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All Time Music #004 : The dream is over - Frank Black

Le 20-01-2008
Ma rencontre avec le cochon qui swingue

Je fais partie d'une génération étrange, celle qui a connu ses premiers émois musicaux en écoutant des galettes de vynil et autres objets archéologiques de type bandes magnétiques, construit les premiers rayonnages de sa discothèque avec des  compact-discs et doit se résoudre à écouter à l'avenir des paquets d'octets. Mais, en contrepoint de cette grande révolution en marche, s'écrit une petite histoire, celle des amateurs de musique. Il fut, en effet, un temps où l'on pouvait afficher sa passion en empilant sur des étagères des raretés difficiles à obtenir, des curiosités issues de circuits parallèles, obscurs et à la limite de la légalité. La passion de la musique s'agrémentait alors d'un excitant parfum de contrebande, aujourd'hui évaporé dans l'implacable efficacité d'un quelconque moteur de recherche. Imports d'éditions destinées aux marchés étrangers, concerts enregistrés sous le manteau, tirages limités, tous ces disques se trouvaient généralement sous le comptoir, à l'abri du regard du client ordinaire, comme ces curiosas qui peuplent l'Enfer des bibliothèques.

De cette période, je garde en mémoire quelques noms, évocateurs de labels spécialisés dans cette activités : "Kiss the Stone", "Swinging pig" et surtout le sentiment d'aller poser les oreilles en un terrain inconnu, où l'accès n'était pas autorisé pour le commun des mortels, pas même par l'artiste. Quelles histoires aussi, il était possible de se raconter en écoutant ces "vrais" concerts, bruts de décoffrages, sans retouches en studio, ni petits arrangements avec une table de mixage, des oubliés des discographies officielles.

Celui-ci commence probablement au bord d'une route américaine qui ne doit pas mener vers un lieu très attrayant. L'homme qui descend d'une voiture que j'imagine peu luxueuse, porte dans une main sa guitare. Le bar où il joue ce soir, ne paye pas de mine. Est-ce un bar, d'ailleurs ? Faute de la licence appropriée, on n'y vend même pas de bière. Peu importe, l'homme se contentera d'un soda pour faire glisser une double ration de pizza avant d'entrer en scène. Black Francis, malgré son grand appétit, n'est là ni pour la gastronomie, ni pour l'alcool, non, il est là, pour la musique et pour les fans. Et surtout, il est seul. Lui, qui, sur la pointe des pieds, a mené l'un des groupes qui a ressuscité le rock au début des années 90, est là en solo. Ce soir, impossible de lancer un "Rock me, Joe" avant que son pote Santiago balance un riff dévastateur dont il a le secret. A oublier aussi, la voix de Mrs John Murphy, parfois bien utile pour assurer les choeurs ou la batterie discrète mais efficace de David Lovering.

Ce soir, sans que l'on sache vraiment pourquoi - et même si tout s'éclairera quand les Pixies se sépareront - Frankie ne va pas à Hollywood pour recevoir une récompense dorée qu'il mériterait bien. Il ne va pas non plus à New-York enregistrer un MTV Unplugged. Non, il est au fin fond du trou du cul de l'amérique profonde, dans un coffee-shop habituellement bourré de rednecks récemment inscrits aux alcooliques anonymes mais rempli ce soir par des fans irréductibles qui ont appris sa venue par de vagues rumeur. They've heard it through the grapevine, comme on dit.

Il monte sur scène, branche la fiche d'un ampli fender sur sa guitare électro-acoustique, écarte un peu les jambes comme pour mieux s'enraciner sur la sorte d'estrade qui lui permet de dominer le public de quelques centimètres à peine, et c'est parti. Le rock'n'roll est alors réduit à sa plus simple expression : juste six cordes et quelques potentiomètres, la rencontre d'un homme et de son public enthousiaste

Le résultat fait parti de ses témoignages qu'on regrette de ne pas pouvoir entendre plus souvent et qui donnent aux bootlegs toute leur saveur. Frank donne tout sur scène pour ses fans et l'amour de son métier. Il le fait à sa manière, c'est à dire sur les chapeaux de roue : 25 morceaux en moins d'une heure. Pas de pauses, pas de discussions inutiles, pas de cabotinage superflu entre les morceaux, non, juste des sacrées bonnes chansons qu'il a composées.
 
