Le 20-10-2007
Je cause de Luc, bien sûr, pas de Bryan, qui lui est brillant.
Grands dieux, j'allais me coucher tranquille avec l'esprit calme et reposé quand ma tournée des blogs indispensables à tout honnête homme m'a amené (forcément) au Complot des papillons où Patrice Lanoy s'énerve fort justement contre la vitupération stupide de Luc Ferry dans le Figaro de ce jour.
Ceux qui me connaissent bien savent que je suis rarement du genre à déposer partout des gentimentaires pour faire mon intéressant mais, Luc Ferry, philosophe de salons et d'écrans télévisés a réellement touché le fond avec cette bafouille et je dois lui attribuer le titre de crétin du jour qu'Yves Duel n'a pas utilisé aujourd'hui. je me suis donc fendu d'un long commentaire d'approbation que je retranscris ici (vu que, de toute façon, j'avais pas envie d'écrire autre chose) légèrement retravaillé.
En premier lieu, le spectre de la peur, que Luc Ferry agite comme un hochet conceptuel, est indigne.
Indigne de quiconque a observé un tant soit peu, la chose politique - et lui l'a pratiquée, même s'il s'est empressé de s'en défendre en commettant sitôt son départ un minuscule opuscule. L'exploitation de la peur est monnaie courante dans ce type d'activité, elle a existé de tout temps et sous toutes formes. Souvent pour révéler à l'humanité sa plus infame médiocrité mais aussi parfois pour soulever les plus nobles élans. La peur est un moteur comme un autre de l'âme humaine dans lequel les plus cyniques se plaisent toujours à verser du carburant, que ce soit pour passer la marche arrière ou la marche avant.
Indigne de qui contemple la société : il cède à cette mode qui consiste actuellement à brandir la menace de hordes d'écoterroristes tout prêts à déferler bientôt sur nos Champs-Elysées pour les ensencemencer de quelques graines de révoltes sédicieuses. Triste fantasme aussi éculé qu'inexact. S'il est vrai qu'il peut exister des formes dérangeantes de radicalismes verts, elles ne sont définitivement pas françaises et ne le seront probablement jamais car étrangères à nos moeurs et coutumes. Organisées, structurées dans l'environnement et le tissu social anglo-saxon, où le lobbyisme sous forme de coup d'éclat est un passe-temps fort prisé, ces formes de contestations n'existent pour ainsi dire plus en France depuis 20 ans (à l'exception notable de la grande époque d'Act-Up).
Ensuite la prétention à penser que devrait lui conférer son statut de philosophe fait peine à lire, au sens premier et littéral du terme. Quand il écrit "portant sur des périls dont on devrait bien parvenir un jour à mesurer de manière scientifique la réalité et la portée exactes.", il fait preuve d'une coupable absence de vocabulaire. Car un péril ne se mesure pas et aucun scientifique digne de ce nom ne s'aventurera à une telle entreprise. Un péril ou un risque s'estime, s'évalue, en fonction de différents critères (l'importance du dégat engendré, la probabilité d'apparition) et avec une méthodologie. Celle-ci, aussi rigoureuse, soit-elle relève malgré tout de conjectures hasardeuses. C'est l'éternel doigt mouillé qu'on tend vers le ciel pour évaluer la force du vent qui à un moment ou à un autre doit-être appelé à la rescousse et peut rendre tout l'édifice intellectuel bancal.
Rendons-lui cependant justice, quand il écrit que le « Grenelle de l'environnement » n'a de légitimité ni scientifique, ni républicaine, car cette observation n'est pas erronée. Il y a peut-être derrière le Grenelle de l'environnement un coup de marketing politique. Voulu par l'éxécutif nouvellement élu, a-t-il pour autant moins de légitimité républicaine que ce pouvoir législatif fraîchement renouvellé et dont l'élection a été déterminée par le résultat du scrutin présidentiel ?
La réponse est non. Il n'est en aucune façon question pour lui d'outre-passer le pouvoir du Parlement dans la décision. Il tire du résultat des urnes la légitimité de sa force de proposition et ne contrecarre pas celle déjà existante de nos assemblées républicaines où chaque élu dispose de son libre-arbitre.
Quant à la légitimité scientifique, à quoi bon l'invoquer après l'inventaire de toutes ces errances d'experts que patrice Lanoy a inventorié (ce nuage de Tchernobyl qui ne passa jamais le Rhin, ces bananes aux pesticides si bonnes pour les Antilles)? A quoi bon la confier, une nouvelle fois, à l'avis consultatif de scientifiques placés là uniquement pour approuver en échange de crédits de recherches et de charges honorifiques ? Les intérêts économiques des uns, la "raison d'état" et la force de persuasion des politiques à ce sujet ont trop souvent été présents par le passé. Aujourd'hui, sur ce qui est, probablement, l'un des seuls sujets où la machine médiatique a fait preuve d'assez d'efforts de vulgarisation scientifique, l'environnement, une initiative, se propose d'être un complément (pas une alternative) où la voix des citoyens peut se faire entendre.
Ne pas lui accorder de crédit et y préférer des circuits aussi éculés que bien mal éprouvés est définitivement une erreur.
