Le 15-01-2008
Première publication le 5 juin 2005

L'industrie phonographique va mal, elle n'hésite pas à le dire et à l'afficher sur des quatre par trois, montrant du doigt les pirates internautes qui pillent les différents catalogues des labels. Elle n'a pas tout à fait tort de se lamenter sur ces manques à gagner mais se doit aussi de réfléchir à sa manière de faire du commerce, de privilégier le coup médiatique à la construction de vrais talents.
En effet, depuis quelques années, afin de gagner de l'exposition médiatique, des passages télé, des interviews radio, les maisons de disques se sont souvent contentées de signer des membres de la famille de gens connus. On a ainsi eu droit à l'arrivée sur la scène musicale du rejeton de Philippe Delerm (Vincent), de la petite amie de Renaud (Romane Cerda) ou de la sœur de Benjamin Biolay (Coralie Clément). Il est sans doute plus facile pour un intervieweur de chercher à débusquer des secrets de famille ou d'alcôve que de comprendre ce qu'est la musique. Si l'on ajoute à tout cela, les derniers avatars de la télé-réalité, eux aussi prompts à dévoiler les bruits de couloir de leur château-prison, le panorama musical est complet mais pas forcément glorieux.
À cette cohorte de talents douteux, s'additionnent les voix faiblardes de personnalités qui comptent payer leurs impôts avec les royalties d'un disque. Ainsi avons-nous du subir les désastreux organes de Carla Bruni ou Sandrine Kiberlain, toutes persuadées d'avoir trouvé en Louis Bertignac ou Alain Souchon, un nouveau pygmalion. Hélas, n'est pas Gainsbourg qui veut. Seul le maître avait le talent de composer sur mesure pour des actrices sans voix (Isabelle Adjani, Catherine Deneuve, Anna Karina, Vanessa Paradis) et son successeur n'est pas encore présent.
Pire encore, complétons le tableau avec les personnalités, conscientes de leur limites vocales qui s'ingénient à contourner le problème en chantant des mélodies où le placement rythmique, soigneusement corrigé par un ingénieur du son, compense la technique vocale. Les disques de Gérard Darmon, s'improvisant crooner, pourraient en être l'illustration parfaite, si à peine sortis on ne les avait pas oubliés. Les musiques latines se prêtent merveilleusement à ce type d'exercice : Karl Zéro, s'essayant au mambo ou Elie Seymoun à la bossa nova, sont eux aussi tombés aux oubliettes.
Ce préambule effectué, la sortie de Putcheros do Brasil, l'album de Victoria Abril, ne peut susciter que des craintes : coup de pub ou vraie passion de l'actrice ibérique pour la bossa? Avouons-le, il sent le marketing à plein nez : 2005 est l'année du Brésil en France. La reprise du Tu verras de Nougaro, franchement médiocre, ne semble là que pour être diffusée en radio (quota français oblige), et "Bictoria" nous livre un pitoyable plagiat ibérique de la touche sexy de l'accent anglais caractéristique de la voix de Jane Birkin.
Ça commence donc très mal et le track-listing, égrenant des classiques intemporels, pourrait rebuter les fanatiques de bossa-nova, craignant de voir massacrés Mas que Nada ou One Note Samba par un manque d'imagination et des poses vocales à la limite du cliché, comme le chef d'œuvre de Nougaro le fut. Étonnamment, ce n'est pas le cas et Victoria s'en sort plutôt bien. Elle est beaucoup plus à l'aise avec le phrasé portugais que la diction française et sait s'entourer de musiciens talentueux.
Sur Doralice, par exemple l'harmonica d'Antonio Serrano, apporte un magnifique complément langoureux à une voix mutine qui sautille sensuellement sur les mots, faisant oublier la version originale de Joao Gilberto. Sur Mas que Nada, Victoria montre aussi son talent dans le placement vocal, qui est surprenant, rythmiquement juste et tellement créatif qu'il ne peut être issu du travail d'un quelconque technicien de studio. Certes, sa voix est parfois un peu limitée, mais renforcée par l'apport de collaborations, avec Rossa Passos, et surtout avec Concha Buika qui apporte une jolie touche de couleur vocale africaine à Aguas de Marco.
On ne peut donc sortir qu'agréablement surpris de l'écoute de ce disque, dont on pouvait craindre qu'il soit le pendant musical du joyau de la filmographie de l'actrice que constitue Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu de Max Pecas. Sans pour autant constituer un chef d'œuvre musical, il s'avère plus plaisant à l'écoute que prévu. C'est le reflet d'une réelle passion pour la bossa nova qui transparaît à chaque phrase. Loin d'être parfait, il n'en est pas moins vivant, spontané et donne envie d'entendre une plaisante confirmation musicale sur scène, passage obligé où l'on ne pourra s'empêcher d'attendre Victoria Abril au tournant.
























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