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Tant de temps - Jacno

Le 29-06-2006
Initialement paru le 15 juin 2006

Jacno fut un de ces rares hommes qui, au seuil des années 80, insufflèrent à Paris une véritable âme musicale qui laissera une empreinte sur la décennie à venir. De ses débuts tonitruants, on retiendra volontiers les Stinky Toys, groupe punk avec sa compagne d’alors, Elli Médeiros qui se permettra même de s’exporter dans Londres où régnaient les Sex Pistols et commençaient déjà à percer les Clash. Véritable icône décadente, l’homme va se créer une vraie famille de coeur avec qui il collaborera : Lio, bien sûr, lui offrant de formidables Amoureux Solitaires, Elli, toujours, pour collaborer avec le cinéaste Olivier Assayas, Etienne Daho à qui il offrira bien plus qu’un premier album.

Mélodiste pop prodigieux, il fut capable de composer Rectangle, véritable bijou de composition aux sonorités synthétiques, encore dans toutes les têtes par le hasard de l’illustration publicitaire des aventures animées d’un ours amateur de chocolat. Jacno s’était fait discret et rare. Pourtant, son retour s’imposait. Une certaine scène pop française, menée par Bertrand Burgalat et Philippe Katerine, s’inspire ouvertement de lui et génère l’éclosion d’un talent aussi évident que celui de Peter Von Poehl. De plus, ses compères de l’underground parisien des années 80 connaissent un retour en grâce. Daniel Darc revit en solo et son compagnon de route de Taxi Girl, Mirwaïs, s’est vu offert le privilège de régner sur le destin sonore du passage à l’an 2000 sans bug de Madonna. L’homme dont le nom est sur tous les paquets de Gauloises revient avec Tant de Temps, un album de retour aux sources pour le fondateur de la french pop.

Le sport, chansonnette amusante, est d’une actualité cynique à l’heure où les canaux télévisées saturent d’exploits de ballons ronds, de balles jaunes ou de petites reines et passent sous silence les corruptions, tricheries ou autres dopages. Avec une posture de dandy, il énumère les messages d’information des paquets de cigarettes en imputant tous les maux du tabac à cette pratique censée être saine. Mais c’est, comme toujours, dans la complexité de son personnage, que Jacno se révèle excellent. Dans des chansons d’amour, parfois atypiques, il donne toute la mesure de son talent, mariant avec virtuosité les mots et les sonorités tendres. T’es mon château, Baiser empoisonné, Les amants, les clients, Si je te quitte, Avec les yeux sont autant d’exemples de sa virtuosité à poser des mélodies légères et sensibles sur des paroles où il dévoile un tempérament de romantique écorché vif.

L’album se termine par deux intéressants morceaux. Mars Rendez-vous constitue plus qu’une balade romantique et se se résume plutôt à une variation musicale sur le thème du kama-soutra, chantée en allemand et en trio avec Stereo Total. Orchestrée avec un débauche d’instruments synthétiques, tous plus kitchissimes les uns que les autres, on retrouve dans ce morceau des airs de Jean-Jacques Perrey et le père de Rectangle y fait des clins d’oeil aux expérimentations électroniques du début des années 80, notamment l’African Reggae de Nina Hagen.

Mais c’est par le sublime Code 68 que Jacno conclut cet excellent album : merveille absolue d’orchestration pop-synthétique, cet instrumental démontre à quel point le génie n’a pâti du passage des ans. La perfection d’un tel morceau, tant dans l’équilibre des arrangements que dans le choix des sonorités électroniques ou la composition, a de quoi faire pâlir tous ceux qui, de près ou de loin, se sont, à un moment, inspiré des travaux du dandy pop-punk. Conclusion musicale parfaite et intemporelle d’un album de très haute tenue, Code 68 constitue le temps fort d’un album de très grande valeur qui ne possède aucun défaut. Fidèle à l’esprit de la French Pop des années 80, actuel sans pour autant chercher à tout prix à être à la mode, Tant de temps porte bien son nom : il puise ses influences dans le glorieux passé de son auteur, semble le fruit de longues heures de travail tant il a de qualités et saura ravir ses auditeurs pour de très longues années.


Tant de temps - Jacno


Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.


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