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Present Music #145 : Lost-Wax - Lena & The Floating Roots Orchestra

Le 27-05-2009
Initialement paru le 15 janvier 2009

Lost-Wax - Lena & The Floating Roots Orchestra

A l’heure des bilans, l’année 2008 ne fut pas vraiment un cru exceptionnel ni en ce qui concerne les productions françaises, ni en matière de musiques électroniques. Avant de tourner définitivement la page de 2008, il est pourtant nécessaire de faire un retour sur l’objet musical non identifié que constitue Lost-Wax de Lena & the Floating Roots Orchestra, un des rares disques paru en 2008 qui a réussi à afficher de véritables ambitions dans ces deux domaines.

Le qualificatif exigeant semble d’ailleurs mieux s’accorder qu’ambitieux à ce Lost-Wax signé par Lena & The Floating Roots Orchestra. Derrière ce pseudonyme de Lena, référence à Faulkner, se cache Mathias Delplanque, un homme aux nombreux métiers dont toutes les vies sont marquées par la mélomanie1. Pour faire bref, Lena, c’est avant tout le projet artistique d’un homme qui a dédié son existence à la musique, a écouté des milliers de disques et tiré de chacun d’entre eux ce qui lui plaisait pour créer son propre univers sonore.

Artiste confirmé et remarqué, il a réussi à capter l’attention de nombreux musiciens de tous les horizons qui sont invités ici pour donner du relief à ses productions. Ceux-ci constituent donc le Floating Roots Orchestra qui est tout sauf une formation musicale au sens traditionnel du terme : ce sont des retrouvailles avec de vieux complices (Black Sifichi2 ) ou, signe des temps, des rencontres réalisées à distance via le net.

Ne vous y trompez pas, malgré le caractère atypique de ce Floating Roots Orchestra, on trouve du beau monde sur ce disque : Rob Mazurek, aux cuivres, joue usuellement avec Tortoise ; Charlie O est l’homme qui s’occupe des claviers de Peter Von Poehl ; derrière la table de mixage officie Moritz Von Oswald ; en un mot, des gens d’horizons très différents qui ont pour unique point commun un goût certain pour l’expérimentation musicale. Car Lost-Wax, avant d’être un album de dub électronique, est un véritable exercice d’exploration de territoires mélodiques et sonores inconnus.

Comme à l’accoutumée dans le dub, Lena a effectué un long et minutieux travail de production. La matière sonore est ici véritablement sculptée : distendue avec soin, étirée jusqu’à ce que le silence devienne un élément rythmique à part entière. Et sur cette trame aussi minimale qu’hypnotique viennent se greffer les improvisations des membres du Floating Roots Orchestra. Celles-ci bénéficient ainsi d’un écrin qui permet à chacun de s’exprimer dans un style proche du free-jazz, créant ainsi pour chaque morceau une atmosphère musicale et un groove propres à la personnalité de ceux qui s’y expriment.

Si l’ensemble est assez inégal et, par définition, manque d’une certaine cohésion, quelques-uns des titres proposés confinent au sublime : Typewriter Ribbon porté par l’oppressante voix de Black Sifichi et surtout le phénoménal Crossroads qui fournit un environnement somptueux à la litanie scandée avec maestria par Julien Jacob.

Lost-Wax est un album définitivement atypique puisqu’il allie à la fois la méticulosité nécessaire à la programmation de rythmiques électroniques et la spontanéité des musiciens et chanteurs qui prennent part à ce projet. Le résultat est plaisant même s’il dispose des défauts propres au concept même de l’album. Assez peu facile d’accès, le disque ne se dévoilera vraiment qu’aux oreilles exercées qui savent apprécier les constructions musicales complexes. Un album ambitieux et exigeant qui ravira les auditeurs qui le sont tout autant.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.



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Present Music #144 : A cross the Universe - Justice

Le 26-05-2009
Initialement paru le 18 décembre 2008

A cross the Universe - Justice

Quand, en 2007, Justice sortait son premier album, marqué d’une croix, il était facile de ne lui trouver que des qualités : une production particulièrement soignée, des mélodies efficaces et un succès commercial à la hauteur de ces exigences. Trop parfait pour être honnête, l’album laissait quand même planer un doute sur le talent de Justice. Le duo n’était-il pas aux Daft Punk ce que le Canada Dry est à la bière ? Il en avait incontestablement la saveur et la couleur mais ne manquait-il pas de l’originalité nécessaire pour causer l’ivresse ?

A ceux qui se posent cette question, l’album A cross the universe n’apportera certainement pas de réponse. Version live de l’album monogrammé, il est l’équivalent artistique de ce que leurs ainés masqués ont réalisé avec Alive 1997 : une nouvelle version, simplement plus brute de décoffrage du précédent opus, un album live qui ajoute de l’énergie à la version studio. Ni plus, ni moins et certainement pas assez significatif pour faire avancer le vrai problème : savoir si Justice a d’autres talents que celui de faussaire.

