Le 21-02-2008
Initialement paru le 1 décembre 2005
Paul Anka a probablement une grande carrière musicale à son actif outre-atlantique. Mais, rien n’y fait, pour nous, en France, il restera celui qui a le premier chanté My Way, l’adaptation anglaise de Comme d’habitude. Comble du comble, il a eu le malheur de s’approprier la chanson au point d’oublier de verser des droits d’auteur à notre Cloclo National. Le genre de crime de lèse- majesté péroxydée qui nous donne une image négative d’un monsieur qui a pourtant commencé sa carrière en vendant neuf millions d’exemplaires de son premier disque. Et on oubliera aussi volontiers que notre roi de la chorégraphie qui faisait « zip » quand il roulait, « bap » quand il tournait et « brr » quand il marchait n’a probablement aucune paternité dans cette chanson, hormis une signature de partition en échange de son interprétation.
On imagine assez bien Paul Anka, condamné à des shows d’un goût douteux sur la scène d’un casino de Las Vegas, juste bon à entonner My Way entre le T-Bone Steack et le Sundae King Size d’un public ventripotent, plus intéressé par les bandits manchots que par sa musique. C’est ainsi que se conçoit une retraite dorée des superstars de la chanson aux USA. Mais voilà, qu’on le veuille ou non, les crooners reviennent à la mode depuis que tout le monde a terminé le deuil de Frank Sinatra et chacun tente de récupérer un peu de la place qu’il a laissé béante. La France a proposé Henry Salvador, les Etats-Unis Tom Jones, requinqué par un remix électro de son Sex Bomb et une participation très second degré au Mars Attacks de Tim Burton. Le Royaume-Uni a quant à lui joué la carte de la jeunesse avec un Robbie Williams convaincant et glamour.
Paul Anka tente lui aussi sa chance dans ce challenge avec Rock swings. Il va jouer sur deux atouts : sa crédibilité naturelle - en plus du succès de My Way, on lui doit la composition de She’s a lady de Tom Jones - et l’originalité rock - qui rappelle qu’il a aussi composé pour Buddy Holy. Il conçoit donc un album de reprises de « standards » du rock réorchestrés pour un grand orchestre et pour donner libre cours à ses performances vocales.
Eye of the tiger, le générique de Rocky, est peut-être la meilleure illustration du sentiment global qu’inspire Rock swings. L’orchestration est si éloignée de l’original qu’elle en devient parodique ; le chant est parfait, trop même, pour la reprise d’un tel morceau. Le rugissement final que pousse Paul Anka ne fait qu’accentuer le malaise en ne levant pas l’incertitude. On se pose une multitude de questions : est-on face à un projet artistique au premier degré ? Y a-t-il une ironie dans de telles reprises ? S’il y a dérision, de qui Paul Anka se moque-t-il le plus : des crooners ou des rockers ?
Les balades et autres chansons originellement lentes peuvent paraître les plus faciles à reprendre mais les reprises ne sont finalement que peu intéressantes car assez peu surprenantes. Everybody hurts de REM, Eyes without a face de Billy Idol ou Tears in Heaven d’Eric Clapton sont beaucoup trop prévisibles et leurs réinterprétations n’apportent que peu de relief aux originaux, à l’exception du Black Hole Sun de Soundgarden et du It’s a Sin des Pet Shop Boys, transfigurés pour notre plus grand plaisir.
C’est paradoxalement du côté des titres les plus rapides que l’on a les plus grandes surprises. The way you make me feel de Michael Jackson ne swingue pas pour deux sous, ce qui est plutôt étonnant vu la réputation du king of pop. Mais Jump, qu’Anka a transformé en un croisement entre l’hymne des stades composé par Van Halen et le générique de Sacrée Soirée, possède un groove insoupçonnable. A l’identique, Smells like teen spirit de Nirvana et Wonderwall d’Oasis sont deux bons exemples démontrant de réelles qualités musicales que des déluges de guitare nous avaient trop longtemps caché.
Choix des morceaux, trop hétéroclites dans leurs versions originales, plus ou moins bonne qualité des reprises, on ne sait définitivement pas quoi penser de ce disque. C’est un mauvais album de swing qui n’égalerait certainement pas ce qu’Anka pourrait réaliser avec sa voix de crooner et des standards du genre. C’est un mauvais album de reprises, car il y a trop souvent des ratés qui ne lui donnent pas l’homogénéité qu’offrait il y a peu Nouvelle Vague. Il ne reste donc que l’idée des reprises saugrenues qui n’est hélas pas nouvelle : il y a presque dix ans, les Mike Flowers Pops l’avaient déjà eue, avec de kitschissimes covers au second degré. Le résultat, quoique amusant, était assez inégal, tout comme l’est aujourd’hui Rock Swings. On oscille trop souvent entre le génie (Nirvana, Pet Shop Boys, Cure) et l’exécrable bouillie pour les oreilles (Clapton, Jackson, Idol). Accordons juste à ce disque un mérite : il permet à chaque auditeur de l’album de Paul Anka de savoir si sa chanson préférée a quelques qualités musicales en dehors de sa version originale.
























Commentaires
Intéressant constat...
...que tu fais sans le faire, mais écoute : je vais me faire un plaisir de pousser au vice. Car de mon point de vue (qui vaut ce qu'il vaut), ces morceaux de Clapton, Idol et même de Jackson...sont des trucs tout à fait médiocres et dispensables. Et les réussites (sur lesquelles je suis d'accord avec toi, dans l'ensemble) des titres dont les originaux sont tout à fait imparables (que ce soit le Nirvana, l'Oasis, le Soundgarden...etc.). Faut-il que le matériau original soit de qualité pour produire une reprise de qualité ? Voilà qui pourrait donner lieu à des discussions passionnantes ! Car si on serait tenté de prime abord de répondre "non"...force est d'admettre que dans une grande majorité des cas, c'est plutôt le "oui" qui l'emporte...
thom - 12.03.08 à 17:26 - # -