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Present Music #016 : The Dangermen Sessions vol.1 - Madness

Le 28-01-2008
Première publication le 18 août 2005

Un disque qui n'est que plaisant, sans plus, et ne restera pas dans les mémoires ; mon article, non plus à mon avis. C'est un peu le souci des albums qui ne m'inspirent pas grand-chose. A part disséquer quelques ficelles utilisées pour réussir le disque et expliquer ce qui aurait arriver s'il avait été raté, je n'ai rien à dire sur ce qui ne me touche pas (ni en bien, ni en mal).

The Dangermen Sessions vol.1 - Madness

Pour beaucoup de gens, le ska est un genre musical dérivé du reggae dont Madness est l’inventeur. C’est beaucoup plus complexe que cela en réalité, mais qu’importe, c’est ce genre de raccourcis dans l’histoire de la musique qui posent les légendes. Madness est devenu synonyme de ska dans des milliers d’oreilles et dans celles-ci retentissent encore des titres comme Our House, Baggy Trousers ou One Step Beyond : un croisement festif entre le reggae et une fanfare funk blanche.

The Dangermen Sessions Part One est le symbole pour Madness d’un retour sous les feux de la rampe : on les avait perdus en pleine gloire, il y a une vingtaine d’années et depuis, pas grand chose. Leur dernier album datait d’il y a six ans et personne n’avait voulu l’écouter, hormis quelques irréductibles fans anglais nostalgiques. Mais les revoilà avec un album de reprises.
Ce genre de tentatives de retour fait toujours craindre le pire, et même pour Madness le spectre du péril d’un album raté ne pouvait s’éloigner : allaient-ils livrer un album copiant leurs meilleurs moments mais définitivement marqué du sceau du passé, ou au contraire une tentative d’innovation, à tout prix moderniste, qui leur ferait perdre leur âme?
L’enjeu semble d’autant plus crucial à la lecture de la liste des titres qui composent l’album. Elle mélange allègrement les classiques du reggae (I chase the Devil aka Ironshirt ou Dangerman aka Highwire) et les titres de variété populaire (Shame and Scandal ou You keep me hangin’ on).

Au-delà des préjugés et dès la première écoute, l’album est plus que séduisant, à l’image du Girl, why don’t you? qui ouvre l’album après une intro quelque peu anecdotique. La section de cuivre si caractéristique de Madness est là, secondée par des rythmiques plus reggae que celles qui restaient dans notre mémoire. L’ajout des synthés les moins discrets du monde donne à l’ensemble une cohérence assez surprenante mais très plaisante au demeurant.

Le synthétiseur n’est pas l’àme du reggae, loin de là : c’est la section rythmique (basse plus batterie) qui marque immédiatement le style de cette musique. Mais les claviers constituent le petit plus sonore qui donne à l’ensemble sa touche finale, un peu comme la sempiternelle cerise sur le gâteau. Et Madness a choisi un son de synthé complètement déroutant, qui paraît sorti tout droit d’instruments rudimentaires du style Bontempi.
Et c’est ce son délibérément démodé qui donne à ces Dangermen Sessions toute leur originalité. Avec une telle sonorité, tous les écueils sont évités : celui de la parodie de reggae faîte par des blancs - on a tous encore dans les oreilles les désastreuses productions de UB40 - et celui du dub planant qui fait systématiquement s’endormir sur le joint.
Cette trouvaille sonore, alliée à l’expérience des cuivres que possède Madness, permet au groupe toutes les audaces dans ses reprises ska de morceaux de reggae, comme s’attaquer à des légendes du reggae comme Max Roméo (Ironshirt), Desmond Dekker (The Israelitis) ou Bob Marley (So much Trouble) sans tomber dans le piège du musicien complexé de ne pas être né à Kingston, Jamaïque. La reprise du John Jones de Rudy Mills en est peut être la meilleure illustration.

Quant aux reprises pop, Madness s’en sort aussi par une pirouette : You keep me hangin’ on est un petit chef-d’œuvre. Il est plus inspiré de la reprise des années 80 de Kim Wilde que de la version originale de Diana Ross et les Supremes. Grâce à cela, Madness peut se sentir libre de s’attaquer à une reprise fortement inattendue : celle du beaucoup plus rock Lola des Kinks, probablement le meilleur morceau de l’album.

The Dangermen Sessions est un joyeux bordel, un mélange dans son contenu musical et dans ses arrangements de pop et de reggae. C’est cela, finalement, que l’on appelle le ska, et quand il est joué avec une virtuosité qui permet d’éviter le mauvais goût et donne envie de faire la fête, c’est un vrai plaisir. C’est donc un album plaisant, un de ceux qui, sans pour autant être incontournables, constitueront une bande son plus qu’agréable pour votre été, voire même pour votre automne. Il nous laisse cependant un peu frustrés, partagés entre le désir de réentendre Madness avec de nouvelles chansons, et celui de découvrir très vite un Volume 2 à ces sessions.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.

 


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