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Fundamental / Fundamentalism - The Pet Shop Boys

Le 16-06-2006
Initialement paru le 1 juin 2006

Qui aurait pu prédire, en écoutant les débuts des Pet Shop Boys au milieu des années 80, que leur carrière durerait une vingtaine d’année ? Dans ces années top 50, le groupe n’émergeait guère du troupeau de groupes pop anglais qui squattaient allégrement les premières places des hit-parades. Il n’était guère besoin d’être un expert pour déceler une longue trajectoire derrière le génie créatif et les tendances défricheuses de Depeche Mode. Et s’il avait fallu parier sur un autre vrai talent émergeant, on aurait volontiers mis un billet sur les Frankie Goes To Hollywood, au son si savamment produit par Trevor Horn (à un point tel qu’ils ne chantaient eux-mêmes …), voire sur un groupe new-wave emmené par un leader charismatique : Jimmy Sommerville pour Bronski Beat ou Softcell et Marc Almond. Les Pet Shop Boys, en milieu de peloton, ne semblaient pas, malgré un West End Girls très efficace, destinés à sortir du lot des Propangada, Talk Talk et autres Orchestral Manoeuvre in the Dark.

Malgré des pochettes d’album trop datées car basées sur ce goût douteux « très années 80 » pour les couleurs fluorescentes et contre tous pronostics, Chris Low et Neil Tennant, sortent en 2006 un double album, d’excellente facture intitulé Fundamental / Fundamentalism. De ce disque, qui ne bouleversera probablement ni l’avenir de la musique en ce début de siècle ni même la carrière du groupe, on pourra, en plus de passer un excellent moment, trouver des clés pour comprendre la longévité du duo.

Le talent numéro 1 des Pet Shop Boys a toujours été dans les mélodies destinées à la danse, comme l’illustre très bien the Sodom and Gomorrah show : des orchestrations synthétiques qui lorgent doucement vers le symphonique qui se marient admirablement avec des paroles sulfureuses, rappelant ainsi les mythiques singles des débuts : It’s a sin. Cet art de la dance music s’illustre d’ailleurs aussi à merveille dans I’m With Stupid, le premier titre extrait de cet album. Véritable réussite bien loin des gimmicks musicaux éculés qui seront les tubes de l’été produits par une grande marque de boisson gazeuse, le morceau est entraînant sans être entêtant, audible aussi bien au calme chez soi qu’à la discothèque du camping municipal de Palavas Les Flots ou à la communion du petit dernier.

Le second facteur de leur succès a été dans leur capacité à modifier leur répertoire au fil du temps. Leurs premiers albums, dont le facétieux Please, qui incitaient ses acheteurs à être polis avec leur disquaire, n’offraient presque que des titres de ce genre où ils excellent. Avec le temps, la sagesse, la maturité, l’évolution des moeurs de leur communauté, Low et Tennant ont su composer des vraies chansons lentes, plus adultes, toujours marquées de leur patte musicale mais teintées d’une certaine forme de mélancolie. I made my excuses and left, Luna Park, Indefinite leave to remain ou Casanova in hell plus lentes, aux orchestrations parfois beatlesiennes sont ainsi de magnifiques petites vignettes sonores, autant basées sur la construction d’une ambiance que sur une simple mélodie. Par sa capacité à réussir de telles merveilles alors que les années new-wave commençaient à se terminer, le duo a progressivement réussi à s’accaparer l’héritage de ce style musical et à se construire une réelle légitimité.

Mais la véritable finesse qui a permis aux Pet Shop Boys de traverser les années est dans la modernité de leur musique. On se positionnant clairement à mi-chemin entre night-club et salon, les deux anglais ont su conquérir un nouveau public. Leurs anciens fans, habitués aux pistes de danse, n’ont jamais pour autant été délaissés. Par le biais d’artifices, les fidèles ne sont jamais déçus : on se souvient du Hallo spaceboy qu’ils ont offert à David Bowie pour sceller ses retrouvailles avec Brian Eno et le grand public. Fundamental ne se conçoit pas ainsi sans son pendant remixé : Fundamentalism.

Si les DVDs et autres CDs bonus sont devenus monnaie courante, ils ne sont la plupart du temps que de la monnaie de singe : des ébauches de studio délaissées pour des raisons évidentes ou des vidéos sans grand intérêt. Fundamentalism est lui un vrai complément à Fundamental : des remixes électroniques d’excellente qualité dont celui par Michael Mayer du très justement intitulé Flamboyant, extrait du dernier album. Ce diptyque, magnifique démonstration de la longévité d’un groupe qui a la pleine mesure de son art, s’inscrit dans la pleine continuité de leur oeuvre.


Fundamental / Fundamentalism - The Pet Shop Boys


Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.


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