Cependant, A cross the universe, le disque, est accompagné d’un DVD éponyme réalisé par la hypissime bande de réalisateurs de Kourtrajmé, en particulier Romain Gavras, déjà responsable du plus que controversé1 clip de Stress. Le film de tournée est un genre bien particulier, qui permet souvent de meux comprendre à qui l’on a affaire, à quel genre d’artiste on est confronté lors que ceux-ci sont emportés dans la spirale quotidienne d’une routine pas forcément conforme à l’image que l’on se fait du sex and drugs and roll2. Un cercle infernal assez éprouvant pour les nerfs : la route, la ville, le show, puis une autre route, une autre ville, etc …

Dès le début de ce qu’il convient d’appeler le film, le ton est donné : l’objet filmique est avant tout un publi-reportage à la gloire du groupe. Le premier micro-trottoir, réalisé à la sortie d’un concert, ne se prive pas d’enfoncer le clou avec autant d’aplomb qu’une publicité lessivielle : « I think theses guys are the new rock’n'roll ». Si les fans le disent devant la caméra après le concert, c’est que c’est vrai !!! Cinq minutes sont écoulées et le message du film est déjà passé.

Le montage, assez convenu dans le genre épileptique et cradingue, alterne ensuite les scènes de la vie quotidienne du groupe durant la tournée : concert (un peu), autobus (trop), séquences backstage (très peu), tourisme (beaucoup), fête (beaucoup). Le déséquilibre des différentes parties parle de lui-même : A Cross The Universe tient plus du film de vacances que du documentaire sur un quelconque processus artistique.

Et, en toute honnêteté, le tourisme avec Justice n’est à conseiller à personne. L’Amérique que Justice visite dans une sorte de colonie de vacances n’a rien d’attirant et se situe à des années lumières de ce qu’elle est en réalité : hamburgers3, Hooters4, armes à feu et stands de tir5, mariage à Las Vegas d’un des membres du groupe avec une demoiselle dont on se demande légitiment si elle est jockey-slut ou street hooker6, villas avec piscine que le groupe visite avec des intentions d’achat, fêtes aussi somptueuses que décadentes. On ne s’attendait pas un film de Michael Moore, certes. Mais, quand même ! L’obscènité déborde de chaque plan : Le fric, le sexe, l’alcool sont systématiquement exhibés. Tous les clips de gangsta rap7 à côté d’A cross the universe ressemblent à un dessin animé familial de Walt Disney.

Mieux qu’un commentaire global, un morceau choisi synthétise le néant de l’ensemble. L’une des séquences « obligatoires » pour un film de tournée est celle de l’interview, où le groupe se regroupe confronté à des journalistes, pas toujours bien informés, qui réalisent un entretien. Le traitement « Kourtrajmé » de l’ensemble est édifiant : une journaliste québécoise pose une question, on ne verra jamais son visage. Le cadre alterne les gros plans volés sur sa poitrine et ses fesses. Rien de plus. On aurait presque pitié de cette dame qui essaye simplement de faire son travail. Hélas, on serait plutôt envahi de ce même sentiment à propos de celui qui tient la caméra : passées les premières poussées hormonales de l’adolescence, on ne considère plus tout membre du sexe opposé uniquement comme du gibier.

Pour résumer la vacuité d’A cross the universe, il suffit de dire qu’il se passe sur l’écran autant de choses que dans les toilettes d’une boîte de nuit à la mode : name-dropping futile, conversations affligeantes teintées de machisme et de stéréotypes, attitudes branchées de poseurs qui dissimulent mal derrière une excentricité de façade leur inculture crasse. Ce soit-disant documentaire n’est que le spectacle pitoyable de la médiocrité humaine et il ne réussira qu’une performance : vous dégoûter de vos congénères plus efficacement que le plus mauvais des programmes de télé-réalité.

A cross the universe, le disque ne nous a pas appris forcément appris grand-chose sur Justice. Par contre, le DVD qui le complète nous apporte, en plus de la nausée, une information : Daft Punk avaient réussi à accorder son univers musical avec des gens aussi talentueux que Blanca Li, Michel Gondry, Spike Jonze, Kazuhisa Takenouchi. Justice, eux, travaillent avec Romain Gavras.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.



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Present Music #143 : Hurricane - Grace Jones

Le 25-05-2009
Initialement paru le 11 décembre 2008

Hurricane - Grace Jones

S’il fallait définir Grace Jones en quelques mots, ceux-ci ne seraient simplement qu’une période de temps : les années 80. Et dès lors qu’il convient de rentrer dans les détails, les difficultés commencent. Son métier d’alors ? Difficile à dire : Grace Jones a tout fait à cette époque. Elle fut mannequin, c’est une certitude mais elle a aussi endossé le rôle moins flatteur d’objet publicitaire, aidant notamment un certain Jean-Paul Goude1 à écouler le haut de gamme de chez Citroën. Elle a chanté mais eut aussi quelques rôles au cinéma, le plus marquant étant celui de James Bond Girl. Sa prestation sur l’écran est d’ailleurs restée assez inédite puisqu’elle fut probablement l’unique actrice soupçonnable d’avoir enseigné à l’agent de sa majesté les vertus de l’éducation anglaise.

