Le 05-01-2006
Initialement paru le 22 décembre 2005

a musique
électronique n’est pas forcément au mieux de sa forme. Une liste des
productions dignes d’intérêt parues en cette année 2005 est plus
éloquente qu’une étude sur les causes d’un tel malaise. La house music,
Matt Chicoine, connu sous le pseudonyme de Recloose, a toujours voulu s’adresser via ses productions soignées aux danseurs. Et son nouvel album est dans cette lignée si rare de nos jours d’une musique de danse hédoniste, intelligente et riches d’influences, en un mot de qualité. Carl Craig lui avait permis de sortir un premier album, Cardiology, sur son label Planet E. Le succès fut tel que la structure, assez peu habituée aux succès à forts tirages, dut signer un partenariat de distribution européenne avec les allemands de Studio !K7.
Hiatus on the horizon, son nouvel album, constitue une excellente tentative de réconciliation de la house music avec un public exigeant. Il se caractérise par la volonté de prouver que le style est tout sauf un simple avatar électronique d’une musique disco de bas étage ressuscitée et va pour cela s’axer autour d’un véritable éclectisme d’influences et un recours très fréquent aux instruments organiques. Le disque va donc proscrire toutes les recettes éculées du genre : notamment le sample/pillage des standards du passé pour privilégier le travail de nombreux instrumentistes invités.
C’est l’alternance des ambiances qui apporte un véritable plus à cet album : non seulement, on constate que Recloose a voulu une diversité de styles selon les morceaux mais il se permet aussi quelques évolutions stylistiques à l’intérieur de ceux-ci. L’intro jazzy au vibraphone de Makutu Man devient au fil du temps un morceau down-tempo rythmé par des cris de déments. Les rythmes syncopés, caractéristiques du broken beat de Time is on your side se muent en un R’n'B pêchu qui évoque, grâce au chant, le travail d’un Craig David. Why I Otta, construit pourtant de manière plus classique, devient un ovni à mesure que s’ajoutent des éléments innovants mais jamais incongrus : boucles vocales proches de la psalmodie arabe ou hindoue, synthétiseurs triturés jusqu’à avoir un rendu sonore semblable à celui d’un accordéon.
Still beyond me réussit la performance de mêler de nombreuses influences africaines sans pour autant tomber dans les clichés que la série Africanism n’avait pas su éviter : congas discrets, voix féminine, un son de guitare, le tout fait définitivement penser à Tony Allen. De même, Dust, habile mélange de la guitare d’un certain Mike Fabulous - au pseudonyme bien choisi - avec des saxophones ténors et barytons, évoque l’afrobeat cher à Fela Kuti, mieux que Femi Kuti, son propre fils, ne l’a jamais réussi.
Landed, morceau plus classique, constitue une prouesse de programmation. Sa rythmique est basée sur quatre temps marqués par le sample d’une voix travaillée et filtrée. Une telle idée amène le plus souvent des catastrophes auditives, répétitives et sans autre originalité que celle d’une mesure, mais Recloose fait de son morceau un exemple du genre. Il ne se contente pas, en effet, d’une telle trouvaille qu’il aurait étirée sur la durée du morceau. Par un dosage intelligent, une alternance avec des refrains chantés et des solos virtuoses, il effectue un véritable travail mélodique qui construit autre chose qu’un simple tube de dance-floor.
Cet album est finalement à l’image d’un de ses morceaux les plus réussis : Mana’s Bounce qui s’apparente plus dans la forme et les orchestrations au ska de Jamaïque qu’à la house music traditionnelle. Pourtant, à chaque fois, Recloose a su insuffler une petite touche personnelle, une toute petite dose d’électronique, parfois infime, qui fait de Hiatus on the Horizon un album de musique de danse moderne et de chaque morceau un recueil de petits trésors auditifs et de surprises.
Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.

























Commentaires