Le 23-01-2007
De Lang à Rintaro via Tezuka
J'ai décidé de continuer mon petit inventaire des adaptations animées d'Osamu Tezuka avec Metropolis, film d'animation qui mérite à mon avis le terme de chef d'oeuvre tant il est graphiquement beau et soigné.
Commençons par expliquer la genèse de l'oeuvre : il est essentiel de bien avoir saisi le rapport entre ce film d'animation et le chef d'oeuvre de Fritz Lang pour ne pas se laisser berner par de fâcheux malentendus. Rintaro adapte ici la bande dessinée de Tezuka. Et si celle-ci porte ce nom, c'est qu'elle a été inspirée d'éléments que le maître du manga avait collecté à propos du film de Lang (notamment au niveau iconographique et dans une moindre mesure scénaristique) mais, en aucun cas, ni Tezuka, ni Rintaro n'ont la prétention d'adapter l'oeuvre du génie de l'expressionisme allemand sur des supports qui seraient le manga ou l'anime.
Le "personnage" central que constitue la ville, dont les divers degrés topologiques sont autant de degrés de perception d'un régime totalitaire, devient donc le moteur d'un récit nouveau. A l'image de tous ces films de Dracula qui n'ont rien à voir avec ce qu'écrivait Stoker sans pour autant constituer des crimes de lèse-majesté, cette interprétation du mythe, si elle s'éloigne de l'original n'en demeure pas moins digne d'intérêt.
Passons rapidement sur le scénario et ce trio propulsé au coeur de la ville fascite en proie à un coup d'état en devenir. L'oncle expérimenté, moustachu, ventripotent, accompagné d'un neveu qui n'a pas froid aux yeux et d'un robot enquêteur constitueraient même un trio trop archétypique pour ne pas être prévisible. De même les intrigues de pouvoir, remplies de traîtres ambitieux, d'un tyran sans coeur, d'un savant fou et d'un porte-flingue aussi pertubé affectivement que tenace, si elles sont essentielles au récit, ne sont que des qualités secondaires du film (on regrettera la fin au caractère trop cataclysmique).
Car l'intérêt principal de ce film d'animation réside dans sa qualité graphique, à commencer par la splendeur et la richesse des paysages urbains futuristes. Des immeubles à perte de vue, une cité aérienne immense qui contraste avec ses noirs sous-sols confinés, on chemine en extérieur dans un enchaînement de perspectives à donner le vertige qui rendent insignifiants les grandiloquents mouvements de caméra de Luc Besson dans le Cinquième élément.
La plus grande réussite de l'équipe menée par Rintaro tient d'ailleurs dans son intégration des images "technologiques" à celles plus traditionnelles. Si les traits de crayon animés sont indémodables, les images 3D sont trop souvent marquées par les possibilités des logiciels qui les ont créées. Et la majorité des séquences 100 % 3D des films de ce type vieillissent mal, mais ce n'est pas le cas de Métropolis qui ne fait jamais dans l'ostentatoire et se contente de peindre les étendues urbaines. Très rarement, on arrive à discerner la frontière entre de gigantesques perspectives axonométriques tracées à la règle et des images calculées par un ordinateur. Les unes se fondent avec les autres et il est impossible de savoir si la main qui l'a dessiné était placé sur un pinceau ou une palette graphique.
Le sens du détail dessiné est, par ailleurs, poussé à l'extrême pour donner aux protagonistes un caractère le plus attachant possible. Des visages dont le niveau du graphisme contraste avec ceux des séries animées nippones où le nez consiste en un simple angle vif, des petits clins d'oeil ici où là (Ce fonctionnaire paresseux qui feuillette une revue très "masculine", le poster du Che qui trône sur le mur du révolutionnaire idéaliste, les tôles disjointes des robots), tout est pensé par donner un certain relief aux personnages, du héros aux simples figurants.
Mais, ce qui constitue, aussi paradoxal que cela puisse être, la plus grande réussite de ce film d'animation c'est sa bande originale. Le film original a déjà, par le passé, suscité des relectures musicales (Giorgio Moroder et Jeff Mills ont tous deux essayé de plaquer leur vision musicale du futur sur les images en noir et blanc de Métropolis). Rintaro prend lui le parti du contre-pied en utilisant du jazz fort classique, celui-là même qui constituait la pointe de la modernité au temps de Lang. Et le résultat est sans commune mesure : si la BO de Moroder "sonne" déjà années 80 et l'oeuvre plus récente de Mills semble bénéficier d'une décennie de répit avant de paraître aussi obsolète que datée mais la cavalcade des robots pompiers sur fond de Dixieland est elle amenée à être intemporelle tant les images et le son semblent au diapason.
Le secret du travail de Rintaro et ce qui fait qu'on puisse d'ailleurs parler de chef d'oeuvre plutôt que simplement d'oeuvre est probablement liè à cette volonté, à ce parti-pris de ne pas paraître à tout prix moderne et à la pointe pour évoquer le futur. En donnant aux personnages de demain les petits travers de ses concitoyens, en abandonnant délibérément l'idée de paraître le plus à la pointe possible pour représenter l'avenir , il réussit à rendre l'univers qu'il représente crédible et futuriste sans pour autant à le lié aux visions actuelles de l'avenir.