Grace Jones était une figure marquante de cette décennie : à la fois sex-symbol et muse, actrice et chanteuse, c’était l’une des incarnations vivantes du vent de folie qui a saisi cette époque et permis à certaines cultures alternatives d’émerger. C’est dans les années 80 que le public a découvert qu’on pouvait peindre sur les murs et avoir du génie2, réaliser un cinéma virtuose qui assume pleinement son engagement homosexuel sans pour autant tomber dans le militantisme rébarbatif3. Le terme paraît peut-être excessif mais cette Jamaïcaine qui chantait le tango était une icône de cette période : son sex-appeal s’étalait en quatre par trois sur les murs des villes tandis que la froideur de sa voix faussement mécanique faisait danser jusqu’au bout de la nuit.

Le problème des icônes est bien connu : elles sont vénérées, parfois trop même, puis le temps passe et elles dépérissent dans l’indifférence la plus totale. Et, généralement, les come-backs, tels que celui que Grace Jones tente aujourd’hui, finissent en fiasco plutôt qu’en concerts de louanges. Pourtant, une fois passé le titre en forme de jeu de mot au goût douteux que les habitants d’Indianapolis4 ne manqueront pas d’apprécier, l’écoute d’Hurricane s’avère plutôt plaisante : rien d’exceptionnel, certes, mais l’album comporte suffisamment de bons moments pour se démarquer de ce qui se fait généralement dans de telles circonstances.

A la base de cette bonne surprise, il y a, avant tout, un titre, Corporate Cannibal, qui résume à lui seul tous les talents de Grace Jones. Porté par un clip d’excellente facture, le morceau joue habilement des atouts que son interprète a déjà dévoilé il y a plusieurs décennies : une image assumée de sex-symbol croqueuse d’hommes, l’androgynie d’une voix qui se marie à merveille avec la violence du sujet, thème masculin par excellence.

Si Hurricane est plaisant, c’est avant tout parce que Grace Jones a pris le parti de créer un album réellement original : aucun des morceaux n’essaye de ressusciter, de près ou de loin, certains de ses moments de gloire passés. Corporate Cannibal en est bien représentatif car il dépeint l’évolution d’un personnage plutôt qu’il ne réutilise les formules discographiques qui l’ont portée aux sommets. Et une telle stratégie permet ainsi de délivrer quelques morceaux d’excellente qualité. This is, Hurricane, William’s blood et I’m crying (Mother’s tears) en sont de parfaits exemples. Ce dernier, à la fois sensible dans son propos et délicat dans son instrumentation, est peut-être le morceau lent le plus réussi de toute la carrière de son interprète.

Fait surprenant en forme de signe des temps, cet album se caractérise par la présence de discrètes mais nombreuses allusions musicales aux origines jamaïcaines de Grace Jones, alors que la chanteuse avait, jusque là, soigneusement évité de souligner tout au long de sa carrière ses singularités. La diva des années 80 était devenue icône car elle se masquait : sa voix, rauque et sensuelle dans les graves, faisait pâlir de jalousie plus d’un chanteur et, musicalement, elle était beaucoup plus proche d’un Trevor Horn5 que d’un James Brown ou d’un Bob Marley. Aujourd’hui, l’âge aidant, la plus masculine et la plus “blanche” des chanteuses noires semble mieux assumer ses différences et ça lui réussit.

Même avec un sens exacerbé du calembour, il est difficile de dire qu’Hurricane constitue un retour en grâce pour la diva des eighties. Mais ce serait mentir que de dire que Grace Jones a raté un come-back qui s’annonçait pourtant plus qu’hasardeux. Loin de surfer sur la tendance générale qui exploite la période de son heure de gloire6, elle a su transcrire musicalement la maturité qu’elle a acquise à l’approche de la soixantaine.


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Present Music #142 : Go Fast - Agoria

Le 24-05-2009
Initialement paru le 13 novembre 2008

Go Fast - AgoriaAgoria fait partie des ces rares producteurs électroniques français dont on peut dire qu’ils ont fait un excellent parcours artistique. Avec une poignée d’autres artistes, il est membre de cette minorité qui fait honneur à la scène digitale française et lui donne un réel rayonnement international. Go fast, son dernier album en date, mériterait donc les gros titres et pourrait aisément prétendre au titre d’album de l’année1. Mais hélas, inutile de nourrir de faux espoirs, ce n’est pas le cas. Il y a un hic et de taille : Go Fast est la bande originale du film éponyme. Et ce long-métrage, production Europacorp2, n’a pas d’autre prétention que celle d’offrir à son public l’occasion de se gaver de pop-corn dans un multiplexe un samedi après-midi pluvieux. Côté scénario, c’est un genre bien particulier de comédie romantique : une histoire d’amour passionnelle entre un homme et le V12 qui dort sous le capot de son bolide. En un mot, un film de bagnoles comme il en existe tant3, ni pire ni meilleur que les autres .

