Le 19-03-2006
Qu'est ce que ça vous dit ?
![]() | 'est Kozlika qui a lancé ce sujet et j'avoue qu'il me plaît énormément. J'aimerais beaucoup que le travail qu'elle propose à ses lecteurs fasse des petits chez des blogueurs mélomanes de toute sorte. |
Le principe est assez simple un extrait musical et une question qui donne la parole à tous, sans aucune culture musicale nécessaire : Qu'est-ce que ça vous dit ?. Simplement chacun essaye de recenser les émotions qui le traverse tandis que ses oreilles sont abreuvées de sons.
J'y réponds donc avec d'autant plus de plaisir que j'envisage peut-être aussi de vous questionner sur deux ou trois morceaux. Voilà donc ce que me dit la Suite n° 1, prélude » BWV 1007, de Jean-Sébastien Bach, par Pierre Fournier.
La première chose qui me vient à l'esprit n'est bizarrement pas une image, mais un mot ou plus exactement un concept : celui du temps. C'est un peu comme si la mélodie égrenée par l'archet coulissant sur le violoncelle n'était finalement que le reflet exact du temps qui s'écoule.
Aucune image ne vient compléter cette vision conceptuelle et surtout pas celle d'un quelconque sablier qui se vide, non la succession harmonieuse de notes graves, qu'on imaginerait plutôt réduite à l'accompagnement rythmique, constitue une mélodie propre et plaisante et se suffit à elle-même, comme l'idée même du temps suffit à décrire les émotions qui m'emplissent à l'écoute de ce morceau. Paradoxalement, c'est un mot maintenant qui me vient à l'esprit : celui de chef d'oeuvre.
Entendons-nous bien (ou plutôt comprenons-nous, tous occupés que nous sommes à écouter du Bach) sur le sens du mot, je ne porte ici aucun jugement de valeur mais j'employe le mot dans son sens originel à défaut d'en avoir trouvé un meilleur. Ce mot chef d'oeuvre qui hante mon esprit désigne le terme employé à l'origine pour signifier la réalisation par un artisan du travail qui clôt sa période d'apprentissage.
Le temps que m'évoque BWV1007 est ainsi multiple. C'est le temps du passé : celui de l'initiation de l'artisan qui a reçu, depuis des mois, un savoir et un savoir-faire de son mentor ; c'est le temps des générations qui s'écoulent, celui de la transmission séculaire d'un geste, amélioré depuis des lustres par une succession de maîtres. C'est aussi le temps du présent : le moment même de la confection et bien évidemment aussi le futur avec l'aboutissement du travail. C'est aussi le temps que l'on prend dans la confection même du chef d'oeuvre, ce temps qu'on prend, celui qu'investit l'homme dans la belle ouvrage. Le temps du chef d'oeuvre : c'est surtout l'instant même du geste mesuré, rapide et serein à la fois. C'est le temps qu'on prend pour les faire choses bien, du mieux que l'on peut.
Si je devais vraiment mettre une image sur cet extrait, ce serait celle du geste de l'artisan - n'importe lequel du plus superflu au plus essentiel : le facteur d'un violoncelle ou un boulanger (je vous laisse vous-même juger de qui est lequel selon vos visions du monde), un geste sûr et serein qui confectionnerait la pâte de ce qui va nourrir son prochain ou polirait le bois qui constituera l'âme de son instrument.
J'y réponds donc avec d'autant plus de plaisir que j'envisage peut-être aussi de vous questionner sur deux ou trois morceaux. Voilà donc ce que me dit la Suite n° 1, prélude » BWV 1007, de Jean-Sébastien Bach, par Pierre Fournier.
La première chose qui me vient à l'esprit n'est bizarrement pas une image, mais un mot ou plus exactement un concept : celui du temps. C'est un peu comme si la mélodie égrenée par l'archet coulissant sur le violoncelle n'était finalement que le reflet exact du temps qui s'écoule.
Aucune image ne vient compléter cette vision conceptuelle et surtout pas celle d'un quelconque sablier qui se vide, non la succession harmonieuse de notes graves, qu'on imaginerait plutôt réduite à l'accompagnement rythmique, constitue une mélodie propre et plaisante et se suffit à elle-même, comme l'idée même du temps suffit à décrire les émotions qui m'emplissent à l'écoute de ce morceau. Paradoxalement, c'est un mot maintenant qui me vient à l'esprit : celui de chef d'oeuvre.
Entendons-nous bien (ou plutôt comprenons-nous, tous occupés que nous sommes à écouter du Bach) sur le sens du mot, je ne porte ici aucun jugement de valeur mais j'employe le mot dans son sens originel à défaut d'en avoir trouvé un meilleur. Ce mot chef d'oeuvre qui hante mon esprit désigne le terme employé à l'origine pour signifier la réalisation par un artisan du travail qui clôt sa période d'apprentissage.
Le temps que m'évoque BWV1007 est ainsi multiple. C'est le temps du passé : celui de l'initiation de l'artisan qui a reçu, depuis des mois, un savoir et un savoir-faire de son mentor ; c'est le temps des générations qui s'écoulent, celui de la transmission séculaire d'un geste, amélioré depuis des lustres par une succession de maîtres. C'est aussi le temps du présent : le moment même de la confection et bien évidemment aussi le futur avec l'aboutissement du travail. C'est aussi le temps que l'on prend dans la confection même du chef d'oeuvre, ce temps qu'on prend, celui qu'investit l'homme dans la belle ouvrage. Le temps du chef d'oeuvre : c'est surtout l'instant même du geste mesuré, rapide et serein à la fois. C'est le temps qu'on prend pour les faire choses bien, du mieux que l'on peut.
Si je devais vraiment mettre une image sur cet extrait, ce serait celle du geste de l'artisan - n'importe lequel du plus superflu au plus essentiel : le facteur d'un violoncelle ou un boulanger (je vous laisse vous-même juger de qui est lequel selon vos visions du monde), un geste sûr et serein qui confectionnerait la pâte de ce qui va nourrir son prochain ou polirait le bois qui constituera l'âme de son instrument.


























Commentaires
Lien croisé
Qu'est-ce que ça vous dit ? - Kozeries en dilettante : " J'adore cette idée. Pour la peine, j'ai parlé du temps du chef d'oeuvre. "
Anonyme - 19.03.06 à 14:01 - # -
Aa suite du billet de Koz sur cette petite expérience, je me suis amusée à réécouter moults fois le même morceau tout en lisant les "impressions" de chacun. C'est assez amusant comme l'univers des uns collent parfois parfaitement à son propre état d'esprit et parfois, j'ai eu du mal à "rentrer dedans". Mais j'aime beaucoup cette expérience.
Vroumette - 20.03.06 à 21:12 - # -
Comme ici, pour faire écho à Kozlika, je propose aussi des petites écoutes à commenter...
Bra - 22.04.06 à 01:45 - # -