Le 07-04-2005
Archive du 7 Avril 2005
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'ai récemment écrit un article intitulé La vie n'est pas une course cycliste, qui pourrait laisser présumer que je considère une course cycliste comme une chose éminemment simple et la vie comme un truc compliqué. |
Or, c'est tout le contraire. Je pourrais vous renvoyer à ce petit texte extrait de Mythologies de Roland Barthes, ou aux mots d'Antoine Blondin, qui disait d'ailleurs à juste titre en 1968 :
Le champion, élément fabuleux dans le paysage moderne, est un héros qui ne parvient pas à devenir un personnage.
Ce temps est hélas révolu. Les champions du football ,quand ils agissent contre le racisme, ostracisent leur pairs noirs qui ne font pas partie de la même "écurie", constituée par leur équipementier. Les dieux du stade ont la chair à l'arrière goût de nandrolone pour pouvoir vanter les mérites de chaussures sous le paradoxal slogan Sana In Corpore Sano. Quant aux rugbymen, ils montrent à quel point les valeurs de l'ovalie se réduisent aujourd'hui à piétiner leurs adversaires et montrer leur bite dans des calendriers.
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Un cycliste n'est pas encore ça, pas un archétype de la réussite sociale par le sport, pas un modèle de réussite, pas un exemple vivant du sport-business, à part peut-être Lance Armstrong. Franchement, et avec tout le respect que j'ai pour le champion à gauche de ce texte, vous pensez que Laurent Brochard avec une telle coiffure soit conseillé en communication ?
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Et malgré tout ça, on aime le vélo, parce que la vie n'est pas une course cycliste et qu'une course cycliste est mieux que la vie. Un peloton lancé à vive fonde en trois tours de roues une micro-société avec ses rapports dominant-dominés, ses leaders, ses fidèles coéquipiers. Chaque Tour est une croisade, épique avec ses drames et ses conflits, l'accomplissement d'une multitude d'exploits individuels inscrits dans une solidarité sans faille. Une équipe cycliste porte son leader aux nues et aux sommets, demandant à chacun un sacrifice qui pour porter de l'eau, qui pour offrir une roue à sucer. |
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Et
pourtant quand tous les petits, les sans-grades du pédaliers perdent
pied, dans les lacets du dernier col, ou à la faveur d'une bordure, ils
joignent leurs efforts, dans une solidarité sans faille et sans l'ombre
d'un remords ou d'un conflit, leur adversaire d'il y a un instant pour
finir dans les temps.
A
l'organisation sociale codifiée, s'ajoutent des drames - l'agonie de
Tom Simpson dans la fournaise lunaire et pentue du Ventoux, des joies
euphorisantes - tête dans le guidon ou debout sur les pédales - , des
fins tragiques - la triste déchéance d'un Pantani - et des mythes
éternels.
L'histoire cycliste se gargarise d'une galerie de portraits qu'aucun romancier ne pourrait imaginer : un champion cannibale (Eddy Merckx), un vainqueur généreux mais autoritaire (Bernard Hinault), un looser éternel mais sympa (Raymond Poulidor). Les légendes se créent dans des antagonismes au delà des limites sportives (Fausto Coppi, héron grimpant et décadent contre le pieux Gino Bartali, dont les rayons des roues s'encombrent malgré lui des bottes du Duce).
Ok, les cyclistes sont peut-être chargés comme des mules. D'accord, un cycliste a toujours l'air idiot quand il répond à une interview, mais qui ne le serait pas quand on lui demande 30 secondes après 5 heures d'effort intense de faire un thèse de doctorat sur la psychologie du peloton ? C'est vrai que les coureurs cyclistes ont un bronzage ridicule et la manie de s'épiler les jambes. Ils sont aussi suffisamment stupides pour faire avec leurs mollets et à la vitesse d'une très bonne mobylette ce que les commissaires de course font le cul vissé dans leur voiture.Pour tout ça, une course cycliste est, demeure et restera toujours mieux que la vie.
Malgré les piqures clandestines, les mensonges répétés, les tragédies et les critériums aux dés pipés qui nous font tant réver cependant.
Obligatoire.
![]() | Il les laisse quelquefois gagner pour ne pas trop les écoeurer ... Le site des Wampas |
| Jalabert / Les Wampas / Chicoutimi / 1998 | |




























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