La bande originale est un art difficile : il faut réussir à mettre à l’unisson la grammaire des images et celles des notes, créer des ambiances sonores qui préexistent déjà sur l’écran. Et même les plus grands «scoreurs» ont parfois fait des faux pas lorsqu’ils ont du travailler sur des long-métrages d’une qualité douteuse. Réécouter le travail du pourtant très estimé4, François de Roubaix sur L’homme orchestre en est la meilleure illustration. Et l’exercice de la bande-originale du film dit «de genre» est certainement le plus ardu de tous : si des virtuoses y ont fait des prouesses5, la majorité de la production est généralement exécrable6.

Avec Go Fast, Agoria se trouve clairement confronté à trop de défis pour pouvoir les relever tous : il fait face à un nouveau genre, loin d’être le plus aisé, et il part avec un handicap certain : des images loin d’être exceptionnelles et une thématique assez peu attirante pour qui n’est pas fan de tuning. Et sans surprise, le résultat n’est pas à la hauteur de ses précédentes réalisations. Ses compositions - sans aucune intention de mauvais jeu de mot - ne tiennent la route qu’en présence des images du film et l’album en lui même est trop inégal pour mériter qu’on s’y attarde.

Pour preuve, Tender Storm, Last Breath et Pending Between Two Worlds, trois courts interludes, ont clairement la vocation d’illustrer le film mais ne parviennent pas à résister à une écoute sans images. S’ils démontrent les réelles qualités d’Agoria en tant qu’illustrateur sonore et créateur d’ambiance, ils sont plus que négligeables au plan musical. Plus inquiétants encore, les morceaux qui disposent de parties vocales semblent handicapés par celles-ci. Altre voci est un excellent morceau jusqu’à ce que les voix, pseudo-lyriques signées La Pompilla, ne gâchent tout ou presque. A l’identique, ni Dust, ni Solarized, même si c’est nettement moins flagrant, ne tirent réellement profit de l’intervention de Scalde.

De l’ensemble, ne surnagent donc que quelques rares morceaux intéressants, notamment le sourd Run, run, run et Memole Bua mais ils sont trop peu nombreux pour sauver un album qui s’avère terne et sans réelle cohésion ni imagination, tout le contraire de ce à quoi Agoria avait habitué ses auditeurs. S’il est effectivement possible de lui reprocher cet échec, ce serait cependant coupable car Agoria a eu le mérite d’essayer de se remettre en question, ce qui est risqué et peu courant parmi ses congénères. Go Fast restera sans doute dans sa discographie comme un malheureux accident de parcours, rien de plus et il trouvera probablement bien d’autres occasions de démontrer son talent.


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Present Music #141 : Recomposed - Carl Craig & Moritz Von Oswald

Le 23-05-2009
Initialement paru le 23 octobre 2008

Recomposed - Carl Craig & Moritz Von Oswald

A première vue, ça ressemble à un disque de rêve. Carl Craig et Maurizio associés sur un même album, c’est forcément la promesse de bonnes choses. Le premier, américain, habitué des colonnes de Culturofil, l’est bien plus aux succès : producteur électronique expérimenté, remixeur chevronné, patron d’un des labels les plus prolifiques de la galaxie électronique : Planet E1, grand amateur de jazz2. Le second, Moritz Von Oswald dit Maurizio3, allemand, est peut-être moins connu, plus discret, mais tout aussi respecté des fanatiques de rythmiques minimalistes : c’est un véritable orfèvre du dub synthétique et l’un des rares artistes de l’électronique qui sculpte autant sa matière musicale avec du silence qu’à partir de sons. Parler de deux légendes vivantes est peut-être exagéré mais, à peine, ces deux-là sont sans conteste parmi les meilleurs dans leur domaine et leur rencontre, même éphémère4, fut prolifique, du genre de celles qui n’annihilent ni le talent de l’un ni la virtuosité de l’autre.

Pourtant à bien y regarder, tout cela pourrait tourner au cauchemar. L’exercice, ambitieux, l’est peut-être un peu trop. Prendre comme base de travail des grands compositeurs classiques interprétés par un orchestre, c’est autrement plus délicat que de pianoter sur une boîte à rythmes, surtout quand on choisit le philharmonique de Berlin dirigé par Herbert Von Karajan. L’autrichien avait beaucoup de défauts5 mais il ne viendrait à personne l’idée de contester qu’il est l’un des plus grands chef d’orchestre du siècle passé. Ajoutons à ce défi, le fait que l’exercice est, à peu de choses près, inédit.

