Le 30-01-2008
Première publication le 9 septembre 2005

Robert Plant, légende du rock à plein temps, a un passé glorieux mais difficile à assumer. Pour beaucoup l’ancien chanteur de Led Zeppelin était même à la retraite. En cela, il s’opposait aux Rolling Stones dont les albums douteux ne servent que de prétexte à des tournées de plus en plus gigantesques et à David Bowie, encore très prolifique et créatif.
La fin de Led Zep, causée par l’overdose de vodka de son batteur, John Bonham, avait laissé à tout le monde un goût d’alcool frelaté dans la bouche. Les fans étaient orphelins, et le manque nullement dissipé par les hasardeuses carrières solo des membres survivants. Il a donc fallu attendre 1994 pour que l’amertume de la subite dissolution passe définitivement. Les deux leaders du groupe, Jimmy Page et Robert Plant, livraient alors en guise de retrouvailles, un album parfait : No Quarter, sous-titré Unledded, comme pour signifier qu’ils tournaient une page de leur vie. Et c’est vrai qu’une parenthèse trop longtemps ouverte s’est impeccablement fermée avec de nouvelles chansons et des reprises impeccablement réenregistrées par un orchestre égyptien.
Mais c’est avec le groupe Strange Sensation que Robert Plant a pu enfin renaître musicalement, une fois le spectre de Led Zeppelin effacé. C’est une formation, qui l’accompagne depuis 2001, composée de musiciens plus qu’expérimentés. S’entourer d’un des guitaristes de Jah Wobble, du clavier de Portishead et du batteur de Roni Size et Jeff Beck, c’est forcément un gage de qualité musicale. Les premiers albums manquaient cependant d’un petit quelque chose, ils sonnaient creux. Le disque récemment sorti, s’affranchit des errances des débuts du groupe et a enfin une âme : Mighty Rearranger, livré ce printemps, permet à Strange Sensation de s’exprimer enfin.
Tout l’album est construit sur un des secrets que les meilleurs groupes de rock ont su garder : chaque morceau est avant tout une chanson, et la voix de Robert Plant, au timbre si caractéristique, est considérée comme un instrument. Tout l’album semble écrit en fonction de l’organe de l’ex-chanteur de Led Zeppelin, qui construit toutes les lignes mélodiques essentielles. Quelques effets d’échos, des chuchotements, un ou deux cris, vont permettre de reconstituer une palette d’effets vocaux dignes de ceux que l’on peut attendre d’une guitare électrique. Et la traditionnelle section rythmique basse-batterie, les deux guitares ou les claviers n’ont plus qu’à insérer leurs parties dans l’architecture d’un morceau ciselé par le maître vocaliste.
Takamba ou Somebody knocking s’articulent ainsi autour d’une inspiration instrumentale africaine que Plant aurait très bien pu aller chercher à Tombouctou et dans le répertoire bluesy d’Ali Farka Touré. Brother Ray, dont le chant se limite à des onomatopées, et Mighty Rearranger composent eux des morceaux influencés par le Rythm’n Blues originaire du delta du Mississipi.
L’album comporte aussi quelques moments surprenants (le break synthétique de The Enchanter ou les envolées de cordes orientalisantes d’Another tribe, qui n’arrivent pas hélas au niveau de perfection de No quarter), voire même des textes engagés (Freedom fries).
Avec Mighty Rearranger, Plant réussit un album où il assume clairement ses influences et ouvre même quelques perspectives intéressantes. L’équilibre instrumental y est parfaitement assuré et met admirablement en valeur ses prouesses vocales. Et l’écoute de ce disque, son meilleur en dehors de sa période Led Zeppelin, permet de tirer deux très intéressantes conclusions sur son avenir et celui du rock en général. La première est qu’il est tout sauf un homme fini, juste bon à chanter ses succès d’il y a vingt ans. La seconde est qu’il est toujours possible de faire de très bonnes choses avec des ensembles rock de grande envergure (deux guitares, un clavier, une basse, une batterie), alors que la tendance actuelle est à des formations restreintes.
























Commentaires
Par définition un disque comme celui-ci ne peut pas être un chef d'oeuvre...mais tu mets vraiment le doigt sur LE truc faisant de Plant un artiste d'exception. Cette utilisation de la voix, cette manière rien qu'à lui d'intérprêter...pas de doute, il est très fort ; j'avais d'ailleurs dit dans un vieil article à quel point j'aimais ses disques solos, unanimement méprisés par la critique et boudés par le public (alors que franchement ils tiennent largement la comparaison avec n'importe quels albums de n'importe quels dinosaures 60's dans les années 80/90). On dirait que depuis "Might Rearranger", ou peut-être un peu plus tôt ("Dreamland") les gens sont en train de le redécouvrir. A tel point que j'en viens presque à regretter qu'il soit reparti pour un tour avec Led Zep...parce qu'il y a dans ses disques solos une exigeance, une rigueur et un courage qui me semblent mal coller avec le concept de reformation (je peux me tromper)...
Au plaisir !
thom - 02.02.08 à 17:08 - # -