Le 11-05-2005
Archive du 20 janvier 2005
Pour ceux qui l'ignoreraient et ne suivraient pas vraiment mon site, c'est juste un journal intime ordinaire ou je déverse mon humeur en fonction de ce que j'ai fait dans la journée ... Mes coups de blues, mes coups de coeur, un coup de colère aussi ... Rien de bien original, sauf que je m'efforce, parce que j'ai - en tout cas j'espère - un petit peu de culture musicale, de donner à chaque fois une autre vision de mon humeur du jour avec une référence de disque ...
Disons qu'à force de m'ouvrir les oreilles pour découvrir des choses, j'ai l'utopie de partager ça avec vous, mes lecteurs, et de vous donner envie d'acheter les disques que j'ai aimé et d'écouter des choses qui, même si elles vous déstabiliseront peut-être un peu, ouvriront les portes de nouveaux univers musicaux ...
Je n'en suis qu'au début certes mais j'ai déjà cité quelques uns de mes favoris ... Et parmi ceux-ci, l'un de mes chouchous, m'a répondu, ici, sur mon blog ... Certes, je disais d'un ton un peu ironique que j'aimais bien ses compositions mais aussi que j'assumais mes fautes de goût dans l'article et je ne voudrais pas que qui que ce soit se méprenne pour mon admiration sans borne pour ce génie ...
Sans vouloir ni me vanter, ni faire le vieux con, alors que j'ai à peine 28 ans, j'ai déjà écouté bon nombre de disques dans ma vie, profité de ma vie parisienne pour faire pas mal de concerts et voir plein de choses ... Mais je peux dire que celui auquel j ai assisté, il y a quelques années à quelques jours de Pâques, dans un bateau parisien, ce soir où est arrivé Jean-Jacques Perrey sur scène fut l'un des plus beaux.
Entendons-nous bien, je suis pas mal sorti, j'ai presque réussi à assister aux performances de tous ceux qui me passionnent (hormis David Bowie et Prince qui, je l'avoue, manquent à mon palmarés...).
J'ai vu un lutin islandais asexué sautiller sur scène - Björk, à une époque où elle jouait encore dans des ambiances intimistes et chaleureuses pour un prix raisonnable. J'ai assisté à un concert des Sonic Youth qui nous égrenaient entre deux chansons les résultats d'un match de football du début de juillet 1998. J'ai bu un coup avec Frank Black et assisté à un des concerts de la reformation des Pixies au prix d'acouphènes persistants (désolé de ne pas passer ça sous silence mais les sonorisateurs du Zénith sont vraiment trop mauvais ...). J'ai assisté à plus d'une des messes noires musicales organisées par Tricky, ragé de dépit devant la performance médiocre d'un Massive Attack en décomposition, me suis enthousiasmé devant la beauté mélodique des premières performances de Air.
J'aime aussi pas mal la musique électronique et ai pu remplir mes oreilles des sons des plus importants DJs à mon avis : Jeff Mills se mesurant à l'oeuvre de Fritz Lang, Richie Hawtin imposant la distinction de ses rythmiques survoltées, le secret, surdoué et génial Moodymann opérant disques en main derrière un drap blanc pour prouver que seul le son comptait. Je suis allé chez un de leurs ancêtres à tous, le barbu Pierre Henry, écouter ses créations, dans son propre bureau. J'ai vu aussi les mythiques Men Machine de Kraftwerk jouer avec leurs robots musiciens grandeur nature. J'ai goûté à la fièvre que distillait sur les dance-floors le brillant producteur et DJ Gilles Peterson, gardé un souvenir impérissable de Jim Masters dans une chambre de velours londonnienne, j'ai moyennement apprécié la performance de Carl Craig dans le même exercice mais vénéré sa performance live avec Tres Demented. J'ai entendu Scan 7 transformer un DJ Set en show rock'n'roll. Je n'oublierais pas non plus le très grand Laurent Garnier, ses équipiers de F-Com, ni DJ Deep, ni les duettistes I:Cube et Gilb'r de Versatile qui ont réussi à légitimer, année après année, le son français de par le monde, plus que n'importe quelle French Touch. J'en oublie sans doute et je m'excuse auprès d'eux et de leur talent.
