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We shall overcome - Bruce Sprinsgteen

Le 09-06-2006
Initialement paru le 11 mai 2006

De Bruce Springsteen, on ne retient très souvent qu’un surnom : « Le boss ». Pour tout dire, en écoutant Born in the USA, son plus grand succès, archétype d’une certaine forme de rock FM putassier qui a empoisonné les années 80, on pourrait bien se demander pourquoi. Et seule une rétroplongée dans son imposante discographie permet de comprendre l’oeuvre. On comprend alors le caractère ironique du titre, la relation d’amour-haine qu’il entretient envers son pays, contrée natale du rock’n'roll et patrie chérie d’un Georges Bush qu’il déteste (au point de faire de ses derniers albums de violents pamphlets politiques). Continuant sa longue relation passionnelle et complexe avec sa terre natale, Bruce Springsteen revient avec un album de chansons du répertoire traditionnel, composées par Pete Seeger et intitulé : We Shall overcome, The Seeger sessions. Avec un tel hommage, le boss tourne une nouvelle page de sa très longue histoire musicale : réalise-t-il, comme à son habitude, un nouveau virage gagnant ?

Pour ces Seeger Sessions, Bruce Springsteen a pris le parti de mettre en avant la spontanéité : We shall overcome a été enregistré rapidement. L’album ressemble à l’enregistrement hors du temps de cowboys musiciens à l’époque du Far-West, à mi-chemin entre la country music et la musique folklorique.

On imagine parfaitement le boss, chantant Jesse James ou Old Man Tucker avec quelques amis, harassé après sa dure journée de chercheur d’or. De retour au saloon, une chope de bière à la main, il se casse la voix sur le répertoire que tous ses amis pionniers connaissent sur le bout des doigts. L’un a sorti son violon, l’autre son accordéon, un troisième son banjo et tous improvisent en toute camaderie. Malheureusement, l’homme n’est pas cowboy mais bel et bien musicien. Quelques petits détails nous le rappellent constamment et nombre de ses morceaux semblent un peu trop travaillés. O Mary don’t you weep, par exemple, n’est qu’un demi-succès alors que Springsteen y réalise une magnifique performance vocale. Mais une accumulation de petits détails musicaux ternit la force du morceau. La volonté d’y incorporer absolument des soli est hélas pesante : le piano, le violon, les cuivres par deux fois, chacun y va de sa petite performance personnelle. Ajoutez à cela quelques choeurs gospel inopportuns et vous aurez un morceau de deux minutes trop long, perdant ainsi toute son efficacité. Mrs Mc Grath, poignante complainte que Springsteen chante d’une voix de cowboy éraillée, perd toute sa force émotionnelle par la faute de quelques pompeux déluges de violons qui l’accompagnent sur les refrains alors que les couplets ne sont accompagnés que d’une guitare discrète tellement plus adaptée.

Ces quelques détails ternissent d’autant plus l’intégralité de l’album que les meilleurs morceaux en sont exempts : Old Man Tucker ou Eyes on the prize s’affranchissent de cette débauche d’instruments et se révèlent être de véritables réussites. We shall overcome, qui reprend tout en sobriété l’idée des choeurs aux accents de gospel, est un des morceaux les plus poignants de l’album. Mais trop souvent, la volonté de bien faire de Springsteen reprend le dessus : des cuivres trop présents dans la partition ou au mixage, ou un solo d’harmonica qui s’éternise et tout le morceau perd sa magie, souffrant d’un timing inadapté.

Cet album ravira bien entendu tous les fans du boss qui trouveront à son écoute un nouvel angle d’approche de la relation complexe et passionnée qu’il entretient avec sa terre natale. Les autres seront probablement plus réservés. Certes, ils trouveront dans la voix de Springsteen un formidable interprète s’appropriant des chansons du répertoire traditionnel sans les dénaturer, mais seront un peu déçus par des orchestrations qui auraient probablement gagné en sobriété à être plus intimistes pour donner un cachet définitivement authentique à cet album.


Bruce Springsteen - The Seeger Sessions, we shall overcome


Cette critique est initialement parue il y a deux semaines dans Culturofil, le webzine culturel auquel je collabore et sur lequel vous retrouverez toutes mes humeurs musicales en exclusivité.


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