Le 08-02-2008
Première publication le 3 novembre 2005
Arthur H est le fils de qui vous savez. Ce genre de présentation a tout pour desservir un artiste à une époque où la chanson en France ne semble plus destinée qu’aux starlettes issues de la télé-réalité et à quelques rejetons indignes de familles déjà connues (Vincent Delerm ou Martin Rappeneau plus récemment), à des people dilettantes et désoeuvrés par une carrière en perte de vitesse (Elie Semoun, Gérard Darmon ou leurs équivalents féminins Carla Bruni et autre Sandrine Kiberlain). Pourtant Arthur H mérite mieux que ça, beaucoup mieux. Sa carrière, déjà longue de dix albums, débuta à une époque, il y a quinze ans, où un nom célèbre était un handicap, et ses fréquentations artistiques furent toujours exemplaires. En un mot, il n’est pas du genre à se faire écrire ses chansons par sa mémé ou son ancien amant : il dispose réellement de la sensibilité des très grands artistes.
Adieu Tristesse, sa nouvelle production, comprend treize chansons atypiques. Arthur H ne fait ni du pseudo Polnareff comme Obispo, ni du Goldman en un peu plus rock comme De Palmas, ni même du Higelin Junior. Il compose et écrit ce qu’il est : Arthur. Un point c’est tout. Ça ne ressemble à rien d’autre et c’est si rare de nos jours qu’on ne peut que l’apprécier.
Le secret de fabrication, le label de qualité H, tient avant tout dans l’art de l’arrangement, dans la manière qu’il a, seul ou toujours bien accompagné, de poser sur de la musique des textes délicats et émouvants, sans aucune volonté de démonstration d’écriture virtuose. Cette musique, qui met en exergue sa voix et qu’il serait intéressant un jour de regrouper de manière instrumentale, emprunte aux meilleurs moments du jazz (Ma sorcière bleue), du classique (La chanson de Satie, sur une musique d’Eric Satie) ou de la musique de film (Le danseur fait penser à John Barry et The Lady of Shanghaï a des accents de Lalo Schiffrin). L’amoureux, désopilante mélodie de boîte à musique, en est peut-être la meilleure illustration, soutenant un texte qui n’est finalement que le pendant verbal des deux minutes de cette pièce musicale.
La composition est impeccable et l’écriture n’est pas non plus en reste. Un thème général, le voyage, a inspiré cet album composé entre Paris et le Canada. Mais Arthur H ne se frotte pas à l’exercice difficile de l’album-concept, où une histoire se déroule sur toute la longueur du disque. Non, intelligemment, il préfère esquiver cet écueil et réaliser une douzaine de vignettes en rapport avec cette idée, faisant bien plus souvent primer le trajet sur la destination (la mythologie du Far West dans Les amoureux, l’ambiance ferroviaire de La fille de l’est, la missive de l’immigré à sa douce dans un magnifique Le chercheur d’or). Plutôt que d’imaginer son disque en roman, il a préféré le transformer en un recueil de nouvelles.
Trois surprises, sous forme de duos, ajoutent un charme particulier à l’album. Celui avec -M-, Les amoureux, désopilant dialogue ambigu, réconciliera même les plus réfractaires avec la voix de tête de l’homme qui n’a pas plus d’imagination qu’une lettre de l’alphabet. Le destin du voyageur, n’acquiert finalement son sens que par le duo inédit d’un père avec son fils. L’idée de mêler les voix de deux générations en une chanson a poussé Arthur H à faire du Jacques Higelin, en hommage et pour la première fois de sa vie. Mais tout cela, n’est finalement qu’anecdotique comparé à la fusion vocale qu’offre La chanson de Satie : Feist, que l’on n’imaginait auparavant que talentueuse, trouve au contact de la voix à demi-déglinguée d’Arthur H, une dimension de génie insoupçonnable.
Un auteur-compositeur français qui joue avec des chansons d’humour et d’amour, parfois les deux à la fois, qui collectionne les allusions à des styles plus élaborés que la variété, qui, de surcroît, transforme chacun de ses duos (ou presque, l’affectif prenant le pas sur la qualité avec Le destin du voyageur) en or? Ca ne vous rappelle rien? Ca ne vous évoque pas Serge Gainsbourg, ses amitiés jazzy avec Alain Goraguer, ses inspirations plagiaires de Chopin ou de John Barry (à qui il n’a pas non plus que piqué des mélodies)? La filiation avec Arthur H semble ici plus qu’évidente, dans les thèmes abordés, dans la méthode employée, dans la qualité du résultat, dans le talent.























Commentaires
Excellent billet ! C'est le seul album d'Arthur H que je connais vraiment, mais je suis amoureux de ce son chaud, intimiste, de cette voix, de ces chansons...vraiment très réussi.
Thom - 19.02.08 à 15:00 - # -