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Present Music #023 : Heavy Mellow - Chris Coco

Le 06-02-2008
Première publication le 20 octobre 2005

Voila un disque dont on n'a pas dû beaucoup parler ailleurs. C'est aussi pour ça qu'écrire sur le net est intéressant, on peut choisir ses sujets et se consacrer à l'écoute d'un honnête disque qui n'a pas réellement bénéficié d'une promotion presse. L'écoute vaut le coup d'oreille mais l'idée du DVD bonus est vraiment ratée. C'était un impératif de l'époque où l'on tentait encore d'ajouter un "plus produit" au support physique par rapport au format numérique. Deux ans et demi après, plus personne n'y croit et on se résoud progressivement à ranger le Compact Disc au rayon des antiquités à côté du 45 tours.

Heavy Mellow - Chris Coco

Sans être une superstar de la musique au Royaume-Uni, Chris Coco y bénéficie d’une notoriété certaine qui contraste avec l’anonymat dans lequel il est plongé en France. À la fois disc-jockey et producteur, il est de ceux qui entretiennent ce genre en perdition artistique qu’est le chill-out, cette musique électronique destinée aux auditeurs sur canapé. Les anglais l’appellent le plus souvent balearic, pour rappeler Ibiza et José Padilla, DJ initiateur des compilations Cafe Del Mar, ou Leftfield, en hommage au premier groupe ayant fait paraître un album de ce style.

L’hexagone employe lui plus volontiers le terme de Lounge music et constitue peut-être le nombril de ce microcosme musical. Existe-t-il encore à Paris un seul endroit branché (magasin de mode, bar tendance ou que sais-je?) sans sa propre compilation du genre, mixée par des demi-DJs qui enchaînent au kilomètre et avec des moufles ce que l’on peut appeler du Muzak[1]? Les Claude Challe et autres Stéphane Pompougnac avec un avisé sens du marketing, ont réussi à transformer les linéaires des supermarchés du disque en pannneaux publicitaires pour des lieux à la mode. Hélas, le genre a été sacrifié sur l’autel de la rentabilité de l’hôtel Costes et privé ainsi de son originalité, toujours trop entendu mais jamais réellement écouté.

Heavy Mellow, nouvel album de Chris Coco qui officie aussi sous le pseudonyme de Cocosteel and Lovebomb, n’a donc, a priori, rien pour lui. Il risque même de se trouver bien loin de la tête de gondole dans votre magasin préféré. Et c’est fort dommage. Ce n’est certainement pas un chef-d’œuvre, mais il mérite cependant une écoute attentive.

Hormis The India aux influences indiennes trop présentes, ce disque est dans le plus pur style balearic : musique électronique peu rythmée, sans fioriture superflue, à base de longues nappes synthétiques planantes et de rythmiques jamais envahissantes. Les mélodies, discrétes, incitent à prendre son temps et se détendre, sans toutefois lasser. L’ennui, la répétition, écueils habituels du style, sont évités tour à tour par une flûte (Summer love), quelques notes de piano (Heavy Mellow), un gimmick de guitare, un chant masculin (Time to Love) ou féminin (Memory of a free party).
Les treize morceaux proposés à l’écoute ont tous en commun un manque d’originalité qui va constituer paradoxalement la plus grande force du disque et en font son plus grand atout. Habituée aux compilations “à la française”, aux morceaux variés et aux ambiances la plupart du temps latines, indiennes ou arabisantes, l’oreille trouvera dans cette production britannique une cohérence et une unité inhabituelle. Le son paraît donc original, puisque principalement électronique et dépouillé des oripeaux “world music” dont chaque producteur se croit obligé d’affubler sa composition dans le seul but d’être référencé par tel ou tel Dj branché. On pourrait croire cette production, sans la moindre innovation sonore ou mélodique, sortie de studio en 1996, mais c’est là sa seconde qualité. Insensible aux modes et au temps qui passent, elle a un charme suranné qu’on croyait à jamais disparu dans les oubliettes de la musique; elle ne s’abandonne pas pour autant au piège de la nostalgie et ravira donc les amateurs du genre.

Heavy Mellow souffre cependant d’une gravissime faute de goût. La musique, plus que plaisante à défaut d’être impeccable, relève le défi d’atteindre simplement l’essentiel, de maintenir l’équilibre ténu qui l’éloigne d’un minimalisme rébarbatif et d’une surcharge artificielle. En cela, elle est parfaite pour la divaguation sonore sur sofa et conforme à la définition première du chill-out, ce moment de « descente d’extasy » que s’accordaient les ravers fanatiques une fois les pulsations de la musique terminée. Les titres What do you do when the dancing stops? et Memory of a free party y font d’ailleurs clairement allusion. Mais l’ajout d’un DVD en bonus du disque gâche presque le résultat. À quoi bon servir ces huit médiocres clips des meilleurs morceaux de l’album alors que ceux-ci se suffisent par définition à eux mêmes et ouvrent le champ aux plus belles images que la musique a jamais pu générer, celles du rêve ?


[1]. Muzak : désigne intialement la musique destinée à sonoriser les ascenseurs commercialisée dans les années 60 par la firme du même nom. Les descendants de cette firme sont aujourd’hui chargés d’envoyer des CDs dans tous les magasins au coin de votre rue (mobilier d’intérieur, vêtements et même jouets pour enfants). Par extension, musique de supermarché.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.


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