Le 14-01-2007
Tezuka, impair et passe
Osamu Tezuka, pour ceux qui l'ignoreraient, est l'homme qui a fait basculer le manga dans la modernité. Inventeur et dessinateur de mythes, il est le père d'une galerie de personnages très célèbres : Astroboy, Black Jack, dont la renommée au pays du soleil levant n'a rien à envier à celle de Tintin dans nos contrées européennes. L'immensité et la diversité de sa production graphique inciteront pourtant plus aisément à une comparaison avec Walt Disney : l'homme fut aussi directeur de studios d'animations et d'éditions qui imposèrent ses univers sur les écrans (petits et grands) avec une réussite inégalée.
Pour apprécier le génie de Tezuka, nul n'est besoin de citer Kimba the white lion, honteusement plagié séquence après séquence pour accoucher du Roi Lion, il suffit de découvrir sa mise en images de la quatrième symphonie de Tchaikovsky dans La légende de la forêt et d'admirer le travail réalisé sur le premier mouvement pour comprendre à quel point on a affaire à un artiste visionnaire, qui maîtrise tous les codes de la narration graphique : création d'un univers cohérent, réalisation d'histoires hautement intelligentes et dépourvues de manichéisme bétifiant, génie de l'image et du découpage, faculté à créer des personnages aussi attachant que complexes.
Pour apprécier le génie de Tezuka, nul n'est besoin de citer Kimba the white lion, honteusement plagié séquence après séquence pour accoucher du Roi Lion, il suffit de découvrir sa mise en images de la quatrième symphonie de Tchaikovsky dans La légende de la forêt et d'admirer le travail réalisé sur le premier mouvement pour comprendre à quel point on a affaire à un artiste visionnaire, qui maîtrise tous les codes de la narration graphique : création d'un univers cohérent, réalisation d'histoires hautement intelligentes et dépourvues de manichéisme bétifiant, génie de l'image et du découpage, faculté à créer des personnages aussi attachant que complexes.
Tout en haut du panthéon de légendes créés par Tezuka trône Black Jack, personnage de médecin qui fait écho à la profession qu'aurait exercé son auteur s'il n'avait eu le don du dessin. Humaniste néanmoins sans scrupules, Blackjack est un médecin "marron", virtuose non diplômé, qui exerce dans l'illégalité la plus totale pour d'énormes sommes d'argent. Complexe, le docteur l'est vraiment : tel un mercenaire de la médecine, il opère avec une sorte de code d'honneur qui place au premier plan la vie du patient et qui rachète d'un point de vue moral son amour sans borne de l'argent. Black Jack est un des personnages les plus intéressants des arts graphiques : sous des aspects aussi froids que son scalpel, on lui devine un coeur d'or, comme l'atteste à ses côtés la présence de la petite fille qu'il élève et dont il s'est entiché : Pinoko.
L'adaptation animée de Blackjack ne pouvait donc provoquer en moi que d'énormes attentes tant il est le personnage qui incarne le mieux la complexité et le talent de Tezuka. Hélas, le travail réalisé par Osamu Dezaki fait de ce film un fiasco qui n'a rien à voir avec l'excellence du maître du manga moderne.
En premier lieu, les dessins de cet anime sont d'une pauvreté graphique sans nom, pâle copie d'un univers assez proche de celui des aventures d'Albator, ils n'ont ni la clarté ni la naïveté du trait du maître (on retrouvera juste en forme de clin d'oeil, un ou deux personnages extrémement secondaires dont les traits du visage ont la patte originelle de Tezuka qui adorait caricaturer ses amis). L'animation, bien que de bonne tenue, n'a pas non plus les exceptionnelles qualités qu'ont les productions du studio Ghibli par exemple.
