. - -




More
  • Pensées musicales et pensez politique (1)
Things
  • Un jour noir (2)
  • Break
  • Unfinished streak
Food
  • Kozlika's lunchbox #1 (9)
Revolutionary
  • La musique et l'ère digitale (3)
Art
  • Petit guide de subversion musicale à l'usage des jeunes générations
  • J'ai un petit creux
  • Forgotten but pretty cool, indeed (1)
  • Oh my god !
  • Oh, le vilain copieur ... (1)
  • Hurricanrana (1)
Critico-Blog
Culturofil
  • - The X-Files : Regeneration de Chris Carter
    - Broken English de Zoé Cassavetes
    - Surveillance de Jennifer Lynch
    - It’s a free world! en DVD
    - Qui donc a vu ma belle ? - No Room For The Groom de Douglas Sirk, le coffret collector 2 DVD
    - Mortelle Eternité de Denis Marquet et Elisabeth Barrière, la philosophie dans le tiroir.
  • jjcoqueluche - Kozlika's lunchbox #1 #9
  • Bladsurb - Pensées musicales et pensez politique #1
  • Bladsurb - Forgotten but pretty cool, indeed #1
  • el papou - Oh, le vilain copieur ... #1
  • Boeb'is - Hurricanrana #1

→ plus de commentaires

People
  • Miss Parker Miss Parker
  • Traces et trajets Traces et trajets
  • Le complot des papillons Le complot des papillons
  • Penglobe Penglobe
  • Refermer après usage Refermer après usage
Music
  • Underground Resistance

    Underground Resistance
Other People
  • Yves Duel
  • Volovent
  • Psykokwak
  • Berceuse électrique
  • Chtif

L'illusion Nobel et les cocoricos inutiles

Le 11-10-2007
A quand le prochain ?

Depuis hier, la France peut s'enorgueillir d'un nouveau prix Nobel de physique et, même si Albert Fert l'a bien mérité, il n'y a pourtant aucune bonne raison de s'en réjouir excessivement.

Tout d'abord, parce que le progrès scientifique n'est pas une course cycliste annuelle, un challenge où on décernerait régulièrement un maillot jaune au Géo Trouvetout le plus en forme ou au professeur Tournesol qui irait un peu plus à l'ouest que ses confrères. Non, le Prix Nobel n'est ni le concours Lépine, ni même une variante intellectuelle de Miss France.

La recherche scientifique est une histoire qui s'écrit au quotidien et elle ne se déroule que grâce à tous les acteurs du monde de la recherche : des plus obscurs laborantins nettoyant les tubes à essai jusqu'aux plus grands savants. L'histoire de gens qui travaillent sur des sujets qui n'intéressent qu'eux et qui, avec acharnement et persévérance, vont faire avancer des travaux qui n'ont qu'un unique objectif : celui de faire avancer le schmilblick de la science.

Parfois, le hasard et le destin s'en mêlent et on découvre que les équations alignées pendant des annnées avec application peuvent servir immédiatement à quelquechose. Dans cette conjonction, assez rare, avec un sujet un peu "sexy" et quelques qualités de diplomate, il est alors possible de devenir nobelisable.

A ce titre, je suis un peu chagrin quand j'attend le concert de louanges tressés à Albert Fert car il me semble important de ne pas oublier que bien d'autres, français ou non, le mériteraient aussi.

Note importante  : Tout ce que je viens de dire est bien mal exprimé en comparaison du petit édito de Patrice Lanoy sur son complot des papillons, mais si vous me lisez régulièrement vous savez déjà tout le bien que je pense de lui.

J'ai écouté cet après-midi, la formidable interview du Monsieur sur France Inter,  - vous connaissez beaucoup de radios qui consacrent trois quarts d'heure à un prix nobel de physique le lendemain de sa nomination et sans avoir à bouleverser leur grille des programmes, qui plus est ? - et que vous pouvez réécouter là pendant 7 jours.