Pour être tout à fait exhaustif, des rapprochement entre musiques classiques et électroniques ont déjà eu lieu. Passons rapidement sur les plus que dispensables interprétations digitales de classiques6, trop souvent dignes des pires sonorisations d’ascenseur, pour nous concentrer sur les plus marquantes : le philharmonique de Montpellier a réalisé un album, Blue Potential, avec Jeff Mills, mais celui-ci n’était constitué que de reprises. Et, si Pierre Henry a déjà flirté avec le genre7, l’aura du maître de la musique concrète et son demi-siècle de carrière le mettaient aisément à l’abri de toute accusation de sacrilège. Mais, nos deux compères, aussi talentueux soient-ils, n’ont pas ce statut et s’ils avaient publié leurs travaux ailleurs que chez Deutsche Grammophon, l’une des maisons d’édition classique les plus respectables, nul doute que les aficionados de l’Allegretto non troppo, cappricioso les auraient condamnés aux pires supplices sans même les écouter.

Recomposed est donc une création de Carl Craig & Moritz Von Oswald sur des notes issues des partitions signées Maurice Ravel et Modeste Moussorgski. Et le choix de ces deux compositeurs n’est certainement pas fortuit : renommés et respectés, ceux-ci sont aussi parmi les plus didactiques qui soient, souvent employés pour former les oreilles de nos chères têtes blondes aux subtilités de la musique classique. Avec ses Tableaux d’une exposition, Moussorgski a donné un corps sonore à des supports graphiques. Quant à Ravel et son Boléro, musique de ballet dont le caractère répétitif, sans aucune variation de tempo, avait pour vocation l’étude de l’orchestration, c’était un choix évident, tant pour la popularité de l’œuvre que l’évidente mise en abyme symbolique8.

Recomposed est avant tout une création originale qui décevra tous ceux qui souhaiteraient y entendre Ravel et Moussorgski remixés, même si c’est, techniquement, le cas. On est bien plus dans l’évocation discrète et subtile que dans l’usage acharné et forcené du gimmick. Loin de l’exercice de la citation qu’elle soit respectueuse ou sacrilège, Craig et Von Oswald n’ont pas pour projet de réaliser un quelconque lifting de la musique des deux maitres. Non, ils l’utilisent comme une matière première pour réaliser quelque chose de nouveau qui a, parfois, un doux parfum de déjà-entendu.

Et s’il y a une patte musicale aisément identifiable à l’écoute de Recomposed, ce n’est ni celle de Moussorgski ni celle de Ravel mais bien celle de Carl Craig, particulièrement dans la création d’atmosphères synthétiques futuristes, comme sur le Just Another day EP et Landcruising. Dès le premier mouvement, par ailleurs articulé autour de la rythmique du Boléro, le son Detroit Techno de Carl Craig s’impose comme une évidence. L’exceptionnelle production signée Maurizio, plus discrète, restera au second plan. L’allemand semble absent des parties mélodiques et se contente sur Recomposed de donner une ampleur inédite aux basses. Son influence, essentielle mais nettement plus en retrait, échappera sans doute à qui n’est pas convenablement équipé d’un caisson de basses.

Recomposed apparait donc aux oreilles comme une œuvre de Carl Craig. Et certains sourcilleront peut-être pour cette raison, ne voyant pas l’intérêt de la convocation de Maurizio, ni celle de l’invocation de fantômes aussi talentueux que ceux de Karajan, Moussorgski et Ravel pour n’avoir, au final, que quelques lignes symphoniques et des basses dopées aux amphétamines. C’est, hélas, une erreur qui néglige le caractère spécial de Recomposed dans la carrière de Carl Craig.

Comme à son habitude, le natif de Detroit n’atteint l’excellence que lorsqu’il bouscule les conventions. Durant toute sa carrière, il a toujours voulu se jouer des styles9 mais avant tout des contraintes10. Et ce serait un contre-sens majeur que de croire qu’avec ce nouveau disque Carl Craig ne cherche qu’à s’acheter une respectabilité en s’essayant à un nouveau genre musical, en l’occurence le plus noble qui soit : la musique classique. Au contraire, Recomposed est, pour lui, une opportunité de se libérer des limites temporelles des musiques populaires pour embrasser celles de la musique savante11. Et, en découvrant le temps de la musique classique, Carl Craig découvre ainsi de nouveaux territoires.

Ces exigences inédites (celles de la citation, la matière première sonore qui lui est fournie par les maîtres du classique, et celles de la production, le renfort de Maurizio n’est certainement pas superflu) constituent autant de nouvelles contraintes dont Carl Craig se joue avec talent pour, une nouvelle fois, repousser les limites du domaine des musiques électroniques avec un album qui restera comme l’un des plus innovants dans le domaine.


