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Present Music #021 : Chaos and Creation in the Backyard - Paul Mac Cartney

Le 04-02-2008
Première publication le 6 octobre 2005

Je n'ai jamais fait beaucoup de mystères sur mes goûts musicaux. La pop anglaise n'est pas ma cup of tea, même quand elle est à son maximum avec les Beatles. Quant à Nigel Godrich, j'ai énormément de mal avec ses productions : un son trop lisse à mon goût sort de sa console. J'ai donc laissé traîner mes oreilles sur ce disque en traînant les pieds mais je ne l'ai pas regretté. C'est ça le talent. Même si je n'apprécie guère Mac Cartney et Godrich, ils en ont à revendre et sont capables de grandes choses.

Chaos and Creation in the Backyard - Paul Mac Cartney

Rares sont les artistes qu’il est inutile de présenter. Sir Paul Mac Cartney est incontestablement un de ceux-là. Son nom, associé à celui de John Lennon, George Harrison et Ringo Starr, représente la signature de la plus grande révolution musicale, sinon artistique du siècle passé.
En revanche, donner quelques précisions sur Nigel Godrich, l’homme de l’ombre qui a présidé aux destinées de son dernier disque, Chaos and Creation in the Backyard, semble nécessaire. Ce magicien des studios d’enregistrement n’a pas son pareil pour donner aux albums auxquels il contribue une couleur musicale particulière. Producteur attitré de Radiohead, notamment sur OK Computer et Kid A, il fut le compagnon de route de Air pour Walkie Talkie et responsable du sublime Mutations, le plus abouti des disques de Beck.
Ce jeune requin de studio, qui n’était même pas né quand les Beatles se sont séparés, a réussi dès le départ la prouesse de convaincre Mac Cartney de jouer seul. Sir Paul, pour la première fois, va enfin s’assumer en tant que chanteur, poly-instrumentiste et songwriter de génie, en laissant le groupe qui l’accompagne sur scène à la porte du studio. Grand bien lui en a fait, le résultat obtenu est tout simplement formidable.

La première écoute laisse sans voix. Un tête à tête de Mac Cartney avec Godrich, c’est le genre d’événement qui aurait pu aboutir à un album intimiste ou minimal, épithètes flous généralement utilisés par la presse pour désigner un album sans saveur et à la production piteuse. Mais, c’est une alchimie toute autre qui s’offre à nous, à la fois infiniment plus complexe et si simple : de la très grande musique cachée sous l’apparence de simples chansons.
Chaos and Creation in The Backyard présente ainsi toutes les qualités d’un chef-d’œuvre de la pop music. Il a aussi le principal défaut du genre : celui de regorger d’allusions aux Beatles, mais on lui pardonnera d’autant plus aisément vu le passé de son compositeur.

Fine Line, mélodie pop enjouée aux chorus entraînants, ouvre l’album d’une manière étonnamment trompeuse. Trop riche d’instruments, trop efficace, elle illustre mal le sentiment général qui émane de l’ensemble : plus grave, moins futile. Les autres grands moments pop de l’album : Promise to you girl ou la très électrique plage instrumentale cachée, sont eux-aussi différents, ajoutant une légère dimension nostalgique, plus en harmonie avec l’ambiance générale de l’album.

Incontestablement, la solitude du studio d’enregistrement a conféré à Paul un sentiment de sérénité, une maturité qui lui a permis de faire le deuil de Linda, sa compagne de toujours. Il semble habité d’une sagesse intérieure qui lui fait à la fois regretter et apprécier d’être un survivant des Fab Fours. Nostalgique sans être pleurnicharde, sa musique est d’une élégance rare, digne de Roxy Music, riche de nuances, capable de la plus douce des mélancolies à l’image d’English Tea ou d’At The Mercy. A Certain Softness ou Riding To Vanity Fair par leur apparente nonchalance semblent même ne pas être dépourvues d’auto-dérision.

Et parmi les quatorze bijoux que contient ce CD se cache un joyau intitulé : Jenny Wren, une merveilleuse chanson qui s’avère peut-être bien la plus belle composée ces vingt dernières années. D’une simplicité exemplaire, toute sa magie repose dans le dénuement. Expression de perfection musicale, elle ne comprend ni une note de trop, ni une note de moins, pas la plus petite fioriture inutile dans ses arrangements. Elle transforme même instantanément chacun dans ses auditeurs en jeune fille romantique écoutant de son balcon la sérénade de son prétendant nommé Roméo.

Et puisqu’il faut bien encore une fois relancer l’éternelle comparaison, le contraste que Mac Cartney se permet de nous offrir avec A Bigger Bang, la dernière production des Rolling Stones, est réellement saisissant. Les uns tentent désespérément, avec plus ou moins de bonheur, depuis plus de trente ans de retrouver la magie perdue d’Exile on Main Street. L’autre, seul, livre ce qui constitue le discours musical d’un homme apaisé, serein avec un passé flamboyant mais encombré de deuils et de déchirures. Paul semble libéré de ses tourments et apparaît plein d’une sagesse qui se révèle être un véritable bonheur à écouter.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.


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