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De la blogoboulimie politique et de sa typologie

Le 23-02-2007
Partie I

Quelques prophètes avaient l'an dernier annoncé que la campagne (et éventuellement la victoire aux élections) de 2007 aurait lieu sur les blogs. Plus le temps avance et plus je suis sceptique mais qu'importe mon opinion, je vais tenter d'élaborer un inventaire des différents objets politiques qui hantent la blogosphère.

En guise d'introduction, il est quand même bon de s'interroger sur cette prophétie un peu naïve qui consiste à dire que les blogs péseront sur les scrutins pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette idée.

Commençons par constater qu'il existe une réelle crise de confiance en les médias "classiques" qui plaide en faveur des nouveaux moyens d'expression digitaux.

- La presse souffre de la fin de l'ère du papier et l'arrivée des journaux "gratuits" a entretenu une partie de son lectorat dans l'idée qu'une information devait être présentée de manière neutre (alors qu'elle n'est en fait que recopiée de dépêches pour des raisons de coûts). On pourrait même, au vu du volume de son lectorat, s'interroger sur son impact "réel" sur l'opinion (par impact réel, j'entend l'impact qu'aurait une information/opinion publiée dans la presse et non reprise par d'autres supports).

- Les radios, par leur audience et la confiance accordée par leurs auditeurs, bénéficient de la meilleure crédibilité de tous. Le format des grandes stations généralistes est de plus en plus en orienté vers l'information et le débat. Cependant, le nombre restreint de ces radios généralistes et leur appartenance à des groupes financiers de plus en plus tentaculaires (pour le privé) limitent là encore leur crédibilité.

- La télévision est incontestablement reine mais son influence pose problème (certains en ont même fait un argument de campagne) tant elle est grande et tant le medium semble dépourvu de neutralité.
Passons rapidement sur les concubinages suspects et autres histoires d'oreillers entre politiques et journalistes qui n'ont pas lieu d'être dans une démocratie moderne. La France est d'ailleurs l'un des seuls pays où ces questions se posent, les journalistes des autres nations faisant jouer leur devoir de réserve avant que cet situation soit, prouvant que le mot déontologie a un sens dans d'autres idiomes. Pour qui douterait des ordres de priorités entre pluralisme et liberté d'expression, je vous renvoie à mon billet : La blogoboulimie politique et Alain Duhamel.
Les "amitiés" politiques, personnelles, ou professionnelles, des équipes de directions sont bien plus inquiétantes : La femme du directeur de l'information de TF1conseillait un candidat à la présidentielle en 1995, le PDG de France-télévision partage les droits d'auteur de son livre le plus vendu avec la femme de l'actuel président de la république, sans parler des amitiés privées des directeurs de groupe diversifiés qui pourraient laisser planer le doute sur des conflits d'intérêts industriels et personnels (dans les divers domaines d'activité du groupe en plus de sa partie communication).

Ce constat initial réalisé en guise de rappel, essayons de comprendre la thèse de ceux qui pensent que les nouveaux moyens d'expression digitaux péseront sur le scrutin. En effectuant une rapide typologie des blogueurs politiques, on en distingue trois types :
  • Les opportunistes :
Si ceux-ci sont convaincus, après mûres réflexions, qu'il y a un réel enjeu politique sur le web, c'est aussi parce que cela leur permet de vendre quelque chose : une théorie (plus ou moins sérieuse) sur l'importance centrale de ce mode de communication dans les prochaines années, le livre qui expose leur théorie voire même le service informatique dont ils s'occupent et qui nous rendra la vie plus facile. La campagne de 2007 consistue pour eux un formidable laboratoire d'expérimentation grandeur nature et une réelle caisse de résonnance.

Si pour eux, le Web est l'avenir de la politique, les raisons sont simples et historiques : ils ont pléthore d'exemples à disposition en se basant qui sur la campagne du référendum européen, qui sur tel ou tel phénomène survenu il y a quelque temps aux Etats-Unis.

Le terme "Opportuniste" n'est en aucun cas connoté puisque c'est généralement sur ces URLs qu'on trouvera les meilleurs argumentaires et/ou les réflexions les plus fouillées, le sérieux étant un moyen de promotion essentiel sur le web.

  • Les militants :
Ceux-là sont engagés, le disent clairement et vont mettre toute leur conviction dans chacun de leur billet. Ils vont essentiellement rebondir sur l'actualité de leur candidat (éventuellement rebondir sur les embûches de ses adversaires).

