Le 05-08-2006
Initialement paru le
À sa manière, Sonic Youth
a probablement sauvé le rock lors d’une période critique de son
histoire. Lorsqu’en 1986, la formation atteint sa maturité artistique,
le style musical semble se diriger vers une impasse. Les pires avatars
du Rock FM règnent alors en maîtres : Bowie se corrompt dans un Let’s Dance
de mauvais goût, Van Halen connaît le succès, tandis que Dire Straits
rend hommage à MTV, vecteur de promotion idéal du genre. Ces
news-yorkais sont alors quasiment seuls à faire rugir des guitares,
entretenant la flamme du punk de Big Apple, né au CBGB, préparant ainsi le terrain à un Frank Black ou un Kurt Cobain.
Les bonnes fréquentations artistiques de Sonic Youth (Lydia Lunch, Richard Kern, Raymond Pettibon)
leur assureront une renommée internationale, largement supérieure au
succès obtenu. Mais leur virage résolument expérimental de la fin du
millénaire (avec l’arrivée de la structure de production Sonic Youth
Records et l’intégration au groupe de l’ex-Tortoise Jim O’Rourke) donne à leur travail une orientation trop arty et désoriente une partie de leurs fans.
Rather Ripped est un album de retour aux sources, tant au niveau du groupe que de sa musique. La formation new-yorkaise retrouve sa composition traditionnelle (Thurston Moore, Steve Shelley, Lee Ranaldo et Kim Gordon) et les mélodies dans lesquelles elle a excellé (avec un résultat final proche de celui de Goo et de Dirty). Exit donc, les expérimentations post-rock qui influençaient Bye bye 21st Century, album de réorchetrations de musique contemporaine, le départ de Jim O’Rourke a redonné au quatuor new-yorkais son son originel.
Chacun des morceaux de l’album est une démonstration du talent de Sonic Youth. Les guitares y saturent jusqu’aux Larsen, repoussant étrangement les limites de la dissonnance et de l’harmonie. Kim Gordon, sur Reena ou What a waste, comme à son habitude, pose sa voix sur des mélodies aussi simples musicalement qu’elles sont travaillées au niveau de la production. De son éternel ton mi-monocorde mi-détaché, elle ajoute une touche érotique vocale qui oscille entre la plus sophistiquée des séductions féminines et le vulgaire d’une lascivité absolue, dans une trouble ambiguïté proche de celle de Debbie Harry.
Do you believe in rapture ou Or constituent deux
incarnations du contraste propre au groupe. D’une voix de rocker
adolescent, Thurston Moore, pourtant quinquagénaire, y fredonne un air
de ballade, tandis qu’en arrière-plan se déchaînent des vrombissements
bruitistes de guitares si saturées qu’aucun autre musicien sur terre
n’oserait les régler ainsi. Mais Sonic Youth est à l’aise depuis des
années dans les dérapages sonores controlés.
Par la grâce d’une lente et mélodieuse ligne de basse et d’un habile
mixage, le groupe transforme l’addition du banal et du sublime en un
résultat probant, crée des mélodies en superposant le tintamarre aux
harmonies.
À ceux qui reprocheront, à juste titre, un manque de rage et de rébellion sur certains morceaux, à la manière d’un Goo dépouillé de son morceau titre ou d’un Dirty privé de Nick Fit, on ne peut rien objecter. Certes, le tunnel sonore qui introduit Pink Steam n’égale pas le paroxysme qui concluait The Diamond Sea et l’album Washing Machine. Mais si Rather Ripped n’est pas le meilleur Sonic Youth, le groupe n’est ni vieux, ni mort. Et c’est là l’essentiel, surtout si on le compare à la cohorte de ceux qui s’étaient auto-proclamés leurs héritiers et dont les derniers opus font bien pâle figure à côté d’une telle réussite.
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| Sonic Youth - Rather Ripped | |
Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.

























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