Le 26-05-2006
Initialement paru le 4 mai 2006
La sortie en 2002 d’Original Pirate Materials, le premier album de The Streets, avait ouvert une nouvelle perspective musicale. Les temps étaient alors durs pour le hip-hop made in UK, chaque nouvel album de Massive Attack confirmait un peu plus leur glissement vers la variété et la déchéance. Beaucoup commençaient sérieusement à se demander, si sur le continent européen, on pouvait faire de la musique urbaine qui ne soit pas ni énième variation sur le thème de la mélancolie de la fin du millénaire, ni la simple singerie des courants du rap américain.
Original Pirate Materials avait réussi l’exploit de faire sortir le rap du vieux continent de l’impasse. Il mélangeait toutes les grandes tendances de la musique moderne : le phrasé hip-hop s’y mélangeait avec des rythmiques électroniques plus lourdes que de coutume et l’énergie du chant s’inspirait ouvertement du rock, domaine où les britanniques excellent depuis toujours. Leur deuxième album A grand don’t come for free réitérait la formule avec moins de virtuosité et moins de succès. Avec leur troisième album, The hardest way to make an easy living, The Streets sont dans l’obligation de confirmer qu’ils peuvent porter sur leurs seules épaules l’avenir du hip-hop européen. L’enjeu, de taille, est-il réellement à la hauteur de leur dernière production ?
Two Nations, à défaut d’apporter une réponse définitive à cette question, démontre que The Streets ont résolument pris le parti de faire du hip-hop à l’anglaise. Dans cette chanson, ils évoquent l’autre grande nation musicale qui partage leur langue et énumèrent leurs influences : John Lennon, Johnny Cash, Clash ou Stevie Wonder. Mais l’écoute attentive d’un tel morceau, mise en perspective avec le reste de l’album, va au-delà du simple hommage et prend de véritables allures de manifeste.
Des musiciens cités dans ce morceau lent, on retiendra plus volontiers les maîtres de la pop, du rock ou de la country que les parrains de la soul music. The Streets prouvent ainsi qu’il est possible de composer du hip-hop en évitant de sampler les trésors du passé. D’ailleurs, en écoutant les compositions de leur album, impossible de discerner un son déjà entendu. À l’inverse d’Eminem dont la majorité de la discographie tient musicalement dans trente secondes d’un morceau de Labi Siffre, chacun de leurs morceaux est travaillé. Du mariage énergique de violons et de boîte à rythmes sur Prankin out au refrain siffloté sur The Hardest way to make an easy living, The Streets élaborent une multitude d’ambiances différentes sans jamais perdre leur son caractéristique et si aisément identifiable, y compris sur des titres à base de guitares rocks (Hotel expressionism) ou de mélodies pop au piano (All goes out the window ou Never went to church).
Leurs textes, remplis d’humour, mettent à mal l’archétype du rappeur yankee, paré de chaînes en or avec un top model dénudé à chaque bras. War of sexes et When you wasn’t famous le tournent gentiment en ridicule, l’un attribuant ses conquêtes féminines à une éphémère célébrité et l’autre plaidant pour l’égalité des sexes. Toujours intelligents dans l’écriture de leurs paroles, The Streets prennent un malin plaisir à les débiter d’un accent british, quasi oxfordien. Au-delà de l’attachement à leurs racines, ils apportent une musicalité inédite au hip-hop, jouant avec toute la palette de l’accent tonique pour faire paraître chantés des textes simplement déclamés.
Indiscutablement, The Streets avec The hardest way to make an easy living se sont appliqués sur tous les plans : composition musicale originale, paroles intelligentes et phrasé impeccable. Le résultat global est impressionnant et cet album, probablement leur meilleur, risque fort de donner des leçons à beaucoup de rappeurs à court d’imagination de part le monde. Mais, comparé à Original Pirate Materials, il manque peut-être d’un ou deux titres « forts », aisément identifiables comme étant des tubes et capables de lui assurer une grande destinée commerciale et un vaste public. Ne vous fiez surtout pas à cette absence et précipitez-vous sur ce qui risque fort d’être l’un des meilleurs disques de l’année.
Original Pirate Materials avait réussi l’exploit de faire sortir le rap du vieux continent de l’impasse. Il mélangeait toutes les grandes tendances de la musique moderne : le phrasé hip-hop s’y mélangeait avec des rythmiques électroniques plus lourdes que de coutume et l’énergie du chant s’inspirait ouvertement du rock, domaine où les britanniques excellent depuis toujours. Leur deuxième album A grand don’t come for free réitérait la formule avec moins de virtuosité et moins de succès. Avec leur troisième album, The hardest way to make an easy living, The Streets sont dans l’obligation de confirmer qu’ils peuvent porter sur leurs seules épaules l’avenir du hip-hop européen. L’enjeu, de taille, est-il réellement à la hauteur de leur dernière production ?
Two Nations, à défaut d’apporter une réponse définitive à cette question, démontre que The Streets ont résolument pris le parti de faire du hip-hop à l’anglaise. Dans cette chanson, ils évoquent l’autre grande nation musicale qui partage leur langue et énumèrent leurs influences : John Lennon, Johnny Cash, Clash ou Stevie Wonder. Mais l’écoute attentive d’un tel morceau, mise en perspective avec le reste de l’album, va au-delà du simple hommage et prend de véritables allures de manifeste.
Des musiciens cités dans ce morceau lent, on retiendra plus volontiers les maîtres de la pop, du rock ou de la country que les parrains de la soul music. The Streets prouvent ainsi qu’il est possible de composer du hip-hop en évitant de sampler les trésors du passé. D’ailleurs, en écoutant les compositions de leur album, impossible de discerner un son déjà entendu. À l’inverse d’Eminem dont la majorité de la discographie tient musicalement dans trente secondes d’un morceau de Labi Siffre, chacun de leurs morceaux est travaillé. Du mariage énergique de violons et de boîte à rythmes sur Prankin out au refrain siffloté sur The Hardest way to make an easy living, The Streets élaborent une multitude d’ambiances différentes sans jamais perdre leur son caractéristique et si aisément identifiable, y compris sur des titres à base de guitares rocks (Hotel expressionism) ou de mélodies pop au piano (All goes out the window ou Never went to church).
Leurs textes, remplis d’humour, mettent à mal l’archétype du rappeur yankee, paré de chaînes en or avec un top model dénudé à chaque bras. War of sexes et When you wasn’t famous le tournent gentiment en ridicule, l’un attribuant ses conquêtes féminines à une éphémère célébrité et l’autre plaidant pour l’égalité des sexes. Toujours intelligents dans l’écriture de leurs paroles, The Streets prennent un malin plaisir à les débiter d’un accent british, quasi oxfordien. Au-delà de l’attachement à leurs racines, ils apportent une musicalité inédite au hip-hop, jouant avec toute la palette de l’accent tonique pour faire paraître chantés des textes simplement déclamés.
Indiscutablement, The Streets avec The hardest way to make an easy living se sont appliqués sur tous les plans : composition musicale originale, paroles intelligentes et phrasé impeccable. Le résultat global est impressionnant et cet album, probablement leur meilleur, risque fort de donner des leçons à beaucoup de rappeurs à court d’imagination de part le monde. Mais, comparé à Original Pirate Materials, il manque peut-être d’un ou deux titres « forts », aisément identifiables comme étant des tubes et capables de lui assurer une grande destinée commerciale et un vaste public. Ne vous fiez surtout pas à cette absence et précipitez-vous sur ce qui risque fort d’être l’un des meilleurs disques de l’année.
Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.
























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