 

Blue Lines - Massive AttackC'est paradoxal de l'écrire à propos d'un album acoustique où la batterie est absente mais ce Dream is over est mené tambour battant. Et ce sentiment n'est pas dû uniquement à la manière trépidante dont Black Francis mène son set mais aussi à un tracklisting qui laisse pantois tant il est riche de tubes en puissance. La qualité première des Pixies tient dans la cohérence de sa discographie : un bloc compact de chansons de très haute qualité. Chez les Pixies, tout ou presque est d'égale valeur : du morceau le plus connu (Monkey's gone to heaven et Wave of mutilation dans cette sélection où ne figurent ni Where's my mind, ni Hey) à la face B réservée aux intiés (Manta Ray). Ce fut peut-être son défaut majeur vis à vis des maisons de disques et du grand public, le groupe s'est avéré incapable de formater un disque comme il est l'usage de le faire : avec un ou deux tubes absolus et des morceaux de moindre qualité capables de faire le remplissage. S'il n'a pas rencontré lors de sa première vie, le succès mainstream qu'il méritait, il a su ainsi accéder au statut de groupe culte, chacun, y compris les plus grands (à commencer par Bowie, himself) trouvant dans la discographie une excellente chanson à reprendre ou à recycler pour illustrer son film.

Et si le show du guitariste seul en scène est remarquable, il faut aussi saluer la performance vocale de celui qui est encore leader des Pixies au moment de l'enregistrement de ce disque : Frank Black sur les textes qu'il a lui même écrit, se déchire littéralement les cordes vocales, ne lésinant jamais à ahanner (Tame), brailler comme un cochon qu'on mène à l'abattoir (Gouge Away), partir de manière déraisonnable dans les aigüs (Broken Face).

Bien entendu, cet album live, enregistré à la sauvette dans un débit de boisson paumé au fin fond du 49 ème état le moins agréable des Etats-Unis, n'est qu'anecdotique par rapport à la grande histoire du groupe et ne vaudra jamais les albums studio des 4 Pixies avant leur séparation. Mais il a la valeur d'un témoignage intéressant : celui de la conviction, de la ferveur, de la passion avec laquelle un homme, Frank Black, a défendu sa vision du rock à une période où il était dans un état plus que piteux : en chantant des histoires abracabrantes de raies mantas et d'OVNIs tombés sur Roswell, en laissant de côté le désastreux rock FM des années 80 pour lui substituer un autre chose où le son post-punk se mèle à la surf music pour apporter un souffle nouveau. C'est un document d'autant plus important qu'il est supérieur à ce que le groupe a fait depuis sa reformation et que l'hstoire a montré depuis la sortie de ce disque de nombreuses choses : que Frank Black avait, avec les Pixies, d'une certaine manière ouvert la voie à bien d'autres groupes et aussi qu'il avait un avenir sans eux.



En guise de bonus qui n'a rien à voir, mais alors, vraiment rien, quoique ...

Une autre performance live, elle aussi assez peu courante, puisqu'issue d'une VHS destinée initialement aux fans de Sonic Youth et pas encore disponible en DVD : 1991, The year punk broke. Un film de tournée pas tout à fait comme les autres qui date de l'été 1991 et sur lequel j'ai déjà écrit d'ailleurs. J'aime beaucoup le grain de l'image sur ce premier plan en noir et blanc : cette forêt de têtes qui s emet soudainement à s'animer à mesure que les accords de guitare arrivent.

 
 


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1 Commentaire


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Commentaires

Classe cet article (même si je suis à peu près certain que le concert a été enregistré à Londres...)
Tu écris bien l'ami

Action - 06.02.08 à 22:59 - # -

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