Ceux qui me connaissent bien savent que je suis rarement du genre à déposer partout des gentimentaires pour faire mon intéressant mais, Luc Ferry, philosophe de salons et d'écrans télévisés a réellement touché le fond avec cette bafouille et je dois lui attribuer le titre de crétin du jour qu'Yves Duel n'a pas utilisé aujourd'hui. je me suis donc fendu d'un long commentaire d'approbation que je retranscris ici (vu que, de toute façon, j'avais pas envie d'écrire autre chose) légèrement retravaillé.
En premier lieu, le spectre de la peur, que Luc Ferry agite comme un hochet conceptuel, est indigne.
Indigne de quiconque a observé un tant soit peu, la chose politique - et lui l'a pratiquée, même s'il s'est empressé de s'en défendre en commettant sitôt son départ un minuscule opuscule. L'exploitation de la peur est monnaie courante dans ce type d'activité, elle a existé de tout temps et sous toutes formes. Souvent pour révéler à l'humanité sa plus infame médiocrité mais aussi parfois pour soulever les plus nobles élans. La peur est un moteur comme un autre de l'âme humaine dans lequel les plus cyniques se plaisent toujours à verser du carburant, que ce soit pour passer la marche arrière ou la marche avant.
Indigne de qui contemple la société : il cède à cette mode qui consiste actuellement à brandir la menace de hordes d'écoterroristes tout prêts à déferler bientôt sur nos Champs-Elysées pour les ensencemencer de quelques graines de révoltes sédicieuses. Triste fantasme aussi éculé qu'inexact. S'il est vrai qu'il peut exister des formes dérangeantes de radicalismes verts, elles ne sont définitivement pas françaises et ne le seront probablement jamais car étrangères à nos moeurs et coutumes. Organisées, structurées dans l'environnement et le tissu social anglo-saxon, où le lobbyisme sous forme de coup d'éclat est un passe-temps fort prisé, ces formes de contestations n'existent pour ainsi dire plus en France depuis 20 ans (à l'exception notable de la grande époque d'Act-Up).
Ensuite la prétention à penser que devrait lui conférer son statut de philosophe fait peine à lire, au sens premier et littéral du terme. Quand il écrit "portant sur des périls dont on devrait bien parvenir un jour à mesurer de manière scientifique la réalité et la portée exactes.", il fait preuve d'une coupable absence de vocabulaire. Car un péril ne se mesure pas et aucun scientifique digne de ce nom ne s'aventurera à une telle entreprise. Un péril ou un risque s'estime, s'évalue, en fonction de différents critères (l'importance du dégat engendré, la probabilité d'apparition) et avec une méthodologie. Celle-ci, aussi rigoureuse, soit-elle relève malgré tout de conjectures hasardeuses. C'est l'éternel doigt mouillé qu'on tend vers le ciel pour évaluer la force du vent qui à un moment ou à un autre doit-être appelé à la rescousse et peut rendre tout l'édifice intellectuel bancal.
Rendons-lui cependant justice, quand il écrit que le « Grenelle de l'environnement » n'a de légitimité ni scientifique, ni républicaine, car cette observation n'est pas erronée. Il y a peut-être derrière le Grenelle de l'environnement un coup de marketing politique. Voulu par l'éxécutif nouvellement élu, a-t-il pour autant moins de légitimité républicaine que ce pouvoir législatif fraîchement renouvellé et dont l'élection a été déterminée par le résultat du scrutin présidentiel ?
La réponse est non. Il n'est en aucune façon question pour lui d'outre-passer le pouvoir du Parlement dans la décision. Il tire du résultat des urnes la légitimité de sa force de proposition et ne contrecarre pas celle déjà existante de nos assemblées républicaines où chaque élu dispose de son libre-arbitre.
Quant à la légitimité scientifique, à quoi bon l'invoquer après l'inventaire de toutes ces errances d'experts que patrice Lanoy a inventorié (ce nuage de Tchernobyl qui ne passa jamais le Rhin, ces bananes aux pesticides si bonnes pour les Antilles)? A quoi bon la confier, une nouvelle fois, à l'avis consultatif de scientifiques placés là uniquement pour approuver en échange de crédits de recherches et de charges honorifiques ? Les intérêts économiques des uns, la "raison d'état" et la force de persuasion des politiques à ce sujet ont trop souvent été présents par le passé. Aujourd'hui, sur ce qui est, probablement, l'un des seuls sujets où la machine médiatique a fait preuve d'assez d'efforts de vulgarisation scientifique, l'environnement, une initiative, se propose d'être un complément (pas une alternative) où la voix des citoyens peut se faire entendre.
Ne pas lui accorder de crédit et y préférer des circuits aussi éculés que bien mal éprouvés est définitivement une erreur.
























Commentaires
paresseux !
oui, j'ai honte, je n'arrive pas à me chopper un crétin par jour. Simple paresse, car ce ne sont pas les clients qui manquent !
(bravo pour cet emportement fort bienvenu !)
yvs duel - 21.10.07 à 14:08 - # -
Bryan avec un "y", tu confonds avec Brian Eno.
Action - 22.10.07 à 23:22 - # -
← Re:
labosonic - 22.10.07 à 23:52 - # -
Y a une coquille dans ton article !
Relis-toi : tu as écrit que Luc Ferry était philosophe.
Rien de grave, hein. Ca nous arrive à tous de faire des fautes de frappe ;-)
thom - 02.02.08 à 17:11 - # -