Le 01-05-2007
Triste constat, elle n'est que politicienne
S'il est une chose qui m'aura profondément marqué durant cette campagne électorale, c'est l'absence de vraie réflexion politique dans le petit monde des blogs. Dès le début de cette campagne, j'ai pris le parti de la neutralité pour que personne ne puisse m'accuser de rouler pour tel(le) ou tel(le) dans un des rôles que j'ai pu endosser ou que j'ai déjà :
- en tant qu'observateur des sondages et de quelques moeurs des blogs qui ont pris le scrutin présidentiel pour sujet.
- en tant qu'aiguilleur en chef de Critico-blog, surtout, où je lie et lis des gens dont les opinions ne sont pas forcément les miennes et dont je ne veux surtout pas qu'ils pensent qu'une quelconque sélection éditoriale soit l'exercice d'une censure politiquement orientée.
Je ne peux encore une fois que regretter l'aspect décidément partisan de la campagne sur les blogs et l'incapacité du médium à être autre chose qu'un recueil de tracts, des plus convenus ou plus torche-cul, ou de commentaires éditoriaux plus ou moins éclairés. Et à l'exception notable de la problématique du vote électronique, il n'y a franchement eu aucun mouvement de fond où les blogueurs ont pu peser (ou au moins proposer des alternatives ou des informations complémentaires à des mesures qui auraient pu les concerner).
Il y aurait pourtant de quoi, notamment avec la fameuse Loi de Confiance en l'économie Numérique. qui pose des problèmes qui vont bien au-delà des clivages politiques. En effet, cette loi pose de vrais questions sur les enjeux et le futur de l'Internet en France.
Il y aura toujours des gens qui trouveront extrémement désagréable qu'il y ait systématiquement un gendarme qui guette chaque blog et d'autres qui ne seront pas plus choqués que ça1. Pour ma part, peu m'en chaut2, je suis un blogueur et un webmaster responsable, je ne publie aucun contenu sans avoir précisément conscience de ce que je fais et je ne suis pas de ceux qui offrent les épanchements de leur âme en public sans savoir qu'ils peuvent être lu par quiconque. J'applique une politique de modération assez stricte pour éviter que ne traînent sur les sites où j'interviens ni diffamation, ni menaces, ni appel ou incitation à quoi que ce soit3.
L'enjeu de de cette LCEN est tout autre et concerne surtout un pan entier de notre économie car les impératifs techniques qu'impose un décret de cette loi sont complétement irréalistes :
" Les opérateurs téléphoniques, les fournisseurs d'accès à Internet, les hébergeurs et les responsables de services en ligne (sites Web, blogs, etc.), devraient conserver pendant un an à leurs frais toutes les coordonnées et traces invisibles que laissent les utilisateurs lors d'un abonnement téléphonique ou à Internet, lors de leurs déplacements avec un téléphone allumé, lors de chaque appel ou de chaque connexion à Internet, de chaque diffusion ou consultation sur le Web d'un article, d'une photo, d'une vidéo, ou lors de chaque contribution à un blog. "En d'autres termes, mon hébergeur devrait grader une trace des quelques 776 000 pages vues en un an de Critico-blog, de chacune des modifications que j'ai pu apporter à un billet déjà en ligne pour le corriger, ne serait-ce que d'une virgule, de toutes les attaques de spam dont il pourrait être l'objet, etc... Autant le dire, ce décret implique que chaque acteur de l'économie numérique en France réalise un énorme investissement dans des moyens de stockage dont la capacité doit se mesurer avec des préfixes grecs qu'on connaît même pas (personnellement j'en suis resté à téra). Et c'est surtout là le hic. Cette modalité de loi de confiance en l'économie numérique prouve que c'est avant tout une loi d'inconscience de ce qu'est l'économie numérique. Car l'investissement à réaliser pour être conforme à ce décret est gigantesque et irréalisable, ce que j'ai rapidement chiffré pour ma petite réalisation artisanale n'est rien en comparaison de ce que sont les réalités d'une initiative économiquement viable.