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Present Music #140 : Slime and Reason - Roots Manuva

Le 22-05-2009
Initialement paru le 2 octobre 2008

Slime and Reason - Roots Manuva
Ce n’est un mystère pour personne. Il n’y a que deux sortes de musiciens : les Anglais et les autres. Depuis l’avènement des musiques populaires, il y a un demi-siècle, l’île de sa majesté a donné au monde presque autant de génies que le reste de la planète. Même le hip-hop, domaine pourtant longtemps réservé des Etats-Unis, n’échappe désormais plus à la règle avec des artistes extrêmement brillants. Plan B, The Streets1 et M.I.A, grâce à son R’n'B métissé, constituent désormais l’avant-garde de la créativité en la matière de musiques aux sons urbains.

Mieux encore, il existe même une excellente structure phonographique totalement dédiée aux sons hip-hop les plus novateurs : Big Dada, une annexe du label Ninja Tune. Le terrain de jeu des samouraïs du son de Coldcut, non content d’avoir aidé des artistes comme Saul Williams & Kid Koala, a en effet créé une succursale exclusivement dédiée aux expérimentations rap les plus surprenantes, permettant ainsi aux français de TTC de s’exprimer. Parmi les plus actifs membres de Big Dada, Rodney Smith, plus connu sous le nom de Roots Manuva. Cet anglais d’origine jamaïcaine produit depuis une dizaine d’années l’un des cocktails musicaux les plus détonnants. Son flow hip-hop se déverse sur des instrumentaux qui bousculent les conventions des genres : proches du son « dance-hall » de son île d’origine, ils bénéficient cependant d’un surcroît d’électronique dans la production qui n’est pas sans rappeler les origines de la drum’n'bass.

Slime and Reason, son nouvel album est dans la lignée des précédents en terme de production : à la fois extrêmement recherché et néanmoins d’une efficacité redoutable. Comme à l’habitude, le disque repose sur un son de basse impressionnant dont la rondeur n’a rien à envier à la puissance. Atout incomparable, cette facilité qu’a Roots Manuva avec les lignes rythmiques lui permet de transformer tout ce qu’il touche en or. Ainsi, Kick Up Ya Feet ou Do yah bodda mi, morceaux assez rudimentaires dans leurs constructions l’illustrent parfaitement. Loin d’être remarquables mélodiquement, ils se suffisent à eux-mêmes grâce au groove des basses fréquences qui accompagnent le flow et deviennent ainsi de parfaits morceaux pour faire danser les foules lors du carnaval de Notting Hill.

Fort heureusement, Slime and Reason ne repose pas uniquement sur cet artifice et recèle aussi des morceaux plus consistants tant au niveau de la mélodie que du flow. Buff Nuff, qui se situe délibérément sur les territoires de la drum’n'bass, est particulièrement réussi. C.R.U.F.F et 2 Much 2 Soon ou même The show must Go on, bien plus conformes aux attentes d’un auditoire amateur de hip-hop, n’ont rien à envier aux meilleures productions des plus purs et plus durs rappeurs américains.

Le véritable défaut de Slime and Reason, et par extension celui de toute l’œuvre de son auteur, réside peut-être dans cette diversité. Roots Manuva est trop difficile à situer dans le grand atlas des musiques actuelles pour pouvoir véritablement se constituer un public. Est-il le plus électronique artiste de la galaxie hip-hop ou, au contraire, le meilleur rappeur de la scène digitale ? La question mérite d’être posée et pas seulement dans le but de le catégoriser à tout prix. Depuis près de dix ans maintenant, Roots Manuva mélange merveilleusement les deux genres et ce dernier disque en date n’est certainement pas une exception à la règle. Mais durant tout ce temps, Roots Manuva n’a pas beaucoup évolué et sa constance laisse planer quelques inquiétudes car les deux mondes à la frontière duquel il se situe ont, eux, beaucoup changé.


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Present Music #139 : Destination Space - Jean-Jacques Perrey & Dana Countryman

Le 21-05-2009
Initialement paru le 2 octobre 2008

Destination Space - Jean-Jacques Perrey & Dana Countryman
Le jour où on se décidera enfin à prendre la carrière de Jean-Jacques Perrey au sérieux, nul doute que l’homme aura droit aux honneurs réservés à tous les plus grands musiciens français de l’ère moderne. Des livres entiers seront dédiés à la richesse de son œuvre ; on baptisera un auditorium à son nom dans ce temple de la musique contemporaine qu’est l’IRCAM ; l’intégrale de ses compositions et interprétations sera rééditée dans de luxueux coffrets abondamment commentés et des artistes de la jeune génération reprendront ses meilleurs morceaux lors d’albums « tribute to ». L’épopée de sa vie, incarnation de l’éternel rêve américain, pourrait même faire l’objet d’un long-métrage tant elle semble tirée d’un roman.

