Le 31-10-2005
Relent d'exaspération envers le monde et moi-même
![]() | e crains que la récente Refonte graphique de ce blog n'ait laissé passer, par le truchement de quelques blocs colorés bien agencés, une mutation bien plus profonde de ce blog. Et la dite mutation n'est peut-être pas juste profonde mais plutôt essentielle. |
Comme moi, probablement plus tôt que moi, vous avez du remarquer la disparition des mots qui sous-titraient ce laboratoire sonique. Ni Carnets d'humeurs d'un montreur de son, ni Journal Intime sonore ne figurent encore, tels des slogans qu'ils furent.
Si j'ai commencé ce blog, c'est sans doute plus pour y crier et hurler à loisir que pour y partager une passion, aussi prenante soit-elle. J'essayais d'y exprimer un je ne sais quoi qui me minait, un je ne sais pas, un Ce jeu auquel je joue ne me plaît pas. Et, imperceptiblement, il disparaît, sous l'érudition musicale vaine et encyclopédiste, sous les oripeaux de bandeaux bariolés qui vous mènent ailleurs, sous l'aspect de la fiction qui, petit à petit, s'est immiscée dans mes mots, avec plus ou moins de talent.
Qu'ils me paraissent loin les titres manifestes "La passion et les crachats", les interrogations fumeuses "L'insomnie rend-elle con ?" et les bilans désastreux "Morne Journée".
A l'évidence, je pourrais, encouragé par le (moindre mais plus négligeable) succès de ce blog, continuer dans la voie que j'ai tracé, persévérer dans l'inventaire jamais terminé de la musique passée, présente et à venir. J' y gagnerais sans doute en culture, en audience, en crédibilité, en influence, en tout ce que Dieu seul et les internautes férus de business-plan peuvent imaginer.
Mais ce serait nier, ce soir de Janvier, où hagard du premier sommeil réparateur après dix jours sans l'ombre du moindre sommeil (ou plutôt avec un sommeil moindre qui m'a fait devenir l'ombre de moi-même), j'ai eu la plus saugrenue des idées et j'ai écrit les premiers mots d'une aventure dont je jamais n'imaginais qu'elle irait aussi loin.
Plus encore que tout cela, ce serait trahir les discrets encouragements des premiers lecteurs de ce blog, notamment ceux qui avaient décelé en moi, avant même que je n'en découvre l'existence, cette félure qui me paraissait insupportable. Ce serait ne plus écouter les fameux "Ecris, écris" si importants à mes yeux, dans ces moments où le clavier n'apportait aucune lumière, aucune satisfaction, aucune autre joie que celle de combler le vide d'une vie qui partait en lambeaux et dont je n'osais pas même être le spectateur.
Auparavant, je fournissais des humeurs, des hauts et des bas de ma vie, avec une bande originale associée. Désormais, Labosonic ne fournit plus que paroles et musique. (Au passage, la Laboradio a enfin un programme digne de ce nom, allez y jeter une oreille, vous ne serez pas déçus.) Et je sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve ça triste et chiant à mourir. C'est peut-être le symptome d'une vie qui va mieux mais cela ne doit pas pour autant signifier qu'elle va bien.
Finies les crises d'angoisse hypersomatisées, adieu les semaines entières articulées autour de l'unique perspective d'une séance d'une heure dont on ne sait pas si elle fait plus de bien ou de mal, si elle est trop longue ou très brève, si le salut vient de la souffrance exprimée-expulsée ou de celle encore présente. Certes. Mais quoi de plus ? Quoi de mieux ? La sérénité retrouvée (ou trouvée, ou même découverte, qui le sait vraiment) n'est pas une fin en soi. Et ce blog sans mots et maux, n'a rien à faire ici, aucune raison d'exister (à part celle d'être une trace de ce virage entamé et dont j'ignore encore l'ampleur).
Ce blog file un mauvais coton, il perd de son âme et ne pourra continuer si je ne m'attèle pas plus à le recentrer sur moi. Trop de jeux. Pas assez de je. Trop de cerveau qui s'exprime pour vous faire plaisir et trop peu de tripes qui tapotent à sa place sur les touches.
Non, tous les lecteurs ne sont pas importants, pas même les meilleurs, pas même les amis, pas mêmes les e-crivains qui me font le plaisir de me lire et que je lie avec bonheur, JE SUIS MON UNIQUE LECTEUR. Toi, qui me déchiffres et as eu le courage d'aller au bout de paragraphes rébarbatifs, fidèle d'entre les fidèles ou explorateur du net égaré par quelque moteur de recherche, passe ton chemin, ce qui se trouve consigné ici n'a finalement pour unique but que de marquer ma trace et celle de ma vie sur l'Internet. Comme le chien qui pisse tous les soirs après le film sur le réverbère au coin de ta rue, je marque ponctuellement mon territoire dans le no-man's land digital. Sans gloire, ni succès, ni prestige, sans espoir d'y trouver un quelconque os à ronger demain ou quelque femelle quelconque à saillir, avec la certitude que la balayeuse municipale nettoyera de son jet javellisé l'urée de mon humeur.
Voilà tout. En espérant que j'aurais un peu de mémoire et quelques souvenir de ces mots pour les jours à venir.