La campagne se gagnera sur le web ? A dire vrai, ils s'en fichent un peu, rédiger un billet ici ou déposer un commentaire là, finalement, ce n'est rien d'autre qu'une manière moderne de déposer un tract dans une boîte au lettre sans risquer un coup de froid.
  • Les e-ditorialistes :
Ils se rêvent sur leur petit coin de la toile en commentateurs politiques de haute volée, Catherine Nay de la blogosphère ou Laurent Joffrin du Net. Ils distribuent les bons points de part et d'autre en fonction de l'actualité de la campagne. Certains sont des stakhanovistes de l'exercice et d'autres plus dilletantes ne feront que quelques billets.

Les bistrots sentent trop le Côte du Rhone et la fumée : c'est bien dommage tant les conversations de comptoir ont du bon (et peuvent être aussi pittoresques que brillantes selon l'interlocuteur). L'e-ditorialiste est l'équivalent moderne de ceux qui hier jouaient les grandes gueules entre deux Picon-Bières. A ceci près que réfugié derrière son écran, l'internaute n'est plus irrémédiablement fort en gueule et porté sur la bouteille : on retrouve donc un échantillon de population plus varié allant de la femme au foyer jusqu'à l'étudiant à la timidité maladive.

Bien évidemment, la typologie présentée ci-dessus est sommaire et loin d'être hermétique : les catégories peuvent présenter des intersections. Le théoricien de la communication "engagé" politiquement (Opportuniste/Militant) tentera de faire passer un message (subrepticement ou pas, consciemment ou pas) en exposant ses théories. Le "machiavélique"1 encarté (Militant) pourra se déguiser en e-ditorialiste indécis pour mieux ralllier à sa cause ceux qui n'iraient pas lire "la ligne officielle du parti" de son candidat.


A venir : Qu'apportent les nouveaux moyens de communications digitaux de plus par rapport aux médias traditionnels ?
[1] Le terme machiavélique est ici utilisé avec ironie puisqu'habituellement ce genre de stratagème de type sous-marin crève assez vite les yeux de tout esprit critique quelque peu aiguisé. Si le blogueur est "influent", faisons confiance aux militants pour le faire remarquer à son lectorat au fil des commentaires. Je serais par contre curieux de trouver des "blogs noirs" qui, à l'instar des radios noires en temps de guerre, désinforment à dessein par mégarde. Si quelqu'un trouvait un blog supporter d'un candidat tellement caricatural dans ses positions et accumulant les "gaffes" au point de le discréditer (c'était le principe de Radio-Paris sous l'Occupation, qui se prétendait radio pirate de Résistance était dirigé par l'Occupant et mentait sur les messages, bilans humains et objectifs), je serais ravi de pouvoir le lire.


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3 Commentaires


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Commentaires

J'aime beaucoup le "une manière de glisser un tract dans une boîte aux lettres sans risquer de prendre froid".

Pas mal vu, en tout cas.

Même si concernant la politique je crois qu'il est très prématuré d'accorder aux blogs une telle influence, je me rends compte qu'un mouvement de prise de conscience générale a enfin eu lieu et c'est assez amusant de voir des gens influents se pencher sur le "phénomène" (comme ils disent), avec la petite touche d'inquiétude face à la nouveauté (ce qu'ils croient en être une). hé hé.

gilda - 23.02.07 à 09:34 - # -

Moi aussi, j'aimerais beaucoup repérer ce que tu appelles un "blog noir", un sous-marin blog. Si tu en entends causer, peux-tu me prévenir en écrivant sur la chtite enveloppe en haut de mon shplouk?
Pour le reste des blogs politiques, ils ont à ma connaissance un gros point commun: le manque d'humour sur eux-mêmes  (car il en existe de drôles, comme vive le feu, ou le blog d'un grincheux mais leur humour se fait presque toujours aux dépens du camp adverse. Ce qui amène un autre point: ils sont presque tous encartés).
Des tartines de poncifs, d'analyses et de stratégies d'une effarante myopie et d'une non moins consternante uniformité alimenté par des commentateurs généralement alignés sur la ligne du taulier, avec accusation de trollisme au moindre petit écart...
Bref on n'est pas loin de l'insalubre.
PS Tu résumes bien le cas des journaux gratuits, où l'on tente de qualifier de "neutre" le vide.

leblase - 26.02.07 à 17:10 - # -

← Re:

Absolument d'accord sur le point de vue du manque d'humour et de la myopie. Je ne parle même pas des accusations de trollisme, je consacrerais le troisième billet de cette série au cas précis des commentaires. Par contre, je pense que tu lis beaucoup de blogs militants selon ma typologie pour les trouver tous encartés, certains e-ditorialistes sont assez ouverts et pluralistes dans leurs opinions (In Vivo, qui ne parle pas que de politique en est une illustration) mais il faut les trouver (d'autant plus qu'ils ne sont généralement pas uniquement centrés sur les questions politiques).

labosonic - 26.02.07 à 20:06 - # -

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