Commençons par expliquer la genèse de l'oeuvre : il est essentiel de bien avoir saisi le rapport entre ce film d'animation et le chef d'oeuvre de Fritz Lang pour ne pas se laisser berner par de fâcheux malentendus. Rintaro adapte ici la bande dessinée de Tezuka. Et si celle-ci porte ce nom, c'est qu'elle a été inspirée d'éléments que le maître du manga avait collecté à propos du film de Lang (notamment au niveau iconographique et dans une moindre mesure scénaristique) mais, en aucun cas, ni Tezuka, ni Rintaro n'ont la prétention d'adapter l'oeuvre du génie de l'expressionisme allemand sur des supports qui seraient le manga ou l'anime.
Le "personnage" central que constitue la ville, dont les divers degrés topologiques sont autant de degrés de perception d'un régime totalitaire, devient donc le moteur d'un récit nouveau. A l'image de tous ces films de Dracula qui n'ont rien à voir avec ce qu'écrivait Stoker sans pour autant constituer des crimes de lèse-majesté, cette interprétation du mythe, si elle s'éloigne de l'original n'en demeure pas moins digne d'intérêt.
Passons rapidement sur le scénario et ce trio propulsé au coeur de la ville fascite en proie à un coup d'état en devenir. L'oncle expérimenté, moustachu, ventripotent, accompagné d'un neveu qui n'a pas froid aux yeux et d'un robot enquêteur constitueraient même un trio trop archétypique pour ne pas être prévisible. De même les intrigues de pouvoir, remplies de traîtres ambitieux, d'un tyran sans coeur, d'un savant fou et d'un porte-flingue aussi pertubé affectivement que tenace, si elles sont essentielles au récit, ne sont que des qualités secondaires du film (on regrettera la fin au caractère trop cataclysmique).
Car l'intérêt principal de ce film d'animation réside dans sa qualité graphique, à commencer par la splendeur et la richesse des paysages urbains futuristes. Des immeubles à perte de vue, une cité aérienne immense qui contraste avec ses noirs sous-sols confinés, on chemine en extérieur dans un enchaînement de perspectives à donner le vertige qui rendent insignifiants les grandiloquents mouvements de caméra de Luc Besson dans le Cinquième élément.
La plus grande réussite de l'équipe menée par Rintaro tient d'ailleurs dans son intégration des images "technologiques" à celles plus traditionnelles. Si les traits de crayon animés sont indémodables, les images 3D sont trop souvent marquées par les possibilités des logiciels qui les ont créées. Et la majorité des séquences 100 % 3D des films de ce type vieillissent mal, mais ce n'est pas le cas de Métropolis qui ne fait jamais dans l'ostentatoire et se contente de peindre les étendues urbaines. Très rarement, on arrive à discerner la frontière entre de gigantesques perspectives axonométriques tracées à la règle et des images calculées par un ordinateur. Les unes se fondent avec les autres et il est impossible de savoir si la main qui l'a dessiné était placé sur un pinceau ou une palette graphique.
Le sens du détail dessiné est, par ailleurs, poussé à l'extrême pour donner aux protagonistes un caractère le plus attachant possible. Des visages dont le niveau du graphisme contraste avec ceux des séries animées nippones où le nez consiste en un simple angle vif, des petits clins d'oeil ici où là (Ce fonctionnaire paresseux qui feuillette une revue très "masculine", le poster du Che qui trône sur le mur du révolutionnaire idéaliste, les tôles disjointes des robots), tout est pensé par donner un certain relief aux personnages, du héros aux simples figurants.
Mais, ce qui constitue, aussi paradoxal que cela puisse être, la plus grande réussite de ce film d'animation c'est sa bande originale. Le film original a déjà, par le passé, suscité des relectures musicales (Giorgio Moroder et Jeff Mills ont tous deux essayé de plaquer leur vision musicale du futur sur les images en noir et blanc de Métropolis). Rintaro prend lui le parti du contre-pied en utilisant du jazz fort classique, celui-là même qui constituait la pointe de la modernité au temps de Lang. Et le résultat est sans commune mesure : si la BO de Moroder "sonne" déjà années 80 et l'oeuvre plus récente de Mills semble bénéficier d'une décennie de répit avant de paraître aussi obsolète que datée mais la cavalcade des robots pompiers sur fond de Dixieland est elle amenée à être intemporelle tant les images et le son semblent au diapason.
Le secret du travail de Rintaro et ce qui fait qu'on puisse d'ailleurs parler de chef d'oeuvre plutôt que simplement d'oeuvre est probablement liè à cette volonté, à ce parti-pris de ne pas paraître à tout prix moderne et à la pointe pour évoquer le futur. En donnant aux personnages de demain les petits travers de ses concitoyens, en abandonnant délibérément l'idée de paraître le plus à la pointe possible pour représenter l'avenir , il réussit à rendre l'univers qu'il représente crédible et futuriste sans pour autant à le lié aux visions actuelles de l'avenir.


























Commentaires
Tout ça me donne envie !
Je dois avouer ne pas avoir vu l'oeuvre du grand maitre allemand, même si je m'y suis intéressé à un moment. J'ai vu le film d'animation il y a quelques temps, sans doute une de mes premières amoures asiatiques, lorsque j'était jeune et inculte, et chose bizarre et paradoxale, c'est ce film qui m'a donné l'envie de voir celui de Lang (chose toujours pas faite ,/). Il m'en reste un souvenir impérissable d'une grande fresque urbaine, très loin des mangas (que je n'aime pas d'ailleurs) assez creux que l'on peut voir en France, sur un fond de révolte politique et de manipulations en tous genre...
Je me demande encore comment ils ont pu peindre tout ces décors et les animer tellement c'est immense... Bravo a eux pour leur travail et à toi pour ce commentaire.
Carcharoth - 16.05.07 à 14:37 - # -