Et j'ai trouvé beaucoup de raisons de m'inquiéter dans ce que j'ai entendu. Rassurez-vous, rien de bien grave, ce respecté monsieur bardé de prix (Médaille d'or du CNRS, Japan Prize, Wolf Prize et donc Prix Nobel de physique) n'a pas pour hobby la construction de robots tueurs nucléaires, non mais beaucoup de non-dits, de questions, de réponses m'ont inquiété à propos du prochain prix nobel français.

En premier lieu, même si c'est anecdotique, on apprend le peu d'intérêt pour la science de la ministre en exercice.

Il faut savoir que le prix Nobel de physique a été attribué à Albert Fert et Peter Grünberg. L'un français, s'intéressait aux propriétés de la matière, le moment magnétique des électrons, l'autre allemand se penchait sur des phénomènes magnétiques. Tous deux ont réussi à faire avancer le schmilblick peu attrayant de la magnétorésistance géante et permis le développement d'une partie de la science appelée spintronique qui a permis, entre autres, d'accroitre la capacités des disques durs, de créer des nouveaux types de capteurs, de développer de nouveaux outils d'imagerie médicale.

La ministre en charge de la Recherche, Valérie Pécresse, s'était, dans un premier temps, félicité de la coopération franco-allemande qui avait permis l'élaboration de la spintronique (selon les déclarations du journaliste-intervieweur, non confirmées par le communiqué de presse officiel du ministère de l'enseignement et de la recherche). En l'occurence, ce n'est pas le cas, puisque l'on est dans le cadre de deux chercheurs découvrant simultanément la même chose. L'aspect collaboratif de leur travail s'est limité à la lecture de leurs publications mutuelles, l'un avancant conjointement avec l'autre, s'aidant des avancées de son confrère (et réciproquement).

Ne voyez pas de malice politicienne derrière cela, mais c'est quand même un peu inquiétant, de s'apercevoir que le ministre de tutelle ne connaît bien un dossier et, même si c'est dans la précipitation d'une annonce, se méprend sur l'un des modes de fonctionnement assez classique de son domaine d'activité. Cette petite imprécision est anecdotique mais si j'insiste, ce n'est pas effectuer un jugement lié à la couleur politique de Madame Pécresse, elle importe peu dans ce cas précis, mais pour souligner le manque global de culture scientifique chez nos concitoyens et particulièrement parmi ceux qui nous gouvernent (J'en parlais d'ailleurs un peu hier chez Yves Duel).

En second lieu, et là c'est très loin d'être anecdotique, on apprend le gâchis de la recherche française à l'occasion de cette découverte.

Albert Fert et Peter Grünberg ont découvert, à peu près en même temps, la même chose. Ils ne marchaient pas main dans la main, mais l'un et l'autre ont suffisament découvert sur le sujet pour permettre à la science de faire un petit pas et à la technique de faire un grand saut en avant. Les applications de la spintronique sont nombreuses et déjà présentes dans de nombreux objets : du disque dur haute capacité présent sur mon ordinateur portable jusqu'à  des machines encore en développement.

Si dans le domaine des sciences, ce n'est pas si important de savoir qui a été le premier, dans le domaine de la technique, l'enjeu est différent. L'utilisation d'une technologie dans une machine passe par un brevet destiné à son application industrielle et, à ce titre, permet d'engranger des millions d'euros (10 pour le premier brevet) pour qui en est le propriétaire.

Et la course au brevet entre le laboratoire de Fert et celui de Grünberg a été perdue par la France. C'est réellement dommage qu'un grain de sable dans la machinerie administrative et compliquée du système de recherche français n'ait pas permis de récolter de cette découverte autre chose que les honneurs d'une médaille aussi jolie soit-elle. Car c'est avec de l'argent qu'on fait de la recherche pas avec des honneurs : pour payer des gens, pour acheter du matériel ou plus simplement pour rénover des locaux.

