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Present Music #022 : Disco

Le 05-02-2008
Première publication le 13 octobre 2005

Un article qui semble faire office de remplissage alors que je tenais beaucoup à le rédiger à l'époque et ce pour plusieurs raisons. La première est une évidence qu'il est toujours bon de rappeler : la musique s'écoute autant avec les hanches qu'avec les oreilles. La seconde est plus complexe et j'ai essayé de la développer un peu dans le texte : la disco fut le premier vrai "business musical" global qui a généré plus de chiffre d'affaire en produit dérivés qu'en disques. Le sujet est toujours d'actualité, à l'heure où la question des droits d'auteurs et des droits dérivés est toujours ouverte. Il est même assez ironique de voir que le "business-model" disco marche toujours aussi bien aujourd'hui : on fait des millions en ce moment, avec une marque déposée "Tektonik" et des morceaux qui ressemblent trait pour trait à ceux qui animaient les dance-flors belges, il y a 15 ans.

Pour beaucoup, la musique disco n’est qu’un vague souvenir dont on ne retient que l’iconographie. Elle est riche d’accessoires vestimentaires pailletés et, avouons-le, un peu ridicules : pantalons moulants blancs, chemises à cols pointus et jabot. Cette ambiance strass et boule à facettes, colportée à longueur d’émissions télévisées aux allures de mauvaises compilations, pourrait même se résumer à quelques moments musicaux caricaturaux : une chorégraphie de groupe à connaître absolument pour épeler Y.M.C.A en soirée dansante, ou les déhanchements d’un John Travolta jeune et excessivement gominé sur les chorus suraigus des Bee Gees.
Résumer la lame de fond musicale qui a déferlé sur les années 70 à de tels souvenirs est définitivement réducteur et ce mouvement fut bien plus que ces clichés.

Le disco a vu le jour en réaction par rapport au rock. Si ce dernier fut à la fin des années 60 à son apogée, Woodstock offrant en 1969 un week-end paroxystique de sexe, drogues, etc…, il ne vécut pas aussi bien le début des années 70 : endeuillé par quelques décès brutaux, le rock se cherche, perdu entre des errances planantes et des déluges de décibels du métal.
Avec ses paroles désinvoltes, loin des protest songs beatniks, la préférence délibérée du disco pour les sons de cuivre ou les sons synthétiques, le programme musical qu’il propose est en totale opposition avec la musique d’Hendricks et bien plus inspiré du funk de James Brown ou de la soul de la Motown. Il est entièrement dédié aux boîtes de nuit, comme son nom, abrégé du mot français discothèque, l’indique.

Musique de danse par excellence, le disco se caractérise par la mise en avant de sa section rythmique rapide. La basse et surtout la batterie, qui atteint souvent les deux pulsations à la seconde, lui confèrent son énergie. Marc Cerrone, premier batteur à devenir une star internationale, en est probablement la meilleure illustration. Sur ce beat primitif où chacun des quatre temps est marqué, vont se placer des voix ou des instruments très souvent orchestrés de manière symphonique.
Chaque artiste, chaque producteur apportera ainsi sa touche personnelle : Barry White sa voix grave, Grace Jones son organe androgyne, les Bee Gees leur chœur en voix de tête. L’italien germanophone Giorgo Moroder ajoutera un son de synthétiseur inimitable aux feulements sexy de Donna Summer. Les français Morali et Bellolo imposeront trompettes, violons ou flûtes synthétiques à leurs protégés de Village People ou de Boney M.

Jamais auparavant, un mouvement musical ne connut un tel succès. En 1979, l’industrie disco, avec ses produits dérivés, films, vêtements et boîtes de nuit, rapportera plus d’argent que la machine à rêve hollywoodienne et l’industrie phonographique mondiale réunie. À l’image d’une religion, la fièvre du samedi soir est disponible pour tous au coin de la rue. Le night-club, nouvelle église futile de communion par la danse, devient un point de passage obligé. Le Studio 54 est alors l’institution new-yorkaise où se mélangent beautiful people et anonymes. Le night-club aura même son grand prêtre : le Disc-Jockey. À l’image de David Mancuso au Loft ou de Larry Levan au Paradise Garage, la figure essentielle du DJ est née, il n’est plus uniquement un “pousse-disques” mais un générateur d’émotions et de danse faisant partie intégrante du décor et attirant les foules avec son talent.

Signe absolu de succès, on pourrait multiplier à loisir les exemples d’artistes confirmés en quête d’un renouveau musical qui s’essayèrent au genre : de David Bowie et John Lennon réunis pour Fame, à Sheila et B Devotion, en passant par les Rolling Stones. Mais il semble beaucoup plus important de retenir la philosophie d’un courant musical qui semblait à l’époque vide de sens. Futile et hédoniste, réunissant autour de simples pas de danse une majorité d’individus de toute sorte (blancs, noirs, hétérosexuels, homosexuels, hommes, femmes…), la musique disco, sans aucun message politique ou militant mais grâce à son marché lucratif, a finalement plus contribué à l’union de toutes les classes sociales que la totalité de la musique dite engagée du le siècle. Avec ses vêtements colorés et ses rythmes basiques, accompagnés par les voix des fameuses « divas » disco – qu’elles soient hommes, comme Sylvester, ou femmes, comme Gloria Gaynor – chaque danseur, dans chaque night-club, pouvait un instant prétendre à son quart d’heure de célébrité, comme le disait si bien Andy Warhol, adepte du Studio 54.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.


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