J'étais même dans le saint des saints, dans le bunker qu'avait installé provisoirement à Paris tout le crew d'Underground Resistance pour son premier show hors les murs de Motor City depuis 15 ans, j'ai partagé le bonheur de danser comme un enfant ébahi sur les disques de Buzz Goree, James Pennington, d'écouter le prêche de l'incorruptible et intègre Mad Mike Banks qui posait sur un clavier tout droit sorti d'une cathédrale, les mélodies interstellaires du groove de l'an 3000. J'ai même souri, ivre de bonheur et de son, à mes voisins danseurs, étoiles électroniques, gagnées elles-aussi par l'allégresse de partager un moment unique.
Et puis, j'ai vu ce vieux monsieur, Jean-Jacques Perrey, si jeune dans sa tête, nous raconter sa vie sur cette scène, ce soir-là ...
Il était devant un instrument sans âge à un tel point, qu'il lui était très difficile de trouver un technicien pour l'entretenir. Un instrument, qu'un jour il avait embarqué à bord du paquebot France pour le faire découvrir aux Etats-Unis, à l'invite de quelques amis, des gens pas très connus Edith Piaf, Jean Cocteau et qui sait y faire carrière ...
Modeste, il n'a pas cité tous les gens qu'il a cotoyé, avec qui il a travaillé, des gens pas très connus non plus : un gribouilleur de souris nommé Walt Disney, un peintre moustachu excentrique Salvador Dali, quelques musiciens anonymes : Pierre Schaeffer, Angelo Badalamenti, Gershon Kingsley.
J'ai entendu le sourire et le bonheur de ce monsieur qui, par ses petites mélodies, avait porté son sourire et son bonheur sur des millions de visages d'enfants et d'adultes qui, un jour ou l'autre, sans le savoir, avait découvert ses mélodies simples mais jamais simplettes au détour d'un parc d'attraction, d'un spot de publicité ou que sais-je.
J'ai vu ce monsieur modeste, dignement assis sur sa chaise devant un parterre de ce qui aurait pu etre ses petits-enfants, expliquer son art à ces blancs-becs - car, en face d'un tel monsieur, on est tous des blancs-becs - excentriques qui collectionnent religieusement ses disques, guettent les rééditions, fouillent les endroits les plus improbables pour trouver des microsillons originaux.
Puis, il a cessé d'expliquer et posé ses mains sur son clavier, comme le jeune Mozart le faisait à 6 ans, en tournée dans les cours royales. La comparaison est excessive, me direz vous ? Je ne parle pas de virtuosité, même si les doigts du maître sont agiles malgré les années, je parle de l'état d'esprit, de la jeunesse intellectuelle de l'homme de 6 ans enfermé dans un corps trop agé, de la folie qui se déverse en vagues continues de créativité.
J'avouerais, en toute honnêteté, que de tous les moments musicaux grands et petits que j'ai énuméré ci-dessus, trois m'ont tiré des larmes de joie et que vous faîtes partie de ceux qui en furent la cause.
Parce que le monde qui existe dans votre tête existe aussi un peu dans chacune des nôtres et qu'il nous permet de toujours penser à être heureux.
Soundtrack du jour :
C'est un hommage bien plus joli que mon texte.
Quand les cadets reconnaissent l'influence de leur ainé.
Et, une fois n'est pas coutume, il est double ...
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Instrumentaux. http://www.jeanjacquesperrey.com/ |
| Jean-Jacques et les dauphins / Le Tone / I Love Souce Lab 3 y / 1996 Cosmic Bird / Air & Jean-Jacques Perrey / I Love Source Lab 3 y / 1996 | |
























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