. Prince semble y faire un simple étalage de virtuosité sur le maximum de styles possibles. L’incongru Te Amo Corazon, variation sur le thème des rythmes latins, en est la pire illustration possible. Même bien réalisé et regorgeant de tout ce qui fait les qualités de son interprète, des envolées vocales aux mélodies virtuoses, il apparaît fade et sans relief.
L’intégralité de 3121 est identique à Te Amo Corazon : surprenant, partant dans de multiples directions, bien ficelé mais sans réelle magie. A l’image de Tintin qui voyageait jadis, sans transition aucune, du Congo au Tibet, Prince passe du hip-hop au R’n'B via le funk sans jamais prendre le temps de nous faire entrer dans sa démarche musicale. Si Fury, 3121 et Get on the boat sont trois titres si réussis qu’ils se suffisent à eux-mêmes, on ne peut que regretter l’aspect de patchwork fait à la va-vite que donnent à l’album les autres morceaux.
A force de vouloir se prouver et prouver au monde entier qu’il tient encore le haut du pavé, Prince est tombé dans le piège de l’excès inverse. Certes, il démontre qu’il est capable de faire mieux qu’il y a vingt ans (les similitudes entre le Crystal Ball de 1986 et le 3121 de 2006 sont frappantes) et du R’n'B mieux que Pharrel Williams. Mais il ne réussit pas à donner à cet album un autre aspect que celui d’une simple accumulation de titres plus ou moins réussis.
Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.























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