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Clap your Hands Say Yeah

Le 03-03-2006
Initialement paru le 16 février 2006

a sortie « officielle » du premier album des Clap Your Hands Say Yeah est, sans contestation possible, l’événement pop-rock de ce début 2006. Le disque de ces cinq new-yorkais a connu un destin qu’on

pourrait qualifier d’original, s’il n’était pas symptomatique de la nouvelle machinerie musicale made in USA. Le CD est, en effet, officiellement sorti courant 2005 avec un nombre d’exemplaires particulièrement limité. Le circuit de promotion a été soigneusement choisi : démesurément important en regard d’une distribution restreinte. Les premiers avis, dithyrambiques, apparaissaient alors sur des weblogs musicaux à forte audience, bientôt suivis par ceux d’une presse dont on se demandait si elle n’osait contredire ces nouveaux “faiseurs de tendance” ou si elle les appréciait réellement. Paradoxalement, devant de si bonnes réactions, les exemplaires demeuraient difficiles à trouver dans les bacs, comme pour en entretenir la rareté et réserver le phénomène à quelques aficionados. L’unanimité critique qui lui a succédé est-elle réellement conforme aux qualités de l’album ou simplement le fruit d’un parcours marketing soigneusement étudié et basé sur l’utilisation habile du buzz Internet ? La question mérite réellement d’être posée.
De la première écoute du disque, il ressort une liste impressionnante d’influences et de sonorités déjà entendues ailleurs : My Bloody Valentine, Talking Heads, Radiohead, Belle and Sebastian, la crème de la pop music indépendante. De telles références sont essentiellement dues à l’omniprésence du synthétiseur dans les orchestrations et au timbre de voix si particulier du chanteur. La vraie originalité du disque vient des trois morceaux courts qui jalonnent l’album. Ils sont trop longs pour constituer une introduction et des interludes classiques et surtout trop bons par rapport au reste de l’album. Clap your hands, en ouverture, semble l’hybride parfait entre une fanfare de rue et celle des Beatles du Sergent Pepper Lonely Hearts Club Band. Sunshine and clouds (And everything proud) et Blue turning grey sont deux sublimes mélodies. La première paraît tout droit sortie d’une boite à musique, l’autre est une magnifique variation entièrement acoustique.

Des morceaux plus longs, on ne retiendra que quelques bons moments. Over and over again (Lost and Found) est une délicate construction où les guitares s’enchevêtrent sur une ligne rythmique basse/batterie, complétée par le son lancinant d’un synthétiseur. The skin of my yellow country teeth est d’un dynamisme rare, à l’orchestration riche, harmonieuse, où chacun des cinq membres du groupe semble s’en donner à cœur joie en se dirigeant vers un paroxysme musical. Mais, hélas, l’ensemble est desservi par des titres comme Details of war, ballade sans grand relief dont les percussions manquent cruellement d’originalité, ou Let the cool goddess rust away qui ne repose que sur trop peu de choses : des déluges de guitares sans réelle recherche musicale que cachent mal la voix du chanteur et quelques sons de tambourin. Ne surnagent ainsi que trop peu de chansons d’un ensemble qui fait, par moments, plus penser à de mauvais plagiats de Cure qu’à l’impeccable discographie des Talking Heads. Et même les excellents Gimme some salt et surtout Upon this Tidal Wave of Young Blood, où la voix d’Alec Ounsworth révèle enfin tout son potentiel, auraient probablement gagné à être plus construits.
Le premier album des Clap Your Hands Say Yeah est incontestablement un bon disque, entaché d’erreurs qu’on attribuera volontiers à la jeunesse et à des influences dont les cinq new-yorkais ont du mal à se libérer. Il marque le grand retour aux source d’une pop music, lassée d’expérimentations électroniques trop souvent discutables. Le mouvement est global, vient des USA et fut initié avec Arcade Fire. Il annonce probablement de nombreuses découvertes intéressantes dans les mois à venir. Mais ni cet album, ni ceux du même style qui l’ont précédé n’arrivent à la hauteur des productions dont ils s’inspirent ouvertement. Il est donc un peu prématuré de crier au chef-d’œuvre pour ce qui ne constitue qu’un bon début mais nécessite une confirmation sur scène et dans un deuxième opus.



Clap your hands Say yeah - Clap your hands Say yeah

Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.


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