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Present Music #014 : Minimum maximum - Kraftwerk

Le 17-01-2008
Première publication le 26 juin 2005

Le genre d'article qu'il est toujours pénible d'écrire quand on est fan d'un groupe. Mais cet album fut réellement une déception. Il y a pourtant, avec le recul à modérer mon propos : Si, plus encore aujourd'hui, les "vieux" groupes remontent sur scène, ceux-ci l'ont fait avec quelque chose (l'excellent album qu'est Tour de France) à proposer et ils ne se sont pas contentés d'une tournée et de sets 100 % tournés vers le passé. Ni Police, ni Led Zeppelin (en attendant  que d'autres prennent la même décision) n'ont été capables de faire ça.

Minimum maximum - Kraftwerk

Kraftwerk est un des groupes dont le nom résonne comme une légende. Pionnier du mouvement krautrock, ce rock progressif allemand teinté d'électronique, il fut sans doute le plus connu. Can, Neu et d'autres auraient pu prétendre à la même postérité, mais le groupe de Ralf Hütter et Florian Schneider a réussi à remporter le jackpot. Après les expérimentations musicales du début des années 70, où se mêlaient guitares électriques et instruments bricolés à partir de composants électroniques, Kraftwerk va réussir à imposer une musique pop électronique à part, dont les albums contiennent à la fois la force d'un album-concept, le ton d'un manifeste plaidant en faveur d'une manière nouvelle de faire de la musique avec des instruments synthétiques, et la simplicité de mélodies capables de conquérir un large public et de s'immiscer dans les hits parades.
Autobahn ou Radioactivity furent des disques-clé et constituèrent des tournants musicaux dans l'histoire de la musique. Kraftwerk ouvre la voie au succès d'un Jean-Michel Jarre ou mieux, suscite des hommages (Afrika Bambaata les samplera dans son Planet Rock) et des vocations, notamment chez des petits jeunes de Detroit (Derrick May, Juan Atkins, Kevin Saunderson) qui engendrèrent la Techno. La carrière du groupe semble cependant se clore en 1991, quand une compilation mixée, intitulée The Mix, démontre que Kraftwerk a réussi à parrainer une scène électronique mais que leur musique semble déjà un peu hors du temps.

Officiellement Kraftwerk n'était pas mort, juste en sommeil, mais jusqu'en 1999 personne ne croyait à un éventuel retour. Karl Bartos, un des membres fondateurs, avait tourné la page et tentait sans grand succès une carrière solo. Ralf et Florian poursuivaient leur vie, partagés entre leurs passions pour le cyclisme et celle du bricolage de robots. Des machines à leur effigie, capables de jouer de la musique, constituent ainsi le pendant matériel de Man Machine, album-concept de 1978.
Puis sortit un titre accompagné d'excellents remixes à l'occasion de l'exposition universelle de Hambourg, Expo 2000, suivi de quelques concerts où Kraftwerk eut l'occasion de découvrir qu'un public était toujours présent pour aller les voir sur scène.
En 2003, pour commémorer les cent ans du Tour de France, Kraftwerk boucle la boucle et sort un album intitulé Tour de France 2003. Ralf, Florian et leurs nouveaux amis finissent le travail commencé en 1984 dans le single Tour de France. Cerise sur le gâteau pour les fans, une tournée mondiale, la première depuis plus de dix ans, a suivi l'album.

Minimum Maximum est l'album de cette tournée, occasion unique pour les fans qui n'auraient pas réussi à assister à leurs shows de la grande époque des années 80. Mais, les papys allemands de l'électro valent-ils mieux que les vieux du rock? Mieux que les Rolling Stones, increvables qui tournent pour s'acheter une nouvelle prothèse de hanche ou une pile cardiaque? Mieux que ces groupes, qui à l'instar des Pixies actuellement, ou auparavant du Velvet Underground ou des Sex Pistols, se reforment quinze ans après pour payer leurs arriérés fiscaux ?

Autant être honnête, malgré l'enchaînement de tous les tubes de Kraftwerk, le double CD Live paraît un peu fade. La formation que proposait Kraftwerk sur scène avec ses synthétiseurs et ses laptops, ne se prête guère à l'improvisation et aux versions alternatives. On n'a donc finalement qu'un bon best-of, rien de plus, avec des morceaux dont les versions sont connues sur le bout des doigts - à l'exception de Radioactivity, dont l'introduction change légèrement et de Planet of visions.
Qui plus est, nos quatre allemands préférés ont cédé à la facilité de remonter un concert de bric et de broc à partir d'extraits enregistrés dans tous les pays. Le résultat est que chaque spectateur de la tournée peut, en lisant le livret, se dire au moins une fois "J'y étais, là ...", conscient du caractère historique de cette tournée. Par contre, l'ensemble, même très bien monté, y perd encore en spontanéité, comme si les instruments synthétiques, la musique froide et industrielle ne suffisaient pas déjà.
À la décharge de Kraftwerk, on doit quand même dire que le show sur scène était autant visuel que sonore et que la sortie d'un DVD eut été plus judicieuse, notamment, pour voir les fameux "robots" jouer The Robots et les belles vidéos qui accompagnaient la prestation.
On notera malgré tout quelques bons enchaînements de titres du même album : la partie cycliste du premier disque (celle qui reprend les extraits du dernier album) et le tourbillon des extraits de Computer World sur le second (Numbers, Computer World, Home computer, Pocket Calculator et Dentaku enchaînés à grande vitesse).

Mais, ce serait définitivement mentir que de dire que Minimum Maximum est un album indispensable, juste une bonne compilation à recommander aux débutants en la matière. Les fanatiques préféreront toujours les albums originaux pour retrouver les formidables boucles de Metal on Metal ou l'introduction de Autobahn épurée d'un public dont les cris sont parfois trop présents. Kraftwerk décevra même par cet album sans âme, les heureux possesseurs de l'enregistrement live de trois titres qui fut disponible sous le nom de Concert Classics et reprenait des morceaux des débuts du groupe, teintés de krautrock et plus adaptés à l'improvisation et à la divagation électronique.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.


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1 Commentaire


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Commentaires

Oui, Kraftwerk déçoit, et c'est peu de le dire!

mais la chose ne date pas d'hier quoi qu'il en soit!

ils nous ont fait du réchauffé à partir de l'album "The Mix" et depuis, toute nouvelle parution a été décevante.

il faut bien se rendre à l'évidence. le groupe est mort après la sortie du controversé mais pourtant très bon "Electric Café" et des départs succéssifs de Wolfgang Flur et Karl Bartos, qui étaient bien plus que des faire-valoirs à Ralf & Florian!

Anonyme - 06.05.08 à 00:34 - # -

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