Mais ce jour n’est hélas pas prêt d’arriver car, voyez-vous, Jean-Jacques Perrey n’est pas vraiment le genre d’homme que l’on prend au sérieux, d’ailleurs lui-même s’en dispense. Les esprits chagrins n’hésitent pas à qualifier sa production de « musique d’ascenseur ». Même s’ils ont tort, les prétextes qu’ils avancent sont légitimes : son travail est essentiellement constitué d’illustrations sonores et Baroque Hoedown, un de ses chefs d’œuvre, est devenu l’hymne officiel de ce géant de l’« entertainment » qu’est Disney. Mais quel autre compositeur peut se féliciter d’avoir, depuis plus de trente ans, un de ses morceaux écouté par des millions d’oreilles chaque jour et la satisfaction immédiate d’obtenir le résultat escompté, à savoir un sourire ?

L’œuvre que Jean-Jacques Perrey a pourtant déjà laissé à la postérité est impressionnante : une virtuosité instrumentale qui laisse pantois, un travail d’illustration sonore foisonnant et une idée directrice dans son travail artistique qui avait des années d’avance sur ses contemporains et n’a pas manqué de déclencher bien des vocations1. Quand il sort, au début des années 60, son premier album, personne n’imaginait qu’un jour des disques uniquement réalisés à partir d’instruments électroniques pourraient sérieusement rivaliser avec des orchestrations plus traditionnelles, ni même que le bricolage qu’il réalisait alors avec des bobines enregistrées deviendrait un jour une pratique courante appelée sampling. Et il faut bien avouer que son style propre ne laissait guère beaucoup d’indices : des mélodies dont le côté burlesque n’a strictement rien à envier à Spike Jones et des sonorités, certes révolutionnaires mais totalement loufoques.

Jean-Jacques Perrey fait donc une musique humoristique, décalée qui a toujours assumé son côté léger, par opposition notamment aux productions aussi révolutionaires qu’ardues des défricheurs de territoires sonores que furent les pionniers de la musique concrète. On pourrait même employer l’expression consacrée de musique « pour les enfants de 7 à 77 ans ». Mais la formule toute faite se trouve fort peu adaptée : les mélodies du maître de la musique synthétique constituent un formidable moyen d’éveil pour les nourrissons et leur octogénaire de compositeur à quelque peu dépassé la limite d’âge. C’est probablement pour cette raison que celui qui peut légitimement prétendre au statut de légende vivante sort aujourd’hui des albums accompagnés de musiciens qui sont ses cadets. Ceux-ci, plus au fait des machines modernes, l’assistent dans sa tâche.

Après David Chazam, le dandy parisien, c’est Dana Countryman, l’américain, qui joue le rôle du castor junior chargé d’assister le Géo Trouvetout des synthétiseurs Moog. Et Destination Space, le second disque réalisé par le duo, est un album dans la lignée des plus grands classiques de Jean-Jacques Perrey : à mi-chemin entre la bande son d’un film où les Marx Brothers deviendraient cosmonautes et celle d’un cartoon relatant le pique-nique sur Saturne d’un groupe d’éléphants roses.

Le thème du voyage spatial y est décliné à toutes les sauces : de la calypso (Calypso Electronica, désopilante variation à base de steel-drums synthétiques) au funk (Funky Little Spacegirl, petite merveille au groove irréprochable) en passant par la chanson d’amour (Pour l’amour de toi) avec une préférence pour les musiques de films d’espionnage (Agent 29’s Escape, The Spy from outer space, The Mysterious Mr Him, trois morceaux particulièrement réussis). L’album ne se démarque véritablement des productions classiques du maître que lors dès deux derniers morceaux. Beyond the milky way, une chanson entièrement réalisée avec une voix synthétique, n’est pas à proprement parler une réussite, minée par des paroles trop sérieuses. C’est même la parfaite démonstration par l’absurde du talent de Jean-Jacques Perrey pour les instrumentaux : ses mélodies ne sont véritablement excellentes que lorsqu’elles n’ont pas à céder le pas à des parties vocales. En revanche, la surprenante, car très classique reprise de la Gymnopédie No. 1 d’Erik Satie qui clôt l’album est d’une rare délicatesse dans ses arrangements.

A bientôt 80 ans, Jean-Jacques Perrey n’a rien perdu de son immense talent et Destination Space ravira véritablement ses fans. Ils conviendront même qu’avec Dana Countryman, il a trouvé le parfait compagnon de jeu pour continuer ses délires musicaux. Respectueux du maître et adapté aux technologies modernes, il a su, mieux que quiconque, se mettre en retrait pour laisser s’exprimer le virtuose qu’est son aîné. Bien sûr, les béotiens et les ronchons auront probablement du mal avec la kitscherie de plus d’une heure de musique burlesque jouée uniquement au synthétiseur. Mais il leur suffira de prêter l’oreille pour aisément découvrir des rythmiques d’une rare efficacité et des mélodies aussi soigneusement troussées qu’arrangées. S’ils ne font pas cet effort, tant pis pour eux … Ils en mourront probablement d’ennui et de désespoir tant ils resteront persuadés que la musique légère n’est qu’un art aussi mineur que vulgaire qui ne peut être représenté que par l’œuvre (sic) discographique de Patrick Sébastien.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.