Les personnages, même s'ils ne sont pas manichéens (notamment le personnage de Joe Caroll qu'une douloureuse destinée et l'impérieuse nécessité de l'excellence a poussé aux pires exactions) sont fades et ternes. Pinoko, le contrepoint enfantin et naïf de Black Jack, n'est considéré que comme un personnage secondaire alors qu'il est dans les récits graphiques de Tezuka beaucoup plus que cela : tour à tour contrepoint humoristique à la gravité du chirurgien, acolyte et assistant du médecin ou moteur de l'action. Car le vrai défaut de ce Black Jack de 1996 réside dans son scénario : les thématiques sont ancrées dans les problèmes de l'actualité : l'avénement d'une nouvelle forme de traitement médical, formidable dopant sportif entre autres, créant des "surhommes" mais dont les effets secondaires sont meurtriers. Mais le traitement final très naïf est particulièrement déroutant (sans dévoiler le final, disons simplement qu'il s'inspire d'une très grande saga de science-fiction).
L'oeuvre animée de Tezuka souffre peut-être de lacunes en comparaison de la production actuelle nippone (notamment au niveau technique, on comparera avec le studio Ghibli) mais elle conserve néanmoins un charme et une naïveté dont cette relecture posture est totalement dépourvue. Certes, le personnage de Blackjack est extrémement délicat à adapter du papier à l'anime mais l'échec est quand même flagrant : peut-être le format même du long métrage classique ne convient-il pas aux aventures du médecin le plus humain de la bande-dessinée et seraient-elles mieux adaptées dans un format plus court et décliné sous la forme d'une série. Mais cette oeuvre décevra forcément les fanatiques de Tezuka qui ne verront dans le travail de Dezaki qu'une variation pas forcément réussie sur le thème imposé par le personnage de Blackjack.
En premier lieu, les dessins de cet anime sont d'une pauvreté graphique sans nom, pâle copie d'un univers assez proche de celui des aventures d'Albator, ils n'ont ni la clarté ni la naïveté du trait du maître (on retrouvera juste en forme de clin d'oeil, un ou deux personnages extrémement secondaires dont les traits du visage ont la patte originelle de Tezuka qui adorait caricaturer ses amis). L'animation, bien que de bonne tenue, n'a pas non plus les exceptionnelles qualités qu'ont les productions du studio Ghibli par exemple.
Les personnages, même s'ils ne sont pas manichéens (notamment le personnage de Joe Caroll qu'une douloureuse destinée et l'impérieuse nécessité de l'excellence a poussé aux pires exactions) sont fades et ternes. Pinoko, le contrepoint enfantin et naïf de Black Jack, n'est considéré que comme un personnage secondaire alors qu'il est dans les récits graphiques de Tezuka beaucoup plus que cela : tour à tour contrepoint humoristique à la gravité du chirurgien, acolyte et assistant du médecin ou moteur de l'action. Car le vrai défaut de ce Black Jack de 1996 réside dans son scénario : les thématiques sont ancrées dans les problèmes de l'actualité : l'avénement d'une nouvelle forme de traitement médical, formidable dopant sportif entre autres, créant des "surhommes" mais dont les effets secondaires sont meurtriers. Mais le traitement final très naïf est particulièrement déroutant (sans dévoiler le final, disons simplement qu'il s'inspire d'une très grande saga de science-fiction).
L'oeuvre animée de Tezuka souffre peut-être de lacunes en comparaison de la production actuelle nippone (notamment au niveau technique, on comparera avec le studio Ghibli) mais elle conserve néanmoins un charme et une naïveté dont cette relecture posture est totalement dépourvue. Certes, le personnage de Blackjack est extrémement délicat à adapter du papier à l'anime mais l'échec est quand même flagrant : peut-être le format même du long métrage classique ne convient-il pas aux aventures du médecin le plus humain de la bande-dessinée et seraient-elles mieux adaptées dans un format plus court et décliné sous la forme d'une série. Mais cette oeuvre décevra forcément les fanatiques de Tezuka qui ne verront dans le travail de Dezaki qu'une variation pas forcément réussie sur le thème imposé par le personnage de Blackjack.

