Et en guise de message à ceux qui crânement affichent cet immondice ou quelque autre du même genre dans leur vitrine, j'opposerais ceci :

























Commentaires
Kikoo
Slt,
Tu écris trop bien, c'est très profond, on ressent ce que tu dis...
J'aimerais écrire comme toi, ce n'est pas rébarbatif du tout...
Je découvre et j'aime..
A bientôt sur la toile
Lcy
Lcy - 31.10.05 à 04:46 - # -
Si les chiens pissaient des blogs Paris serait beaucoup plus propre !
bon, mauvaise blague à part, je ne suis pas certaine d'avoir tout compris : j'ai eu l'impression que tu t'excusais que ton blog devienne moins personnel et plus culturel et musical. Tant mieux si c'est parce que tu te sens mieux, et puis comme tu le dis à un moment mais différemment, tu es chez toi, tu fais comme tu veux.
(surtout que je serais mal placée pour reprocher quoi que ce soit étant donné que j'évite soigneusement d'écrire sans un minimum de distillation, par exemple ça : http://gilda.typepad.com/traces_et_trajets/2005/09/mal_aux_mots.html
c'était un violent moment de chagrin amoureux - tu peux rire, je t'en voudrais pas, au contraire ça me consolerait un peu -).
Cela dit, tes notes un peu coup de gueule après l'air du temps, me plaisent particulièrement et me font du bien à lire, j'espère qu'elles auront toujours une petite place de temps à autre.
gilda - 31.10.05 à 09:22 - # -
PS : quelle horreur ce "this blog is worth ..." (je veux dire la première version, pas la tienne) il y en a vraiment qui affichent ça ?
et sur quoi ils se basent ? Ils font payer les pubs qui s'affichent ? En est-on déjà là ?
gilda - 31.10.05 à 09:25 - # -
Yes, priceless
Priceless, that's the reason why it is worth going on.
J'M.
Justine Miso. - 31.10.05 à 16:19 - # -
← Re:
Je pense que le fil du temps a fait de mon blog une hydre tentaculaire qui a force de vouloir parler de tout, ne parle plus de rien, hormis peut-être de moi, en un filigrane discret destiné à ceux qui ont le hasard de me connaître ou le temps d'essayer de me découvrir dans le palimpseste de certains billets.
J' y mélange trop, cuisine, musique et confessions, parole publique et discours privés, beaucoup trop pour pouvoir prétendre à une quelconque visibilité et/ou respectabilité. Un léger effort de classement, de séparation et quelques concessions mercantiles, pourrait sans doute m'assurer une "destinée blogosphérique" plus importante.
Mais qu'importe, j'ai voulu ce bric-à-brac comme un trace de ma mémoire qui s'inscrit sur la toile : donc brouillonne, désordonnée, complexe.
Ce post n'est pas la fin d'une époque, un virage à quelques degrés de ce soit dans une "ligne éditoriale", non c'est juste un cap qui je réinscris comme direction majeure, pour ne pas l'oublier moi-même. Cap à la con, avec du public et du privé qui n'intéressera que moi, de la musique, quelques recettes, de la mauvaise foi et un brin d'objectivité pour être moi.
labosonic - 31.10.05 à 16:27 - # -
Lien croisé
L'oeil de mouche - Recadrage : "Non, tous les lecteurs ne sont pas importants, pas même les meilleurs, pas même les amis, pas mêmes les e-crivains qui me font le plaisir de me lire et que je lie avec bonheur, JE SUIS MON UNIQUE LECTEUR."
Anonyme - 31.10.05 à 19:09 - # -
← Re: Re:
Ce texte me rappelle 404 choses.
Thomas - 31.10.05 à 21:48 - # -
Il y t-il vraiment une règle des blogs ? Coups de gueule, coups de coeur, humeurs, musique, son, états d'âme. Le tout c'est toi, et les passants que nous sommes apprécient cette diversité.
Mon côté désespérement optimiste, retient surtout que ça va mieux, et ainsi que ton titre l'indique, que des choses se passent, et semble-t-il de bonnes choses.
Vroumette - 01.11.05 à 08:05 - # -
Ce n'est pas ma première visite chez toi mais je n'y avais pas laissé encore de commentaires, par timidité, peut-être, ton blog m'a paru si "riche" (mais "priceless", ne confondons pas...). Je voulais te remercier de ton beau commentaire à propos de mon "blog secret" de ce matin et je découvre ce texte qui me touche et m'étonne.... et le commentaire qui suit :
"J' y mélange trop, cuisine, musique et confessions, parole publique et discours privés, beaucoup trop pour pouvoir prétendre à une quelconque visibilité et/ou respectabilité."
Est-ce que ce mélange n'est pas tout simplement toi ? Et absolument "respectable" à ce titre. Je ne te connais pas depuis suffisamment longtemps mais ce que j'ai lu ou vu ici est le reflet d'un être qui est un puzzle d'émotions, de sentiments, d'états d'âme.... et c'est très bien ainsi....
Traou - 01.11.05 à 09:44 - # -
← Re:
Bien sur que ce chaos, ce bordel, c'est moi, mais j'avoue que j'ai juste eu un peu de mal parfois à l'assumer, au début surtout, quand en moins de deux semaines de parution, Google avait déjà trahi et dévoilé ce jardin secret.
labosonic - 01.11.05 à 14:37 - # -