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Present Music #005 : Human after all - Daft Punk

Le 04-01-2008
Première publication le 23 mars 2005

Enfin une chronique dont je suis (un peu) satisfait, à croire que les mauvais disques m'ont plus fait progressé que les bons ! Je n'évite pas le piège qui consiste à plus parler du groupe que du disque mais est-ce réellement un mal ? Quand on doit subir un tel album, on n'a pas forcément envie de le faire partager trop longtemps. C'est d'ailleurs un indice quand on lit la presse magazine, parfois contrainte de noyer le poisson et de ravaler ses déceptions, elle utilise ce procédé pour ne rien d'un album plutôt que d'en dire du mal.

Human after all - Daft Punk

Daft Punk a réussi avec son premier album, Homework, ce qu'il convient d'appeler un coup de maître. C'est en effet en 1997 que sort ce qui est considéré comme l'album majeur d'un genre appelé la "French Touch". Ce style, caractérisé par une house music aux sons distordus, de nombreuses références discrètes aux années 80, des boucles répétitives et entêtantes, a énormément fait danser et vendu des milliers de disques, grâce à son efficacité ravageuse. Le genre se popularise rapidement, la formule magique des Daft Punk contamine la danse music et on assiste très vite à l'apparition de copies, pas toujours très heureuses, qui surfent sur le succès de la première réalisation.

Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo mettent alors leur duo un moment entre parenthèses. Chacun développe des projets personnels : des labels qui exploitent le filon de la disco synthétique qu'ils ont ressuscitée. Thomas surprend même en réalisant la très réussie bande originale d'Irréversible de Gaspard Noé. Il prouve alors qu'il est aussi capable d'une musique sombre, glauque, malsaine, à l'image de ce film. Pour compléter le portrait de Daft Punk, on ne peut passer sous silence leur sens inné du marketing : ils apparaissent masqués, gèrent leurs affaires avec succès, préservent leur intégrité musicale en refusant de prêter leur musique à des fins qu'ils ne désirent pas (jingles télévisés, campagnes présidentielles ...). Ils inventent ainsi une nouvelle forme de marketing tendance, le "buzz", jouant sur leur identité au point d'en faire un secret de polichinelle pour le microcosme de la branchitude parisienne.

Discovery, leur deuxième réalisation, créait à sa sortie la polémique : coup de génie pour les uns, escroquerie pour les autres. Les sonorités eighties étaient encore convoquées, on passait de la très grande qualité des influences du premier album (Giorgio Moroder, Donna Summer, Kiss) à des sonorités moins chics (10cc et génériques de dessins animés). Le filon de la nostalgie semblait un peu trop exploité et seule l'illustration visuelle, offerte par le long métrage Interstella 5555, du créateur d'Albator, permettait d'apprécier l'album pour ce qu'il était, c'est-à-dire le rêve éveillé de gamins des années 80 qui imaginaient la bande-son de leur enfance sur fond de mangas.

Dans ce contexte leur troisième album, Human after all, devait lever toute ambiguïté sur la capacité du duo à survivre au raz-de-marée qu'il avait lui-même provoqué, à réunir les deux camps que Discovery avait créés. Présenté comme plus spontané, réalisé en seulement six semaines, la recette Daft Punk tente de s'imposer dans ce dernier album : voix distordues, sons triturés par des effets de filtres caractéristiques, évocation nostalgique des années 80. Le premier single, Robot Rock, en est peut-être la meilleure illustration : mélodie simplissime digne du top 50, boucles répétitives à l'extrême, omniprésence de voix robotiques.

C'est hélas une catastrophe. Rien n'est pire que l'évocation qui nous offerte. Le travail du son est désastreux. L'album entier est composé uniquement de synthétiseurs Bontempi et de boîtes à rythmes désespérément binaires. Les voix semblent toutes sorties du larynx d'un personnage de dessin animé chantant la tête dans un seau. Les mélodies rappellent les pires ficelles du rock FM des années 80 : de Van Halen à Europe (Robot Rock) en passant par les ballades de Scorpion (The prime time of your life). Summum horrible, The Brainwasher, offre la diction d'un Dark Vador chanteur de death-metal, noyé sous des solos de synthétiseurs calamiteux. Même avec la meilleure volonté du monde et le moins exécrable titre de l'album, Steam Machine, seul morceau avec un semblant construction, on n'a en aucune façon le sentiment d'écouter de la musique, juste la copie d'une mauvaise bande son d'un jeu-vidéo des années 80, ou la pénible sonnerie d'un téléphone portable.

L'exploitation des sons de leur enfance, poussée ici à l'extrême par les Daft Punk, démontre toutes les limites du filon de la nostalgie musicale. À force de vouloir faire du neuf avec du vieux, il n'y a plus que le pire à recycler. On ne peut plus parler de souvenirs, bons ou mauvais, mais juste d'une pitoyable régression infantile.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.

 


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1 Commentaire


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Commentaires

tiens alors ce serait un peu comme

... les critiques de cinéma qui font un gros plan sur un personnage et son acteur pour éviter de dire que le scénario du film dans lequel ils jouent se perd dans le rien dés le premier quart d'heure.

gilda - 05.01.08 à 02:34 - # -

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