Et l'alternative à ce décret est simplissime : délocaliser l'hébergement, pratiquer l'évasion informatique comme on pratique l'évasion fiscale pour pouvoir ne plus être sujet à la loi française. Et toutes les entreprises, toutes les machines, tous les gens qui travaillent pour que des projets informatiques innovants existent, les suivront. Autant dire qu'un tel décret, en dehors des considérations éthiques qu'il pose, est le meilleur moyen de décapiter une économie qui peut être un atout pour demain.
Et je suis singulièrement surpris, voire même choqué de voir à quel point ce problème me semble ignoré de la blogoboule qui, pourtant, est impactée. Je l'avais connue plus concernée et plus mobilisée par d'autres situations (en particulier celle sur le droit d'auteur musical ou même des affaires individuelles de blogueurs révoqués ou licenciés). C'est vraiment dommage, alors que tous les internautes avaient la possibilité au delà de leurs opinions politiques, d'apporter et de relayer un vrai questionnement et de souligner un réel péril de voir si peu de mobilisations et que les seules que l'on voit soient si discrètes ou alors réduites au premier problème.
Il est vrai qu'il était sans doute beaucoup plus intéressant de savoir au moment où est paru l'excellent article du Monde signé Philippe Jannet si Jean Marc Morandini et quelques autres allaient publier dès 18h00 des approximations dont on savait qu'elles seraient inexactes et inintéressantes 7200 secondes après. Ainsi va la blogoboule, désespérément futile.
1. Personnellement, j'aurais tendance à être dans le camp des premiers et je demanderais aux seconds s'ils accepteraient qu'on ouvre systématiquement tous leurs courriers (et non leurs courriels) y compris ceux qu'ils n'ont pas sollicité mais qu'importe, le propos est ailleurs.
2. Le verbe challoir est toujours de bon aloi quand on veut se dispenser de métaphores sur l'anatomie masculine.
3. J'ai pourtant eu tout ça, mais vous ne l'avez pas vu, preuve que je fais bien mon boulot.
























Commentaires
Tout dans la forme :)
A vrai dire, je me faisais la même réflexion il y a peu. J'ai aussi pris le parti de ne pas parler politique sur mon blog, d'abord parce que mes opinions ne sont pas assez tranchées pour que j'aie envie d'afficher mon soutien à l'un ou à l'autre, ensuite parce qu'il est des internautes bien plus calés que moi capable de parler des sujets de fond.
Et je te rejoins tout à fait lorsque que affirme qu'à part montrer leur soutien à tel ou tel candidat, ou contre telle ou telle idée, la blogosphère n'a pas entamé un débat de fond. Mais si on y réfléchit... c'est un peu ce qu'ont fait les médias dans leur ensemble, cette année, non ?
So. - 01.05.07 à 08:34 - # -
Blogoboule outside !
Je ne fais donc pas partie de la blogo-buzz-bulle-politis car je parlais de ce fameux décret en préparation pas plus tard qu'il y a une semaine !
Moi qui voulais être anti-conformiste, me voilà ravi \o/
Franck - 01.05.07 à 17:41 - # -
← Re: Blogoboule outside !
La blogosphère avait montré auparavant de réelles capacités d'organisation pour des enjeux du même ordre, à une échelle différente, parfois plus individuelle (Garfieldd, Petite Anglaise), parfois aussi globale avec la question de la numérisation des contenus culturels par exemple et leur éventuelle mise à disposition via la license globale, justement). Il y avait alors une réelle intervention, même si elle n'était pas forcément conséquente, de la communauté des blogueurs dans l'agenda médiatique. Là, rien,aucune mobilisation ou presque.
Je suis contraint de relayer sur Critico-blog une initiative intéressante, certes mais dont je ne sais pas d'où elle vient, si elle n'est pas motivée par des intérêts partisans, ce qui pourrait géner une partie des 74 contributeurs de Critico-blog qui n'auraient pas les mêmes.
labosonic - 02.05.07 à 16:15 - # -