Commentaires
J'aime bien Blackjack (sans être un grand spécialiste des manga, c'est un des rares que je lis, pour pratiquer mes kanjis), mais je ne trouve pas que le trait ne soit particulièrement fin. C'est même la plupart du temps un mélange de traits simplistes (pour les personnages principaux) et de traits vraiment grotesques (pour les autres)... Pour être honnête, je dirais que les thèmes et les histoires m'attirent plus que le dessin, pour lequel je n'ai pas un goût sans borne.
Pour l'adaptation, j'avoue que j'imagine difficilement comment il serait possible de rendre fidèlement le trait original dans une animation... Et même dans ce cas, je suspecte que le résultat ne serait pas très convaincant pour un public moderne.
Sinon, Tezuka a aussi dessiné deux épiques un peu plus courts (en quelques volumes chacun): l'un sur la vie de Bouddha, et un autre mettant en scène l'Allemagne Hitlérienne (je crois que le titre est "Adolphe")... Tous les deux particulièrement étranges et abordant leur thème d'une manière inattendue qui valent la peine d'être lus pour essayer de comprendre un peu mieux ce qui le préoccupait...
Dave - 14.01.07 à 12:25 - # -
← Re:
Le trait de Tezuka est très particulier comme tu le décris si bien : j'adore ce mélange de grotesque et de simpliste que je trouve très original (mais je ne suis certainement pas expert en BD). L'aspect simpliste me fait un peu penser à une "ligne claire" à la japonaise.
Pour être exact, c'est "L'histoire des Trois Adolphe" que tu cites et "La vie de Bouddha" (Je conseillerais aux fanatiques de vie religieuse en manga, l'excellent Ikkyu de Sakaguchi qui raconte la vie d'un moine)
labosonic - 14.01.07 à 12:54 - # -
Lien croisé
Les blogueurs donnent leur avis pour vous ... : "a production graphique inciteront pourtant plus aisément à une comparaison avec Walt Disney : l'homme fut aussi directeur de studios d'animations et d'éditions qui imposèrent ses univers sur les écrans (petits et grands) avec une réussite inégalée (...) Lire la suite de la chronique de Labosonic."
Anonyme - 14.01.07 à 14:55 - # -
Arf. Je n'ai (toujours) pas vu ce fameux long-métrage, mais par contre je connais la série d'OAV réalisées par DEZAKI un peu avant. En fait, ce fut mon premier contact avec le personnage (ces OAV étaient sorties en VHS au milieu des 90's, et sont disponibles depuis peu en DVD), et j'avais beaucoup aimé. De ce fait, j'ai été un peu décontenancé par la différence de traitement (graphique et narratif) quand j'ai découvert le manga de TEZUKA. C'est vrai que les deux approches sont radicalement différentes, et qu'on ne retrouve pas le charme du manga dans l'adaptation de DEZAKI. Le style DEZAKI / SUGINO peut déplaire ("arrêts sur images", character design un peu daté...), mais je suis fan de leurs productions (Cat's Eye, Cobra, Remi sans famille pour les séries les plus connues). Récemment, il y a eu deux nouvelles adaptations animées de BlackJack, toutes chapeautées par Tezuka Prod., au graphisme beaucoup plus fidèle : une adaptant des chapitres du manga, et l'autre, BlackJack 21, proposant des histoires inédites, mais toujours avec le souci de respecter la vision initiale du personnage.
Lewis - 14.01.07 à 19:41 - # -
Tiens, pour le roi lion je ne savais pas. Ce n'est pas franchement une surprise. Les studios Disneys auraient au moins pu avoir la décence de reconnaître la référence.
gilda - 17.01.07 à 09:26 - # -
Oui, La légende de la forêt, c'est vraiment magnifique... A l'époque, c'était un peu le chaînon manquant entre Eisenstein et le Disney (justement...) de Fantasia.
Par contre, je ne connais pas ce Black Jack mais ton article donne envie d'y regarder de plus près..
Ska - 20.01.07 à 15:24 - # -