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Present Music #008 : David : Live at the Tower of Philadelphia - David Bowie

Le 09-01-2008
Première publication le 17 avril 2005

Un article dont la lecture me peine encore après trois ans. Reconnaissons qu'il cumule bien des difficultés : parler de Bowie, que j'adore, parler d'un mauvais disque d'un très bon artiste, aborder les nécessaires aspects privés de sa vie pour expliquer l'artistique. Mais je ne pense pas que ce soient ces aspects qui font que je n'aime pas cette chronique. Cette critique de David Live, nouvelle édition , est mauvaise car  elle est trop dense en informations. Compte-tenu de tout ce que j'écris (aspect artistique, aspect anecdotique, aspect music business, aspect postérité, jugement individuel sur les prestations de nombreux musiciens), il aurait fallu rédiger un texte beaucoup plus long ou alors sélectionner et choisir d'en dire moins. Là, tout y est, mais c'est indigeste à la lecture.

David : Live at the Tower of Philadelphia - David Bowie

David Bowie est une légende de la musique depuis bientôt quarante ans. Il a une personnalité complexe : c'est un génie pour certains, pour les autres un simple opportuniste ayant toujours su s'entourer des bonnes personnes aux bons moments. La polémique consistant à savoir quelle place occupe Bowie dans un quelconque Panthéon n'est pas le propos de cet article. La polémique est facile, elle ne cesse de créer des fans et des détracteurs, qu'importe. Contentons-nous de remarquer que Kurt Cobain n'a choisi comme testament musical de son suicide une reprise acoustique ni d'Obladi Oblada des Beatles, ni de Jumping Jack Flash des Rolling Stones, ni même de Pinball Wizard des Who, mais de The man who sold the world. Prenons cette dernière bobine du leader de Nirvana comme une réhabilitation de Bowie s'il en avait besoin ou une confirmation de son talent.

L'art de Bowie, celui-là même qui génère toutes les controverses, fut d'avoir su initier des collaborations musicales prodigieuses (Brian Eno, Lou Reed, Iggy Pop, Marc Bolan et T-Rex). Ses apparitions cinématographiques (Lynch, Ishima) montrent à quel point les cours qu'il a pris dans sa jeunesse avec Marcel Marceau lui furent utiles et lui ont laissé la faculté de remplir l'espace scénique avec un charisme prodigieux, presque animal. La réédition de David Live, un album capté en octobre 1974 pendant la tournée américaine, offre une occasion d'autant plus intéressante que la version livrée dévoile l'intégralité des morceaux de ses concerts à Philadelphie. À cette époque, le disque vinyle, même quadruple dans l'édition originale, créait des contraintes techniques de qualité du son qui limitaient la durée des enregistrements. La première édition CD qui fut très discrète, ajoutait bien quelques morceaux mais pas l'intégralité du set de ces deux jours.

Autant être honnête, si David : Live at the Tower of Philadelphia fut aussi peu promu sur ce format moderne, ce n'est pas par hasard. En premier lieu, c'est un album contractuel que Bowie devait à sa maison de disque. Artistiquement, il est épuisé par un engagement qui l'a déjà contraint à sortir trois albums en un an et demi. Ensuite, de toute la galerie de personnages développés par Bowie, Ziggy Stardust fut incontestablement le meilleur, et le Thin White Duke l'un des pires. À Philadelphie, c'est un Bowie svelte dans un costume immaculé qui apparaît sur scène, tel un fantôme. Phobique de l'avion, David traverse tous les États-Unis dans une Cadillac blanche, avec la boîte à gants presque aussi pleine de poudre que ses narines. Plus le show avance, pire il est et plus sa voix s'efface : les derniers concerts au Japon sont déplorables. L'album à peine sorti sera renié par le maître aux yeux vairons, parti trouver la rédemption à Berlin après un long voyage en train à travers l'URSS qui enfantera Station to Station.

La liste des musiciens l'accompagnant sur scène est symptomatique de cette époque. La rupture avec Mick Ronson, son guitariste et ami de toujours, est consommée. Carlos Alomar, chargé de prendre une telle succession, fait de son mieux mais peine laborieusement, trop inexpérimenté lors de chaque solo, à l'image de celui très poussif de Rock'n'roll with me. David Sanborn, très bon saxophoniste au demeurant, qui sera remplacé plus tard par Luther Vandross, part en plein milieu de la catastrophe. Il a la sale habitude d'ajouter des solos partout où il n'y en a pas besoin, en particulier dans Space Oddity. Cinq choristes, chargés par le producteur de suppléer la voix faiblarde d'un Bowie cramé par la coke, noient le seul vrai joyau de l'album sous des tonnes de fioritures inutiles - car David, par miracle, ne défaille pas. Même la présence de Mick Garson, pianiste génial qui apporta tant au répertoire du Thin White Duke, est effacée par les parties de clavier de Michael Kamen, lui aussi déserteur en cours de tournée. Il pallie certes les défaillances d'un Mick trop poudré mais avec un réel manque de folie que Garson ne retrouve qu'épisodiquement, quand on lui confie enfin l'espace musical sur It's gonna be me par exemple.

Le casting musical de la tournée était bancal dès le départ, les frasques de la star ont, en plus, fait fuir les meilleurs éléments au profit de seconds couteaux, incapables de donner aux arrangements un relief digne des ambitions initiales du show. Les morceaux ajoutés dans la réédition complète de ces concerts des 11 et 12 juillet 1974, n'apportent rien que la sensation d'avoir enfin l'étendue du désastre à écouter, à l'exception d'un Time inédit miraculeusement réussi, débarrassé des chœurs et de ce saxophone trop pesant.

L'unique intérêt de ce disque est donc dans les fugitifs bons moments : quand l'alchimie musicale prend malgré tout entre Bowie, et le duo basse-batterie des musiciens rescapés de T-Rex (Time, The Jean Genie, cependant gâché par les choristes et le sax). Les collectionneurs apprécieront aussi la reprise de Knock on wood, standard d'Eddie Floyd. Mais en aucun cas, ces rares moments de grâce ne justifient l'achat d'un tel album définitivement raté et dont la sortie trente ans jour pour jour après son édition originale, n'est sans doute pas étrangère à l'expiration d'un délai de propriété intellectuelle qui fait que Bowie n'a d'autre choix que de ne pas s'y opposer. Cet album est donc à réserver aux admirateurs absolus du Thin White Duke qui collectionnent les disques et n'ont pas les oreilles sensibles. Les néophytes quant à eux devraient plutôt se réfugier dans la valeur sûre qu'a constitué la réédition en DVD du concert londonien d'adieu de Ziggy Stardust.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.


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