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Trainspotting

Le 03-10-2007
Billet en sablier (2)

Je continue à défaut d'avoir une énorme envie (et une énorme disponibilité) d'alimenter ce blog à jouer à quelques jeux propres à la blogosphère. Voici donc mon premier Billet en sablier de cette session organisée par Kozlika et Samantdi (Websorcières siamoises). Le principe est toujours le même : la cyber-sorcière prend le début d'un début billet sur le web chez un blogueur qui l'a gentiment autorisé et chacun imagine ce que pourrait en être la fin.
J'ai très longtemps habité près d'un pont SNCF, tout au nord de Paris. Un pont très noir, qui tremblait au passage des trains de marchandises, un pont que j'aimais. Comment pouvait-on aimer un tel amas de ferraille, lui trouver un quelconque charme ? Sans aucun doute, je devais être le seul dans ce cas. Assurément, mon amour des musiques répétitives n'y était pas totalement étranger. La rythmique singulière du passage des wagons sur les rails envahissait mon logis et m'aidait même à trouver le sommeil, contrecarrant ainsi tous les plans des agents immobiliers qui, chagrinés de ce détail, avait tant de mal à caser cet appartement sans une importante ristourne.

C'était la mention "Proximité transports en commun" qui m'avait d'ailleurs décidé à choisir cette annonce-là dans le journal. Il ne fallait pas se laisser berner, certes et lire entre lignes : voir l'inconvénient supposé et non l'avantage souligné. Une telle précision signifiait forcément qu'on y entendait le plus grand trafic ferroviaire de la banlieue nord et non la commodité d'être à deux pas d'une ligne de métro.

Ce pont remplaça ma chaîne Haute-Fidélité des mois durant tant il était fascinant au niveau sonore. Saviez qu'un rail standard SNCF mesure exactement 18 mètres ? A pleine vitesse, un train de banlieue bondé de travailleurs y avait l'exacte pulsation de 106 battements par minutes, soit la rythmique d'un morceau de techno standard plutôt calme. La déccélération du train à grande vitesse de 20h37, quant à elle produisait un véritable afollement de percussions, digne du break des plus beaux joyaux de la house-music, cet instant magique où le pied hypnotique prend définitivement l'avantage sur les lignes de basse et meuble seul le silence de s apulsation pendant des secondes qui paraissent une éternité, juste avant que la mélodie ne revienne et emporte le morceau vers sa conclusion. Les wagons de marchandises, la plupart du temps cahotants, avaient eux, la particularité de reproduire exactement la partition d'un honnête batteur rock : la diversité de leurs contenus, masses et tailles simulait à merveille, le jeu des baguette sur les différents fûts et cymbales, la vieille mécanique usée les propulsant assurant même le son des balais sur  une peau bien tendue.

Le son, quant à lui, changeait selon la densité de la circulation automobile au-dessous : sourd en cas d'embouteillage, il devenait plus clair, presque sec, en soirée, quand la ville et la route étaient désertes. Le train de nuit de 23h24 m'évoquait ainsi systématiquement les sonorités de Kraftwerk et ses échos étaient si proches de Metal on Metal que, plus d'une fois, les écoutant en rêvassant, je m'étonnai de ne pas assister à l'irruption des parties jouées au clavier. Ma vie n'était certainement pas la partition de la mélodie du bonheur, la ville n'est pour personne un joyeux refrain mais son rythme est la pulsation musicale qui fait battre nos coeurs à l'unisson

Un peu de culture en complément de ce billet, sur le terme anglo-saxon, Trainspotting qui désignait, à l'origine, les obsédés du rail qui reconnaissaient chaque train d'un simple coup d'oreille. En fonction de l'heure de la journée, ils pouvaient au premier bruit de locomotive entendu en déterminer la provenance et la destination. dans le jargon de la club-culture, le mot sert à décrire les auditeurs qui passent la soirée, le regard rivé sur la cabine du Disc Jockey, à déchiffrer le nom des disques qui tournent sur la platine. Il a été popularisé le roman du même nom d'Irvine Welsh, formidable auteur dont je ne saurais, par ailleurs, que trop recommander la lecture d'Une ordure (Filth)  pour qui lis couramment l'écossais transcrit en phonétique. Pourtant ni le livre, ni le film adapté de celui-ci, ne possèdent de personnage de "trainspotter".


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3 Commentaires


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Commentaires

Je m'étais brièvement demandée à la sortie du film pourquoi il s'appelait comme ça. A présent je sais (ou plutôt : je sais qu'on ne sait pas).

gilda - 03.10.07 à 17:23 - # -

← Re:

Tout comme Gilda... merci de me l'apprendre :-)

samantdi - 03.10.07 à 20:57 - # -

Je n'ai pas la chance d'habiter suffisamment près des voies

Après lecture de ce billet, on aurait presque envie d'habiter sous les pont des chemins de fer. :-D
Dommage, j'habite sous les couloirs aériens de Roissy et du Bourget... :-( Quoique, quand j'étais petite, mon grand-père, mécanicien d'aviation, reconnaissait l'avion qui passait au dessus de nous par le bruit que faisait son moteur. Aujourd'hui retraité, il ne reconnaît pas les derniers modèles.

Titi - 06.10.07 à 18:26 - # -

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