Troisième point, et sur celui-là, contrairement au précédent, j'insiste sur l'aspect politique du volet, on s'inquiété pour l'avenir de la recherche en France.

Albert Fert n'a certainement pas gagné son prix Nobel par accident mais ce serait mentir que de dire qu'il n'y a pas une part de hasard dans sa récompense. Parce que, voyez-vous, il faisait de la recherche fondamentale, ce truc qui n'intéresse personne à part quelques passionnés. Jamais, quand il a commencé ses travaux, il n'a voulu améliorer la technologie des disques durs. Il a simplement voulu comprendre une toute petite partie du monde qui concerne une propriété de la matière. Il se trouve que ses travaux ont débouché sur toute une palette d'applications industrielles mais peu de gens auraient pu imaginer la portée de ses travaux de recherche quand il a débuté sur ce sujet.

En d'autres termes, Fert a trouvé quelque chose en cherchant à mieux comprendre le monde mais certainement pas en cherchant la solution précise à un problème donné. Sa démarche de recherche fondamentale a abouti à une application mais c'est un chercheur mais certainement pas un ingénieur qui cherche une solution précise à un problème.

Tout l'enjeu des politiques de recherche de l'avenir est là, dans cet équilibre à préserver. Il faut à la fois permettre aux chercheurs de pouvoir continuer à comprendre le monde dans des conditions acceptables (entre autres avec des salaires, des équipes et des locaux décents) d'une part et, d'autre part, en permettant à ceux-ci d'être extrêmement réactifs et proches de l'industrie quand ils touchent du doigt une solution qui peut changer le quotidien et leur rapporter de l'argent.

C'est un équilibre extrêment difficile à établir puisqu'il demande à la fois des crédits et de l'indépendance. La loi sur l'autonomie des université qui a été examinée en première lecture cet été pose la question de cet équilibre extrémement difficile à maintenir : en fonctionnant plus avec l'argent de l'industrie, l'université française fonctionnera probablement mieux dans un certain nombre de domaines : la formation dispensée risque d'être plus en adéquation avec le marché du travail et certains crédits de recherche risquent d'être multipliés de manière conséquente. Mais il faut aller au-delà de ce qui apparaît comme une évidence et essayer de voir à plus long terme quel impact un tel changement structurel aura-t-il sur la recherche fondamentale.

Quel industriel , en position de financer les travaux d'Albert Fert aurait, à l'époque où il a débuté, réellement pris le risque de financer des travaux  théoriques sur les propriétés du spin des électrons ?

L'entreprise, par définition, attend un retour sur investissement : elle fait principalement du développement (c'est le rôle même de l'ingénieur) et de la recherche appliquée (c'est à dire qu'elle est prête à prendre un risque si la technologie qui découlerait de ses travaux peut avoir une application). Comment l'inciter à investir sur un domaine de recherche fondamentale qui ne débouchera peut-être pas du tout (C'est le principe, même de la recherche, parfois, on ne trouve pas.) ou avec une rentabilité faible (Parfois, on ne trouve pas grand chose) ?

Ces questions, les trois, doivent être posées avant de lancer un cocorico triomphal et triomphant sur le prix Nobel d'Albert Fert :

- Comment améliorer le niveau global de la culture scientifique dans ce pays ? C'est indispensable pour susciter des vocations à tous les niveaux1 et permettre une meilleure communication entre les chercheurs et les administrateurs.

- Comment permettre plus aisément aux laboratoires de recherche de capitaliser sur leurs découvertes et avancées ?

- Comment réussir à préserver l'existence d'une recherche fondamentale dans un système financée par des industriels ?

Car ne nous trompons pas, cette distinction suédoise ne récompense pas le travail d'un homme et de son laboratoire depuis les cinq dernières années, mais une carrière. Le temps de la Recherche est long (la clé de voûte de ce prix Nobel a été trouvée en 1988, il y a dix neuf ans) et il faut penser les problèmes avec cet échéancier-là en tête.

