Le 16-01-2008
Première publication le 19 juin 2005

Il est incontestable que le trip-hop fut l'un des mouvements musicaux qui a le plus marqué la fin du siècle dernier. Initié par le collectif Wild Bunch, qui deviendra plus tard Massive Attack et autour duquel gravitait pléthore d'artistes de talent (Björk, Neneh Cherry, Tricky, Goldie), il proposait une alternative musicale à la scène électronique. La house résonnait comme une musique de boîtes de nuit, la techno apportait un son rave parfois trop dur. Le trip-hop, musique synthétique et électronique, aux accents rap, reggae, pop, avec des rythmiques plus adaptées à l'écoute sur canapé qu'à la danse, permettra de conquérir en douceur toutes les oreilles, notamment avec l'ajout de douces et mélodieuses voix féminines.
Massive Attack ouvrit le bal, avec un succès public et des ventes de disques phénoménaux, suivi dans sa glorieuse trajectoire par Portishead et Tricky. D'autres, moins connus, eurent aussi leur succès : Archive, Morcheeba, Monk & Canatella, etc ... Puis, le trip-hop, à force d'illustrations sonores de reportages télévisés, de compilations fourre-tout assurant la promotion de bars branchés, a fini, comble pour une musique délassante, par fatiguer les oreilles de ses plus fervents supporteurs. Les dernières parutions du genre furent bien souvent exécrables. Par exemple, les derniers albums de Massive Attack et d'Archive étaient à la hauteur des films produits par Luc Besson dont ils assuraient la bande originale, médiocres, avec si peu de relief qu'à peine découverts, on n'avait qu'une seule envie : les oublier.
Morcheeba, second couteau du mouvement, a sorti un nouvel album le mois dernier intitulé The Antidote, sans échapper aux tourments de certains de ses congénères : tout comme Archive, il a changé de chanteuse. Le disque s'ouvre même par un morceau-manifeste, Wonders never cease, qui dans ce contexte ressemble à un message aux fans du groupe, comme pour dire que rien n'a changé et que tout va continuer comme avant. C'est effectivement le cas : le morceau d'ouverture présente toutes les caractéristiques des morceaux qui ont fait la gloire de Big Calm ou de Charango, les précédentes réalisations du groupe.
On retrouve donc une mélodie pop avec une batterie mixée très en avant sur laquelle se promène une voix cristalline, légèrement soul (c'est celle de Daisy Martey qui a remplacé Skye Edwards). Les autres titres sont à l'avenant : légers, délicieusement nonchalants et qui respirent la nostalgie. The Antidote, soyons clairs, est tout sauf un disque original, il applique de vieilles recettes éprouvées dont on se demande qui elles peuvent encore séduire.
Est-ce pour autant un mauvais album? Ten men, par exemple, est un morceau plein de bonnes intentions, gâché par l'irruption d'une flûte dont on ne comprend pas pourquoi elle s'immisce dans une mélodie qui aurait pu être plaisante par ailleurs. De la même manière, de trop nombreuses chansons (Living hell, Daylight Robbery, Antidote) auraient pu être réussies si des chœurs malvenus n'ôtaient pas à la performance vocale de Daisy tout son charme. Pire morceau de l'album, A military coup, évoque (mal) dans son introduction Marvin Gaye avant de se muer en une pâle et pitoyable chanson.
Seules People Carrier, God Bless and Goodbye et Everybody loves a loser, par la grâce de leurs mélodies, semblent, un peu, échapper à la catastrophe que constitue l'assemblage de ces chansons définitivement mal ficelées, qui prouvent qu'avec une juxtaposition de techniques usées (chœurs, mélange d'électronique et d'organique, voix féminines douces, etc. ...) et la volonté de plaire au plus grand nombre, on peut définitivement rater un disque. La preuve en est grâce à cet album de Morcheeba, imparfait jusque dans son titre. En effet, Everybody Loves a looser aurait été tellement plus approprié pour donner son nom à cette réalisation gâchée à force de vouloir être démagogique.
























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