Le 11-06-2006
Initialement paru le 25 mai 2006
Malgré un parcours musical déjà impressionnant, il est encore nécessaire de présenter Peter Von Poehl dont le premier album Going where the tea-trees are, vient de sortir. Magicien de studios, il a pour le moment réussi à transformer tout ce qu’il touchait en merveilles. Au sein du label Tricatel et aux côtés de Bertrand Burgalat, il a réalisé des prouesses. Premier guitariste d’AS Dragon, il a contribué au succès incontesté de ce qui s’avère être le groupe de rock le plus singulier de la scène française. Mieux, il a même réussi, en dirigeant la partie musicale de l’album de Michel Houellebecq, à donner l’illusion qu’un obscur gratte-papier au charisme d’huître pouvait être une rock-star. Avant de partir voler de ses propres ailes en solo, tel un prince charmant, il s’est même payé le luxe de transformer le dernier album de Lio en carrosse plaqué or.
Son premier disque, très attendu, est pour lui l’occasion rêvée de passer de l’ombre des studios aux lumières du premier plan. Après de telles prouesses, voici venu le temps des promesses à tenir. Un musicien si doué, et surtout capable de créer des univers musicaux en accord avec la personnalité d’autres artistes, aura-t-il vraiment les mêmes facilités à créer pour lui-même ?
Le suspense est de courte durée, car dès la chanson titre, qui ouvre cette histoire d’arbres à thé, le suédois, installé à Berlin, place la barre très haut. Going where the tea-trees are est une mélodie doucereuse et mélancolique sur laquelle plane une voix androgyne. Le morceau se termine en apothéose, par un splendide solo de saxophone, plus grave, plus profond, qui contraste à merveille avec l’atmosphère musicale distillée précédemment sans jamais la gâcher. Aucun malentendu n’est possible et les comparaisons, flatteuses, sautent aux oreilles : cet album est du niveau des meilleurs mélodistes pop, d’un Beck dans sa meilleure forme, comme aux temps de son Mutations, des 10 000 Hz Legends de Air.
Jusqu’à sa conclusion, The bells tolls five, morceau où un entêtant roulement de tambour met admirablement en valeur une multitude de cuivres, l’album tient ses promesses et la comparaison avec de tels disques de référence. Au contraire de la cohorte de producteurs français qui, depuis les années 2000, ont tenté de suivre le sillage créé par Air d’une pop intelligente légèrement teintée d’électronique (Mellow, Sébastien Tellier, Syd Matters), il y a dans ses compositions un réel talent de production en plus de réelles qualités musicales. Aucun de ses morceaux ne se limite à la simple trouvaille d’une mélodie gentillette mais repose toujours sur la juxtaposition de multiples parties instrumentales. Ce n’est pas vraiment une surprise, plutôt une confirmation : tout le génie de Peter Van Poehl est dans l’arrangement, dans cet équilibre si difficile à tenir entre les composants d’un morceau : la mélodie et l’accompagnement, la voix et les instruments.
Ainsi, sur Travelers, une guitare aux sons folks et discrets, des violons à l’arrière-plan soulignent à merveille une voix fantomatique sans jamais la laisser au second plan. A l’identique, sur Scorpion grass, plus électrique, la batterie et les cuivres, jouent ce rôle de contrepoint au chant. Un simple sifflement suffit même à transformer tout son relief à Story of the impossible.
Avec un premier album aussi réussi et un passé déjà si prestigieux, Peter Van Poehl a tout pour devenir très vite incontournable dans le paysage musical français. Virtuose en solo et capable en tant que producteur de grands écarts musicaux qui le conduisent d’Houellebecq à Marie Modiano, il ne peut que faire parler de lui dans les mois à venir tant son talent est évident. La seule vraie question sur son avenir est celle de son orientation de carrière. Tentera-t-il surtout sa chance en solo - on rêverait aisément de l’entendre décliner des thèmes pour la BO d’un film, comme Air l’a si bien fait avec Virgin Suicides. Ou optera-t-il essentiellement pour la production, réservant épisodiquement aux fans de sa voix éthérée un album impeccable à la manière d’un Jay Alansky ?
Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.

























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