Le 28-10-2005
Initialement paru le 13 octobre 2005
![]() | our beaucoup, la musique disco n’est qu’un vague souvenir dont on ne retient que l’iconographie. Elle est riche d’accessoires vestimentaires pailletés et, avouons-le, un peu ridicules : pantalons moulants blancs, chemises à cols pointus et jabot. Cette ambiance strass et boule à |
Résumer la lame de fond musicale qui a déferlé sur les années 70 à de tels souvenirs est définitivement réducteur et ce mouvement fut bien plus que ces clichés.
Le
disco a vu le jour en réaction par rapport au rock. Si ce dernier fut à
la fin des années 60 à son apogée, Woodstock offrant en 1969 un
week-end paroxystique de sexe, drogues, etc…, il ne vécut pas aussi
bien le début des années 70 : endeuillé par quelques décès brutaux, le
rock se cherche, perdu entre des errances planantes et des déluges de
décibels du métal.
Avec ses paroles désinvoltes, loin des protest songs
beatniks, la préférence délibérée du disco pour les sons de cuivre ou
les sons synthétiques, le programme musical qu’il propose est en totale
opposition avec la musique de Jimi Hendrix et bien plus inspiré du funk de
James Brown ou de la soul de la Motown. Il est entièrement dédié aux
boîtes de nuit, comme son nom, abrégé du mot français discothèque,
l’indique.
Musique de danse par excellence, le disco se
caractérise par la mise en avant de sa section rythmique rapide. La
basse et surtout la batterie, qui atteint souvent les deux pulsations à
la seconde, lui confèrent son énergie. Marc Cerrone, premier batteur à
devenir une star internationale, en est probablement la meilleure
illustration. Sur ce beat primitif où chacun des quatre temps
est marqué, vont se placer des voix ou des instruments très souvent
orchestrés de manière symphonique.
Chaque artiste, chaque producteur apportera ainsi sa touche personnelle
: Barry White sa voix grave, Grace Jones son organe androgyne, les Bee
Gees leur chœur en voix de tête. L’italien germanophone Giorgo Moroder
ajoutera un son de synthétiseur inimitable aux feulements sexy de Donna
Summer. Les français Morali et Bellolo imposeront trompettes, violons
ou flûtes synthétiques à leurs protégés de Village People ou de Boney M.
Jamais auparavant, un mouvement musical ne connut un tel succès. En 1979, l’industrie disco, avec ses produits dérivés, films, vêtements et boîtes de nuit, rapportera plus d’argent que la machine à rêve hollywoodienne et l’industrie phonographique mondiale réunie. À l’image d’une religion, la fièvre du samedi soir est disponible pour tous au coin de la rue. Le night-club, nouvelle église futile de communion par la danse, devient un point de passage obligé. Le Studio 54 est alors l’institution new-yorkaise où se mélangent beautiful people et anonymes. Le night-club aura même son grand prêtre : le Disc-Jockey. À l’image de David Mancuso au Loft ou de Larry Levan au Paradise Garage, la figure essentielle du DJ est née, il n’est plus uniquement un “pousse-disques” mais un générateur d’émotions et de danse faisant partie intégrante du décor et attirant les foules avec son talent.
Signe
absolu de succès, on pourrait multiplier à loisir les exemples
d’artistes confirmés en quête d’un renouveau musical qui s’essayèrent
au genre : de David Bowie et John Lennon réunis pour Fame, à Sheila et
B Devotion, en passant par les Rolling Stones. Mais il semble beaucoup
plus important de retenir la philosophie d’un courant musical qui
semblait à l’époque vide de sens. Futile et hédoniste, réunissant
autour de simples pas de danse une majorité d’individus de toute sorte
(blancs, noirs, hétérosexuels, homosexuels, hommes, femmes…), la
musique disco, sans aucun message politique ou militant mais grâce à
son marché lucratif, a finalement plus contribué à l’union de toutes
les classes sociales que la totalité de la musique dite engagée du le
siècle. Avec ses vêtements colorés et ses rythmes basiques, accompagnés
par les voix des fameuses « divas » disco – qu’elles soient hommes,
comme Sylvester, ou femmes, comme Gloria Gaynor – chaque danseur, dans
chaque night-club, pouvait un instant prétendre à son quart d’heure de
célébrité, comme le disait si bien Andy Warhol, adepte du Studio 54.
Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.


























Commentaires
c'est là que je vois que je suis plus proche de ma date de péremption que de celle de fabrication, alors qu'à l'époque je ne m'y intéressais guère (pour plein de raisons dont beaucoup ne dépendaient pas de moi), tous ces noms-là me sont familiers.
(par capillarité des ambiances musicales de lieux publics de ce temps-là, je suppose, ou de ce que les copains avaient eux le droit d'écouter chez eux)
Gilda - 28.10.05 à 22:51 - # -