Si les réponses fournies ne sont pas satisfaisantes, l'impact ne sera pas à court terme mais très long et les prix Nobel non obtenus dans vingt ans, ne seront rien en comparaison de la perte de compétitivité industrielle qui en découlera.


1 je rappelle que les Sciences Physiques sont à l'heure actuelle la seule matière que l'Education nationale ne daigne pas enseigner en classe de sixième.


Commenter
3 Commentaires


<> -

Commentaires

Pas évident de faire perdurer la recherche fondamentale en France, en effet. Dans mon labo sur 20 thésards... 2 et seulement 2 ont une bourse de recherche ministérielle. Les autres (dont je fais partie) ont tous un financement industriel. Et quand on voit l'empressement de certaines boites à faire "du résultat", au point de confondre leurs thésards avec des techniciens, on est en droit de se poser les questions que tu poses très justement !

Alex la Baronne - 16.10.07 à 13:25 - # -

← Re:

Je suis content d'avoir une réaction à cet article et, plus encore de ta part, puisque tu es actuellement plongée, jusqu'au cou, dans le problème (même si c'est peut-être plus important encore que ceux qui n'ont jamais fréquenté ces milieux en aient aussi conscience).

Il faut que la recherche fonctionne avec de l'argent, c'est une évidence. Qu'une forte proportion de chercheurs soient financés par l'industrie dans certains lieux un peu en avance sur le modèle figé et poussièreux de l'université française, ce n'est finalement pas le vrai problème.

Pas tant que l'industrie accepte les règles du jeu : celles qui consistent à dire qu'elles vont investir de l'argent avec quasiment aucune chance de retour. Si l'entreprise comprend qu'elle fait un pari à très grosse côte où elle peut gagner une fortune par rapport à sa mise initale mais que c'est "fort peu probable", elle peut décider ou non de le faire. Si elle décide d'utiliser ceux qui ont le fait le choix de la recherche comme une ressource humaine "ordinaire" (par ailleurs bien subventionnée par des aides diverses et autres crédits publics en général ...), avec des objectifs précis de rentabilité et de résultats, alors là effectivement, on va droit dans le mur parce qu'on traite quelqu'un de compétent et d'éventuellement productif comme un vulgaire apprenti.

Pour prendre ce risque, il faut du courage et surtout une politique interne qui ne soit pas uniquement le fait de contrôleurs de gestion, ou d'autres administrateurs qui disposent des cordons de la bourse, sans aucune culture scientifique. C'est pour ça, d'ailleurs, que j'ai insisté sur le premier point : je suis vraiment effrayé de la méconnaissance globale d'un certain nombre de dirigeants sur des sujets aussi essentiels que la différence entre la science et la technique, ce qu'elle implique au quotidien comme différence entre le métier d'ingénieur et celui de chercheur.

J'insiste d'autant plus sur le problème qu'il me semble plus présent en France que dans d'autres pays. L'Allemagne me semble bien plus vertueuse dans ce domaine. Même si le pompeux Herr Doktor qu'on doit employer pour saluer tout chercheur teuton est un peu "too much", il démontre qu'on reconnaît un staut, qu'on met d'abord en avant une fonction (un peu comme ce PhD sur les cartes de visites anglo-saxonnes qui vient avant l'appartenance à l'entreprise).

labosonic - 16.10.07 à 14:57 - # -

ouah !

je viens seulement de lire ton comment sur mon énervement --j'ai sans aucun doute eu tort de m'enerver ! !

mais les sciences exactes, auxquelles je ne connias pas grand chose, n'ont pas grand rapport avec les passions humaines, non ?

yvs duel - 19.10.07 à 21:47 - # -

Commenter

Labosonic Moteur : ViaBloga
Thème : Aquabahn