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Present Music #138 : Blood, Looms and Blooms - Leila

Le 20-05-2009
Initialement paru le 18 septembre 2008

Blood, Looms and Blooms - Leila

Si l’été est traditionnellement une période peu faste en terme de sorties phonographiques, la scène électronique a, en cette année 2008, réussi à s’échapper d’une routine basée exclusivement sur les DJ-Mixs de quelques Disc-Jockey péroxydés et aux goûts douteux. La première bonne nouvelle estivale fut la réédition d’albums mythiques, indisponibles depuis des lustres mais qui ont marqué l’histoire du mouvement électro. Black Secret Technology d’A guy called Gerald et BC2, compilation du label Basic Channel, sont deux œuvres fondatrices qui ont jeté les bases de nouveaux genres : la drum & bass pour le premier et le dub minimaliste pour le second. Mais, difficile de considérer ces archives exhumées comme de véritables évènements et c’est Blood, looms and blooms de Leila qui a constitué la véritable surprise précédant une rentrée qu’on espère faste en productions synthétiques.

Après plus de 8 années d’absence, Leila Arab revient sur le devant de la scène et ceux qui n’ont pas oublié la qualité de son premier album s’en sont immédiatement réjouis. Pour les autres, un petit rappel s’impose. Quand, en 1998, sort Like Weather, la majorité des auditeurs du disque est frappée par la maturité de l’artiste : ses compositions extrêmement recherchées tutoyent l’exigence dans la production des plus grands défricheurs de territoires sonores, tel Aphex Twin, mais ne négligent jamais la possibilité de plaire au plus grand nombre grâce à d’habiles mélodies soutenues par une voix élégante.

Hélas, ni Like Weather, ni son successeur, Courtesy of Choice, ne rencontreront l’estime méritée : le premier, distribué confidentiellement par Rephlex, ne pourra se faire apprécier du public et le second, flattant un peu trop les goûts de ses auditeurs, décevra les amateurs de production soignées qui auraient pu faire le succès critique nécessaire à son avénement commercial. Si ni l’un ni l’autre ne sont des échecs, ce ne sont pas les succès escomptés et Leila, marquée de surcroît sur le plan personnel, se met alors en retrait de la musique. Elle ne collabore plus qu’avec Björk1, pour qui elle a déjà tant fait2 .

Blood, looms and bloomss marque donc le grand retour de l’artiste anglo-iranienne et ce come-back, après huit années de quasi-mutisme, est avant tout celui de la confiance. Accueillie par la maison Warp, structure phonographique réputée pour son excellence en matière de musique expérimentale, Leila semble guérie des mésaventures qui l’ont empêchée d’atteindre les sommets3. Histoire d’être totalement à l’aise sous la bannière violette du label de Sheffield, Leila s’entoure d’artistes qui sont avant tout des amis et des compagnons de route : Luca Santucci4, Martina Topley-Bird, le légendaire Terry Hall et même sa soeur Roya5.

C’est donc dans une ambiance sereine et quasi-familiale qu’a été composé cet album où Leila a tissé pour chaque chanson un véritable petit cocon électronique à la fois subtil sur le plan des mélodies et sans concessions vis à vis des oreilles des auditeurs. Time to blow joue merveilleusement des contrastes entre une rythmique quasi bruitiste, une mélodie qui fait bleep-bleep et l’une des plus belles voix masculines, celle de l’ex-chanteur des Specials. Avec son ambiance aquatique, Mettle propose un mélange original et l’enchevêtrement de trois types de sons : naturels, électriques et électroniques.

Mais, parfois, Leila pêche par excès de confiance et n’arrive pas toujours à atteindre le niveau d’excellence de ce qui constitue les meilleurs titres de son album. Deflect, interprêté par Martina Topley-Bird, a un arrière-goût de déjà-vu. Les capacités vocales de l’ex-chanteuse de Tricky sont utilisées sur ce morceau d’une manière identique à celles de ses prouesses sur le Pre-Millenium Tension de son pygmalion d’alors. On pourra aussi objecter à propos de Why should I ?, duo entre cette même Martina et Terry Hall qui, lui aussi, semble inspiré par la rencontre précédente de ces deux voix sur Nearly God.

Même si elle est parfois un peu en manque d’inspiration, Leila, toujours aussi douée, a néanmoins réussi son retour au premier plan et on attend maintenant la suite des aventures musicales avec attention.


Cet article est initialement paru dans Culturofil, le webzine culturel auquel je contribue et sur lequel vous trouverez mes humeurs musicales en exclusivité.



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